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Tchernobyl et l’invisibilité du mal

Le défi climatique revalorise le recours à l’énergie nucléaire si bien qu’on ne parle plus du problème de sécurité posé par les installations nucléaires. L’accident de Tchernobyl est oublié, le nombre de ses victimes faisant même l’objet d’une sous-évaluation délibérée.

« Ah, dit la souris, le monde se rétrécit chaque jour.

Au début, il était si vaste que j’en éprouvai de l’angoisse. Mais je continuai à courir et fut bien aise de voir enfin, au loin, des murs à droite et à gauche. Mais ces longs murs se rapprochent si vite l’un de l’autre que me voici déjà dans la dernière pièce, où, dans un coin, se trouve le piège vers lequel je me précipite.

– Il faut simplement que tu coures dans une autre direction », dit le chat, et il la croqua.

Franz Kafka, Petite fable

Nous ne pouvons pas ne pas le voir, là, devant nous, ce mur vers lequel nous fonçons à tombeau ouvert ! Cependant nous ne faisons rien pour ralentir la course, sans même parler d’une inconcevable marche arrière. Cet « aveuglement devant l’Apocalypse » dont parlait Günther Anders est une des questions les plus vexantes que l’étude des catastrophes amène à poser. Nous savons, mais sans doute parce que nous espérons un miracle, nous n’arrivons pas à croire ce que nous savons. Jamais l’espoir n’a été synonyme à ce point d’irrationalité.

« Rendre visible le mal invisible », c’était le mot d’ordre d’Ivan Illich. J’ai essayé de lui être fidèle dans mon analyse de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, survenue en Ukraine le 26 avril 1986. Il a suffi d’un unique séjour dans la « zone des trente kilomètres », à l’intérieur de ce cercle centré sur « la chose » qui délimite plus ou moins arbitrairement une aire où la mort l’emporte sur la vie, pour me marquer pour le reste de mon existence. La dissonance cognitive et émotionnelle entre cette expérience et la bonne conscience mondiale m’a, je crois, dessillé les yeux1.

Tchernobyl est un symbole qui transcende le cas Tchernobyl. C’est le symbole de l’avenir énergétique et environnemental de la planète, c’est-à-dire de l’avenir de l’humanité. Si nous voulons éviter une catastrophe climatique majeure, nous devons impérativement nous interdire d’extraire du sous-sol plus du tiers des ressources fossiles, pétrole, gaz et charbon, qui s’y trouvent encore enfouies. Jamais le marché de l’énergie ne sera capable d’un tel effort d’autolimitation : il ne réagit qu’à la rareté des ressources, or celles-ci apparaissent comme très fortement surabondantes si l’on tient compte de la contrainte climatique. La nucléocratie mondiale le sait et si elle agit tant, publiquement et en sous-main, pour attirer l’attention sur la menace environnementale, c’est qu’elle y voit la grande chance du nucléaire civil.

Je ne suis aucunement un militant antinucléaire. Il se peut que le nucléaire civil représente provisoirement, mais très partiellement, une réponse à la double menace de la mise en chaos du système climatique et de ce qu’il est convenu d’appeler la crise énergétique. Mais nous ne voulons pas de la survie à n’importe quel prix. La fission nucléaire se dit capable, avec les futurs générateurs à neutrons rapides, de produire de l’électricité sûre en utilisant un matériau fissile très abondant et en recyclant une partie des déchets. Soit. Mais à quel prix en termes politiques ? Choisir cette technique, c’est choisir un type de société qui s’oblige à ne faire aucune erreur sur des durées invraisemblables. C’est une condition que le nucléaire civil partage avec la dissuasion du même nom: la première erreur majeure est une erreur de trop. Je ne crois pas que cela soit compatible avec les principes de base d’une société ouverte, démocratique et juste. La façon dont la catastrophe de Tchernobyl a été gérée par la nucléocratie mondiale en fournit une bien triste illustration. S’il s’avérait que l’opacité, la dissimulation et le mensonge sont les conditions nécessaires de la sûreté nucléaire, l’équation énergétique et environnementale serait sans solution, à moins que l’humanité use de sa liberté de choisir un autre mode d’accomplissement que le développement matériel.

L’invisibilité du mal, dans le cas de Tchernobyl, se décline selon trois composantes que j’analyserai tour à tour : l’invisibilité physique, l’invisibilité statistique et l’invisibilité contrefactuelle.

