Photo : Raymond Hui
Dans le même numéro

L'argent et la corruption des valeurs

La croissance, notre idole, est sans objet et sans fin. Et l’argent ne peut acheter certains biens sans les corrompre. Contre l’obscénité qui consiste à expliquer toutes les conduites par l’économie, il faut rappeler le rôle de l’échange symbolique.

Si scandaleux que cela puisse paraître, l’argent reste une énigme pour la plupart des théories économiques. La théorie dite «néo­classique», qui est la théorie standard enseignée dans presque toutes les universités du monde, lui donne le rôle de ce qu’on appelle en chimie un catalyseur, c’est-à-dire une substance presque invisible qui facilite le déclenchement et le déroulement des opérations considérées et qu’on trouve inaltérée à la fin. Devant cette impuissance, il est bon de faire un détour par les sciences humaines et la philosophie. Certains des plus grands économistes de l’histoire furent d’ailleurs des philosophes non moins que des représentants de leur discipline.

Il faut s’entendre sur ce mot «argent». D’une personne riche, riche en biens mobiliers et/ou immobiliers, on dit couramment en français qu’elle «a de l’argent». C’est évidemment impropre, car si elle avait l’équivalent en argent des biens qu’elle possède, elle ne les posséderait précisément pas. On ne peut avoir en même tem

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Jean-Pierre Dupuy

Ingénieur et philosophe, il enseigne à l’université de Stanford. Il a récemment publié La Guerre qui ne peut pas avoir lieu. Essai de métaphysique nucléaire (Desclée de Brouwer, 2019).

Dans le même numéro

Le dossier estival de la revue Esprit, coordonné par Camille Riquier, fait l’hypothèse que le monde capitaliste a substitué l’argent à Dieu comme nouveau maître invisible. Parce que la soif de l’or oublie le sang des pauvres, la communauté de l’argent est fondée sur un abus de confiance. Les nouvelles monnaies changent-elles la donne ? Peut-on rendre l’argent visible et ainsi s’en rendre maître ?