L’invisibilité physique

Déambulant à travers les paysages magnifiques et contaminés de l’Ukraine ou de la Biélorussie, on se raidit, on se durcit. C’est qu’on ne voit rien, le mal est partout et nulle part, il en paraît d’autant plus redoutable. L’émotion se nourrit, non pas de ce que les sens nous disent, mais de ce que l’on sait, ou de ce que l’on croit savoir, au sujet de la tragédie. C’est l’absence qu’il faut se représenter pour pouvoir sentir quelque chose. Rien n’est plus difficile que de se figurer la présence de l’absence. J’en fis l’expérience en décembre 2001 lors d’un pèlerinage à Ground Zero, ce vide entouré de géants ouvert en plein cœur de Manhattan : il manquait quelque chose, mais il fallait faire remonter à la conscience les images d’un passé heureux pour « voir » le fantôme des tours jumelles. L’absence, ici, est celle des villages rasés, des habitants déplacés, des formes de vie, végétales, animales et humaines, anéanties. Redoutable abstraction que l’éloignement géographique et temporel aide à mieux saisir. Car la pensée, spontanément idéaliste, a du mal à distinguer entre l’objet que l’on ne perçoit plus et l’objet qui n’est plus.

Les sociologues que j’accompagnais au mois d’août 2005 dans ce pèlerinage d’un genre inédit étudient en phénoménologues les conditions de la vie en territoire contaminé2. Que signifie vivre dans un espace dont la structure est fractale, c’est-à-dire qu’à toutes les échelles, on peut passer brutalement d’un lieu inoffensif à un autre qui est hautement radioactif ? Comment se rapporter à un événement originaire, la catastrophe, qui coupe le temps en un avant qu’on ne retrouvera jamais et un avenir qui n’a plus de sens, parce qu’aucun projet ne s’y rapporte ? Comment vit-on la tension entre deux exigences contradictoires mais l’une et l’autre impérieuses : la vigilance, le vivre-avec, et l’oubli, qui permet de reprendre les habitudes anciennes au prix de la maladie ? Quelle conception du mal se forge-t-on quand le danger est omniprésent mais indétectable ? Puisque l’accès aux marchandises industrielles est impossible, car on est pauvre ou misérable, comment vit-on le dilemme impitoyable entre la famine et une autoconsommation létale ?

À deux kilomètres de la centrale, la ville de Pripyat abritait les travailleurs du nucléaire et leurs familles, soit environ 48 000 personnes. Elle fut évacuée en catastrophe quelque trente-six heures après l’explosion. Errer dans ses rues désertes comme nous le fîmes pendant quelques heures amène à réfléchir sur la relativité du concept de ruine. Les flancs du Vésuve ont porté et porteront encore des villes détruites mais que la vie qui continue fait repousser sans découragement. À Pripyat, la ville et ses bâtiments en forme de barres Hlm sont indemnes ou presque, plus de vingt ans après. C’est la vie qui a disparu, pour quelques dizaines de milliers d’années.

L’invisibilité statistique

Lorsque le rapport du « Forum Tchernobyl », organisme multi-agence dépendant de l’Onu, a été rendu public au mois de septembre 2005, un communiqué de presse intitulé « Tchernobyl : l’ampleur réelle de l’accident » annonça fièrement :

Jusqu’à 4 000 personnes au total pourraient à terme décéder des suites d’une radio-exposition consécutive à l’accident survenu il y a une vingtaine d’années dans la centrale nucléaire de Tchernobyl : telles sont les conclusions d’une équipe internationale de plus d’une centaine de scientifiques.

L’Afp, commentant le rapport, écrivit pour sa part ceci, qui fut repris par toute la presse :

Le bilan final de l’accident nucléaire de Tchernobyl devrait être de quelque 4 000 morts, soit nettement moins que ne le craignaient les experts.

C’est le moins qu’on puisse dire ! À Kiev et à Tchernobyl même, on préfère rapporter les déclarations du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, évoquant en 2000 les « 9 millions de victimes de Tchernobyl », dont 3 millions d’enfants nécessitant des traitements médicaux continus. On y compte les morts en dizaines, voire en centaines de milliers. On évoque l’évacuation des habitants de Pripyat : 15 000 seraient morts dans les six mois, entassés dans les hôpitaux de Kiev. On insiste sur le cas tragique des 600 000 à 800 000 « liquidateurs », ces volontaires le plus souvent forcés qui ont nettoyé le site en absorbant les plus fortes doses et pour lesquels on ne sait pratiquement rien : ceux qui ne sont pas morts dans les mois qui ont suivi la catastrophe se sont dispersés dans toute l’ex-Union soviétique et aucune étude épidémiologique n’a pu être pratiquée, ni sur eux ni sur leur descendance. Surtout, des médecins et des généticiens parlent longuement des effets des faibles doses de radioactivité sur la dizaine de millions de personnes qui vivent, boivent, s’alimentent et se reproduisent dans un milieu contaminé : cancers, cardiopathies, fatigues chroniques, pathologies inédites, sentiment de déréliction touchent une population immense et, parmi elle, surtout les enfants et les jeunes. Et l’on craint des effets irréversibles sur le génome humain.

Ainsi, selon le rapport officiel, tout ce qu’on dit sur place ne serait qu’un tissu d’erreurs ou, pis encore, de mensonges. Le professeur Youri Bandajevsky, ex-recteur de l’Institut de médecine de Gomel en Biélorussie, à une centaine de kilomètres de Tchernobyl, dont les recherches ont porté sur le danger des faibles doses et sur la contamination par l’alimentation, aurait ainsi préféré subir la torture et l’emprisonnement plutôt que de se résoudre à ne plus répandre de sornettes à ses concitoyens. Crédule, le monde aurait été victime de ces faux témoins, de ces témoins mensongers, de ces martyrs à l’envers, en quelque sorte.

Ledit « Forum Tchernobyl » fait autorité. À la demande de l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea), il a été mis sur pied en 2002 pour évaluer les conséquences de la catastrophe. Il regroupe huit organisations internationales dépendant de l’Onu, parmi lesquelles l’Organisation mondiale de la santé (Oms), le Programme des Nations unies pour l’environnement, la Banque mondiale, le Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (Unscear) et l’Aiea elle-même, ainsi que les gouvernements de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie. Que tous ces organismes et les experts qui les représentent se soient mis d’accord sur le chiffre définitif de 4 000 morts impressionne. L’accord de l’Aiea et de l’Oms n’a certes rien qui surprenne : la première, auréolée aujourd’hui de son prix Nobel de la paix, et dont la mission est « d’accélérer et d’accroître la contribution de l’énergie atomique à la paix, à la santé et à la prospérité dans le monde entier », a obtenu en 1999 de la seconde qu’elle ne prenne jamais de position publique qui puisse lui nuire, ce qui revient à subordonner la santé publique à la santé de l’industrie nucléaire. Mais la signature des autres entités qui composent le Forum, celle de l’Unscear tout particulièrement, est une garantie de sérieux et d’objectivité.

En vérité, un abîme d’incompréhension et d’évaluation s’est creusé dès le départ, entre ceux qui ne cessent de clamer leurs souffrances et les technocrates qui leur tiennent des propos tels que celui-ci :

Tchernobyl a causé trente et une morts, suite aux lésions causées par deux cents sieverts, cliniquement attribués à l’exposition aux radiations, ainsi que deux mille cancers aisément curables de la thyroïde chez l’enfant. À ce jour, il n’existe aucune preuve, validée internationalement, d’un impact sur la santé publique qui soit attribuable à Tchernobyl par exposition – je souligne : par exposition aux radiations3.

Cette insistance sur la notion de conséquence causale de l’exposition aux radiations s’explique par le fait que la thèse officielle ne nie pas – comment pourrait-elle le faire ? – que la catastrophe ait eu des « conséquences socio-psychologiques » (sic) énormes, c’est-à-dire, en termes non jargonnesques, qu’elle a gâché la vie de millions de malheureux qui transmettent leur détresse à leurs descendants, de génération en génération. Ceux-là mêmes qui chiffrent les décès en dizaines et non pas en dizaines de milliers n’hésitent pas à affirmer que Tchernobyl représente la plus grande catastrophe que le nucléaire civil ait jamais connue jusqu’ici. Comment se reconnaître dans le dédale de ces apparentes contradictions ?

La dialectique implicite à la thèse officielle se décline en trois temps :

La catastrophe de Tchernobyl a produit une radioactivité considérable (des centaines de fois plus de matières radioactives rejetées qu’à Hiroshima), mais les conséquences causales de l’exposition aux radiations auront été infimes par rapport à ce qui a été craint, annoncé, répercuté par des médias intéressés au sensationnel. La science, objective et rationnelle, nous l’affirme.

Les populations concernées ont été en vérité très gravement affectées, mais c’est parce qu’elles croyaient avoir été très gravement affectées, dans l’ignorance où elles sont restées du point 1). Le rapport du Forum Tchernobyl déploie une grande ingéniosité en suggérant quelques-uns des mécanismes qui peuvent expliquer 2), même s’il ne s’agit que de conjectures. Mécanismes physiologiques : le stress, l’angoisse peuvent produire les pathologies étranges que l’on observe dans les zones contaminées ; mécanismes psychologiques : les habitants attribuent systématiquement les maux qui les accablent à la radioactivité et, vivant celle-ci comme une fatalité, négligent de se soigner ; de même, si la natalité a fortement baissé dans certaines régions, et les avortements crû en proportion, la crainte de l’avenir en est seule responsable ; ou encore, du fait des déplacements de populations, certaines zones ont vu l’âge moyen de leurs habitants faire un bond en avant, mais le taux de mortalité qui a crû en conséquence a été imputé à l’accident ; quant à l’augmentation observée des malformations congénitales, elle résulte de ce que précisément on s’intéresse plus qu’avant à les déceler ; mécanismes sociaux : la mauvaise conscience des autorités locales jointe à l’avidité ou à l’esprit de revanche des personnes virtuellement affectées ont fait que le nombre de ceux qui reçoivent une indemnisation, et donc se considèrent comme victimes de la catastrophe, a crû continûment au fil des années.

Le troisième moment dérive des deux premiers : pour briser les mécanismes responsables de l’écart entre la vérité objective 1) et les croyances autoréalisatrices 2), il faut informer, communiquer, éduquer de façon que les gens en arrivent à vivre avec la chose, l’apprivoisent, se déprennent de toute angoisse – comme on apprend à vivre sans peur dans l’espace autoroutier en se soumettant à quelques règles simples et finalement peu contraignantes.

Il m’a fallu du temps pour que je perçoive pleinement la malhonnêteté intellectuelle et l’obscénité morale du rapport officiel et des communiqués qui l’ont accompagné. Certes, certaines formulations m’avaient choqué, celle-ci en particulier qui frise l’indécence :

L’Oms rapporte que les individus affectés par l’accident ont été officiellement considérés comme des « victimes », ce qui a été traduit par « invalides ». Ainsi, plutôt que de se considérer comme d’heureux survivants ayant échappé aux conséquences de la catastrophe, les habitants des zones affectées par les retombées radioactives estiment n’avoir aucun contrôle sur leur avenir, qu’ils perçoivent sans espoir4.

Ce qui m’a ouvert les yeux, ce sont les prises de position de certains membres éminents de l’establishment nucléaire lui-même. Ainsi, en ce mois de septembre 2005, paraissait le livre de Georges Charpak intitulé De Tchernobyl en Tchernobyls5. Le point de vue de Charpak, prix Nobel de physique, artisan inlassable de l’accès du grand public à la science, membre du comité d’éthique de l’Areva, ne peut être jugé insignifiant. Or que lit-on sur la page 4 de couverture ?

Nous ne sommes pas à l’abri de nouveaux tchernobyls. L’humanité va s’enrichir de milliards d’individus dans les décennies à venir. L’énergie nucléaire est donc plus que jamais indispensable. Mais l’accident de Tchernobyl aura fait des dizaines de milliers de morts.

À la réflexion, cette estimation me paraît la bonne, elle est à la fois la plus rationnelle et la plus conforme à l’éthique6.

Je ne crois pas aux théories du complot et j’ai grand-peine à imaginer, comme semblent parfois le faire ceux qu’on appelle les « antinucléaires », qu’une armée secrète de nucléocrates ambitionne de s’emparer du pouvoir mondial. La leçon de mon maître Ivan Illich me paraît à la fois plus juste et beaucoup plus inquiétante : les plus grandes menaces viennent aujourd’hui moins des méchants que des industriels du bien. On doit moins redouter les mauvaises intentions que les entreprises qui, comme l’Aiea, se donnent pour mission d’assurer « la paix, la santé et la prospérité dans le monde entier ». Ce qui m’effraie le plus dans le cas Tchernobyl, c’est que la soi-disant expertise n’ait pas une qualité de pensée à la hauteur des problèmes qu’elle pose à la société. La technocratie, qui accuse volontiers ses adversaires de tomber dans l’irrationnel et l’obscurantisme, manque du sérieux et du jugement minimal qu’on est en droit d’attendre de citoyens qui mettent en péril la possibilité d’une vie digne et sûre sur cette planète. L’expertise ne pense pas ce qu’elle fait, tel est le danger suprême.

L’estimation des effets sur la santé humaine d’une catastrophe nucléaire recourt à trois méthodes : l’observation directe, l’enquête épidémiologique et la modélisation. Les sauveteurs des premières heures ont reçu à Tchernobyl des doses telles que leur mort peut être attribuée en toute certitude à l’accident. Pour toutes les personnes qui ont subi sur le moment et par la suite des doses moyennes ou faibles, les choses sont beaucoup plus complexes. En principe, une enquête épidémiologique pourrait apprécier rétrospectivement l’excès des maladies malignes qui ont affecté les populations touchées sur le taux normalement attendu. Cette enquête n’a pu être faite correctement dans le cas de Tchernobyl, pour deux raisons : d’une part, les populations les plus touchées, c’est-à-dire les liquidateurs et les personnes que l’on a dû déplacer, se sont dispersées sur tout le territoire de l’Union soviétique, et aucun suivi sérieux n’a pu avoir lieu ; pour les millions de personnes qui ont reçu de faibles doses, d’autre part, une étude épidémiologique n’aurait pu détecter un éventuel accroissement du taux de mortalité par leucémie ou cancer, de toute évidence faible, voire très faible, qu’au prix de moyens exorbitants que l’Union soviétique au bord de la décomposition ne pouvait mobiliser. C’est donc la modélisation qui s’est substituée à l’enquête épidémiologique, cette même modélisation à laquelle on doit de toute façon avoir recours pour estimer les morts à venir.

Le modèle retenu par les autorités internationales de radioprotection est un modèle linéaire sans seuil : il est donc supposé que l’effet sur la morbidité et la mortalité est proportionnel à la dose reçue même pour les très faibles doses. En d’autres termes, il n’existe aucun seuil de radiations en deçà duquel l’effet est postulé être nul. Les autorités en question présentent cette hypothèse comme relevant de la prudence : elle majorerait l’effet réel. Georges Charpak lui donne une assise scientifique en invoquant l’argument suivant. Les effets de la radioactivité sur le métabolisme cellulaire sont similaires aux accidents spontanés qui causent les cancers « naturels » dont meurent 20 % d’une population donnée. Rien ne distingue un cancer causé par les radiations d’un cancer ordinaire. Comme l’effet des radiations supposées faibles est marginal par rapport aux causes autres de cancer, l’augmentation du taux de cancer dû aux radiations peut être tenu pour proportionnel à la dose de celles-ci, même pour des doses très faibles : c’est la base même du calcul différentiel.

Le modèle linéaire sans seuil a une implication très importante : le nombre de décès dus aux radiations dans une population donnée n’est fonction que de la dose globale reçue par celle-ci, indépendamment donc de sa distribution dans le temps et dans l’espace. Une dose globale très concentrée dans le temps et sur une faible partie de la population aura le même effet quantitatif que la même dose globale touchant la population entière sur une durée très longue.

Lorsqu’on lit le rapport du Forum Tchernobyl avec quelque attention, on découvre que les 4 000 morts annoncées n’ont été calculées au moyen du modèle linéaire sans seuil que sur une très petite partie de la population mondiale que les radiations ont touchée : tout juste 600 000 personnes, soit environ 200 000 liquidateurs, 120 000 personnes évacuées et 270 000 autres résidant dans les zones les plus contaminées. Quant aux millions de personnes autres touchées, l’estimation officielle ne se prononce pas à leur sujet, ce que tout le monde a compris comme signifiant que la catastrophe n’était responsable d’aucune mort parmi elles. Si on leur applique à elles aussi, ne serait-ce que pour des raisons de cohérence interne, le modèle linéaire sans seuil, on trouve comme Charpak que la catastrophe nucléaire de Tchernobyl aura provoqué des dizaines de milliers de décès. Le tour de passe-passe doit être salué bien bas.

Mais il y a un second tour de passe-passe, plus intéressant et subtil, plus révoltant encore que le premier. Lorsque les doses radioactives sont très étalées dans le temps et distribuées sur une vaste population, il est impossible de dire d’une quelconque personne désignée qui meurt d’un cancer ou d’une leucémie qu’elle est morte du fait de Tchernobyl. Tout ce que l’on peut dire, c’est que la probabilité qu’elle avait a priori de mourir d’un cancer ou d’une leucémie a été très légèrement accrue du fait de Tchernobyl. Les trente ou quarante mille morts qu’aura causées la catastrophe nucléaire ne peuvent donc être nommées. La thèse officielle consiste à en conclure qu’elles n’existent pas. Cela ne constitue pas seulement une faute philosophique grave, c’est un crime éthique.

Le problème philosophique profond qui se cache derrière le sophisme que je dénonce est explicitement traité dans l’un des ouvrages les plus importants et les plus influents de la philosophie morale du xxe siècle, Reasons and Persons, du philosophe britannique Derek Parfit7. Ce livre fut publié en 1984, deux ans avant la catastrophe. Sous le nom de « Cinq erreurs majeures en mathématiques morales », il démonte de façon prémonitoire la série de faux raisonnements dont se sont rendus coupables les experts en catastrophe nucléaire ou en radioprotection. J’ose à peine suggérer qu’une réforme souhaitable de l’expertise devrait imposer à tout candidat expert l’obligation d’acquérir une solide formation philosophique de base. On croirait que je prêche pour ma paroisse.

Il existe des actions ou des faits qui ont une probabilité extrêmement faible de produire un effet considérable. Parce qu’elles sont insignifiantes, un calcul moral ou rationnel devrait-il tenir ces probabilités pour nulles ? Il existe des actions ou des faits qui produisent des effets imperceptibles mais qui touchent un très grand nombre de personnes. Parce que ces effets sont imperceptibles, devrait-on les passer par pertes et profits ? Une réponse affirmative à ces questions se heurte immédiatement à l’une des nombreuses formes du paradoxe du sorite (littéralement : le paradoxe du tas), connu depuis le ive siècle avant Jésus-Christ : un cheveu greffé sur le crâne d’un chauve ne le transforme pas en non-chauve ; et cependant un non-chauve n’est qu’une personne qui a un certain nombre de cheveux.

Soit une élection nationale qui oppose deux candidats, ou un référendum offrant le choix entre deux options. Sauf dans le cas extrêmement improbable (peut-être une chance sur un milliard) où les suffrages se répartiraient également entre les deux options, il est incontestable que le bulletin déposé dans l’urne par chacun des électeurs aura eu un effet nul. À la question : « Le résultat final eût-il été changé si j’avais voté autrement que je l’ai fait (ou bien si je n’avais pas voté) ? », chacun doit répondre : non ! Et cependant, le résultat du vote découle immédiatement du décompte des voix. Or nous savons résoudre ce paradoxe. Il suffit de recourir au mode de pensée symbolique, ce que, dans ces situations, nous faisons spontanément. Nous interprétons les résultats de tels votes, même ou surtout lorsqu’ils sont serrés, comme la manifestation du choix soigneusement délibéré d’un sujet collectif : le peuple, l’électorat, etc. Du point de vue de la rationalité étroite qui est celle des experts, ce sujet collectif qu’on appelle en renfort est une pure fiction. Il dissout cependant le paradoxe au plan moral, qui est ici celui de la responsabilité.

La consultation concernant le traité de Maastricht a donné en France l’avantage au oui, mais d’extrême justesse. On a dit : « Dans sa grande sagesse, le peuple français a répondu oui à l’Europe, mais il a aussi voulu donner un avertissement à tous ceux qui voulaient précipiter les événements. » Si cette manière de penser est légitime, ne l’est pas moins celle qui affirme : « La catastrophe de Tchernobyl est responsable de dizaines de milliers de morts, sans compter les innombrables et inquiétantes pathologies qui minent la vie de millions de personnes. »

L’invisibilité contrefactuelle

Le problème des événements extrêmement rares mais aux conséquences catastrophiques est un casse-tête pour les technocrates, qui ne connaissent guère des sciences normatives que la théorie économique que l’on enseigne dans les écoles d’ingénieur. Mais le calcul des coûts et des avantages à quoi se résume la leçon principale de la théorie en question n’est d’aucun secours lorsqu’il s’agit de multiplier une probabilité infinitésimale par des conséquences infinies. Le sens philosophique de cette impuissance est parfaitement dégagé par Hannah Arendt lorsqu’elle écrit :

Agir dans le style du faire, raisonner dans le style du « calcul des conséquences », c’est laisser de côté l’inattendu, l’événement lui-même, puisqu’il serait peu raisonnable ou irrationnel de s’attendre à ce qui n’est qu’une « improbabilité infinie ». Mais comme l’événement constitue le tissu même du réel dans le domaine des affaires humaines où l’improbable arrive régulièrement, il est extrêmement peu réaliste de n’en pas tenir compte.

Et Arendt de conclure, au sujet de la pensée du calcul qui domine l’époque moderne :

Son rationalisme est irréel, son réalisme est irrationnel, ce qui revient à dire que le réel et la raison ont divorcé8.

Il faut donc trouver autre chose, ce qui implique de sortir une fois pour toutes de l’économisme dans lequel le « principe de précaution » continue de patauger. Il ne faut pas avoir peur de faire de la philosophie.

« Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. » De telles propositions conditionnelles sont dites, en philosophie, contrefactuelles parce que l’antécédent, « s’il eût été plus court », est contraire aux faits : la longueur du nez de Cléopâtre est la longueur qui fut la sienne, nul ne peut rien y changer. L’étude des contrefactuels est un des chapitres les plus difficiles de la métaphysique. Les positivistes croient pouvoir se passer de cette notion, mais il n’y a pas de pensée des affaires humaines qui puisse en faire l’économie.

« L’Europe aurait pu devenir inhabitable » si…9 Il s’en est fallu de peu à Tchernobyl que l’antécédent qui aurait rendu ce conséquent vrai se réalise, et moi, citoyen français, je ne pourrais aujourd’hui écrire ces lignes. Si la catastrophe s’était conclue par une explosion nucléaire, alors que l’explosion qui a soufflé le couvercle du réacteur ne fut que thermique, la ville de Kiev, qui se situe à une centaine de kilomètres de la centrale, aurait disparu de la carte, la Biélorussie rendue impropre à la vie à jamais et l’Europe, en effet, inhabitable pour une durée indéterminée. Il eût fallu pour cela, et peut-être suffi, qu’une partie de la masse énorme de matières fissiles que l’explosion a projetées à un kilomètre au-dessus du toit arraché de la centrale reste coincée dans celle-ci, brûle la mince dalle en béton sur laquelle reposait la cuve, ce qui l’aurait mise en contact avec l’eau du sous-sol destinée à refroidir le réacteur : Tchernobyl serait devenu une bombe atomique.

Il s’en est fallu de peu : ce n’est pas par hasard que le jargon nucléaire américain, civil comme militaire, a forgé une expression pour dire cela : near miss, qui a presque la force d’un concept. Vingt fois au moins durant la guerre froide, il aura été « moins cinq » de minuit, les douze coups signifiant une apocalypse nucléaire qui aurait soufflé une bonne partie de l’humanité. Le nucléaire civil a connu jusqu’ici plus d’un near miss. Il serait fastidieux d’en produire la liste. Le plus connu, outre Tchernobyl, est l’accident qui toucha la centrale de Three Mile Island, en Pennsylvanie, le 28 mars 1979. Il s’en est fallu de peu que ce soit un Tchernobyl avant la lettre, et que la formation d’une bulle d’hydrogène, événement qui n’avait été prévu dans aucun des scénarios d’accident imaginés par les autorités, se combine avec une production d’oxygène par décomposition de l’eau du réacteur pour produire une explosion qui aurait fait éclater la cuve et l’enceinte, et aurait projeté dans l’atmosphère tous les produits de fission. Un Tchernobyl aux États-Unis, le pays où l’opinion publique exerce le plus ce despotisme doux dont parlait Tocqueville, aurait eu des répercussions sociales, économiques et politiques qu’un pays totalitaire même en décomposition avancée avait encore les moyens de tuer dans l’œuf. Le moins qu’on puisse dire est que c’en eût été fini de l’industrie nucléaire américaine et, peut-être, mondiale.

Tchernobyl aura été responsable d’un bilan se comptant en dizaines de milliers de morts, et non pas quatre mille. Je soutiens qu’au passif de la catastrophe, il faut également compter les millions de morts contrefactuels, ceux qui seraient morts, et j’en suis, si…

Cette proposition ne va pas de soi. Je ne connais pas de meilleure façon de l’argumenter que de rappeler que ce fut très exactement la manière de raisonner des stratèges de la dissuasion nucléaire. Le problème majeur que la doctrine de la dissuasion a dû affronter est le caractère non crédible de la menace sur laquelle la dissuasion est censée reposer. Si tu fais un pas en avant, je déclenche l’escalade qui nous mènera tous les deux dans l’enfer de l’apocalypse nucléaire, et le reste du monde avec nous. L’intention dissuasive a un statut hautement paradoxal : c’est précisément parce qu’on la forme que les conditions qui conduiraient à la mettre à exécution ne sont pas réunies : l’adversaire étant par hypothèse dissuadé n’attaque pas le premier, et l’on n’attaque jamais soi-même en premier, ce qui fait que personne ne bouge. On forme une intention dissuasive afin de ne pas la mettre à exécution. Les spécialistes parlent d’intention auto-invalidante (self-stultifying intention), ce qui donne un nom à l’énigme à défaut de la résoudre.

Tardivement, certains comprirent qu’il n’est nul besoin d’intention dissuasive pour rendre la dissuasion nucléaire efficace. La simple existence d’arsenaux se faisant face, sans que la moindre menace de les utiliser soit proférée ou même suggérée, suffit à ce que les jumeaux de la violence se tiennent cois. L’apocalypse nucléaire ne disparaissait pas pour autant du tableau. Sous le nom de dissuasion « existentielle », la dissuasion apparaissait désormais comme un jeu extrêmement périlleux consistant à faire de l’anéantissement mutuel un destin. Dire qu’elle fonctionnait signifiait simplement ceci : tant qu’on ne le tentait pas inconsidérément, il y avait une chance que le destin nous oublie – pour un temps, peut-être long, voire très long, mais pas infini.

La dissuasion existentielle donne à l’événement apocalyptique qu’elle vise à prévenir un statut métaphysique très particulier. Non seulement elle ne l’anéantit pas, elle l’inscrit dans l’avenir comme une fatalité : c’est ce qui lui donne force dissuasive. Mais elle en fait par ailleurs un accident : c’est ce qui rend la dissuasion efficace… à l’accident près. Cet accident qui est aussi un destin n’est pas un possible qui ne serait pas actualisé : il est inscrit dans l’actualité de l’avenir. L’exclure de l’équation dissuasive au prétexte que, si tout va bien, il ne se réalisera pas, c’est condamner la dissuasion à l’impuissance10.

C’est à tort que l’industrie nucléaire se félicite que Three Mile Island ne soit pas devenu un Tchernobyl, et que Tchernobyl n’ait pas fini en explosion atomique. Ces catastrophes majeures qui n’ont pas eu lieu à un near miss près sont la seule garantie que nous ayons que l’industrie trouve la sagesse et la volonté de les éviter. L’industrie est la première à reconnaître qu’elle prend le chemin opposé, malgré Three Mile Island, malgré Tchernobyl11. Ce qui ne signifie qu’une chose : ce pire que le sort, ou un dieu, lui a évité, elle ne le tient pas pour réel, simplement parce qu’il n’a pas eu lieu. C’est une faute gravissime.

  • *.

    Philosophe, voir la présentation de son parcours intellectuel : « D’Ivan Illich aux nanotechnologies. Prévenir la catastrophe ? », Esprit, février 2007.

  • 1.

    Voir mon Retour de Tchernobyl. Journal d’un homme en colère, Paris, Le Seuil, 2006.

  • 2.

    Voir Frédérick Lemarchand, la Vie contaminée. Éléments pour une socio-anthropologie des sociétés épidémiques, Paris, L’Harmattan, 2002 ; voir aussi le film documentaire réalisé par David Desramé et Dominique Maëstrali, La vie contaminée, Atelier Cinéma de Normandie, Caen, 2001. Une équipe du Lasar de Caen, composée de Laurent Bocéno, Guillaume Grandazzi et Frédérick Lemarchand, a conseillé les réalisateurs en matière d’anthropologie.

  • 3.

    Propos du représentant de l’Aiea à la conférence de l’Oms tenue à Kiev en juin 2001 ; rapportés par Maryvonne David-Jougneau, « Semmelweis, Bandajevsky : des savants victimes de la répression scientifique », dans Guillaume Grandazzi, Galia Ackerman, Frédérick Lemarchand (sous la dir. de), les Silences de Tchernobyl. L’avenir contaminé, Paris, Éditions Autrement, 2004, p. 106-107.

  • 4.

    Dr Jean-Claude Nenot, de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, dans « Les conséquences de l’accident de Tchernobyl. Analyse du rapport 2005 des Nations unies », Rgn, 5, septembre-octobre 2005. Je souligne.

  • 5.

    Écrit en collaboration avec Richard L. Garwin et Venance Journé, chez Odile Jacob, 2005.

  • 6.

    Dans son numéro spécial d’avril 2006 consacré au vingtième anniversaire de la catastrophe, la revue britannique Nature aboutit à des estimations analogues.

  • 7.

    Derek Parfit, Reasons and Persons, Oxford, Clarendon Press, 1984.

  • 8.

    Hannah Arendt, The Human Condition, Chicago, The University of Chicago Press, 1958 ; trad. fr. par Georges Fradier, Condition de l’homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, 1961.

  • 9.

    Titre de l’entretien que l’académicien Vassili Nesterenko a donné à Galia Ackerman, dans les Silences de Tchernobyl, op. cit. Directeur de l’Institut de l’énergie nucléaire de Biélorussie, il arrêta toutes affaires cessantes son travail scientifique et celui de l’Institut pour étudier les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl. Exigeant des mesures immédiates telles que l’évacuation des habitants proches de la centrale, il fut accusé d’avoir « semé la panique ». Il a depuis créé un institut de radioprotection indépendant, Belrad.

  • 10.

    On trouvera des développements de ces idées difficiles dans J.-P. Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, Paris, Le Seuil, 2002 et id., Petite métaphysique des tsunamis, Paris, Le Seuil, 2005.

  • 11.

    Un article de la revue Nucleonics Week daté d’octobre 2003 fait le compte rendu d’un colloque organisé par l’Association mondiale des exploitants de centrales nucléaires (Amecn), créée après la catastrophe de Tchernobyl dans le but expressément déclaré d’empêcher la répétition d’un semblable accident. L’article en question s’intitule « Le contentement de soi et la négligence menacent l’industrie nucléaire, selon les avertissements de l’Amecn ». La lecture de cet article et du commentaire qu’en donne Georges Charpak dans son livre déjà cité (p. 8-9 et 487-491) donne la chair de poule. On y lit : « Le président de l’association… a déclaré qu’un “mal terrible” menaçait de l’intérieur les établissements des opérateurs nucléaires. Ce mal commence, a-t-il dit, par la “perte de motivation à apprendre auprès des autres, un excès de confiance et la négligence dans le maintien d’une culture de sécurité en raison de pressions considérables exercées pour réduire les coûts suite à la déréglementation du marché de l’énergie”. S’il n’y est pas remédié, ces problèmes “sont comme un mal terrible qui naît au sein de l’organisation” et peut, s’il n’est pas décelé, conduire “à un accident majeur” qui “détruira l’organisation tout entière”. » Charpak commente (p. 9) : « Nous ne sommes pas à l’abri de nouveaux tchernobyls [sic], parce que le même esprit d’irresponsabilité qui a causé Tchernobyl est en train de se répandre, malgré l’existence d’un système qui a été conçu pour rendre Tchernobyl impossible, à cause d’une avidité aveugle à l’égard de l’argent. » J’ajouterai que lors du ou des prochains Tchernobyl, le sort ou le dieu du near miss ne seront pas nécessairement aussi cléments qu’ils le furent jusqu’ici.

Jean-Pierre Dupuy

Philosophe, épistémologue   Dans son œuvre, Jean-Pierre Dupuy a à cœur de tisser des liens entre les différents champs du savoir (économie, anthropologie, épistémologie…) pour mieux comprendre les phénomènes auxquels est confronté le monde contemporain, qu’il s’agisse de la crise financière ou du risque de destruction que le développement des armes de destruction massive fait peser sur…

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