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La Pologne, miroir de l'Europe?

Le gouvernement du parti Droit et justice (PiS), mélange de mesures sociales, d’autoritarisme et de nationalisme, fait de la Pologne le mouton noir de l’Europe. Mais de nombreux partis européens tentent de récupérer un mécontentement général contre les politiques néolibérales des trente dernières années, que l’on peut comprendre comme une demande démocratique.

La victoire en 2015 du parti Droit et justice (PiS), dirigé par Jaroslaw Kaczyński, a étonné l’Europe. Laquelle gardait depuis vingt-cinq ans l’image d’un pays modèle, premier élève de la transition démocratique, dirigé par des hommes et des femmes remarquables, humanistes et européens convaincus. Certes un peu grincheux, parfois tatillons, mais des dirigeants de haute culture qui se nommaient Bronislaw Geremek, Tadeusz Mazowiecki ou Jacek Kuron. Une élite libérale et morale dont on appréciait l’efficacité, au point qu’en 2014, les chefs d’États européens choisirent l’un d’eux, Donald Tusk, pour présider leur Conseil.

Et puis, patatras ! Le nouveau gouvernement remet tout en cause, il tire un bilan négatif de ces vingt-cinq années, dénonce Lech Walesa comme un traître à la patrie, accuse le parti libéral de Tusk, la Plateforme civique (PO), d’avoir ruiné la Pologne, tient des propos vulgaires, insultants, anti-allemands et anti-russes. Un gouvernement qui prétend relever son pays qu’il dit mis à genoux par l’Union européenne, lui rendre sa fierté et réaliser «le bon changement». Tout ce qui faisait, pour les démocrates européens, l

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Jean-Yves Potel

Historien et politologue, spécialiste de l’Europe centrale (IEE – université de Paris 8), il a publié Les Disparitions d’Anna Langfus (Noir sur blanc, 2014).

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Coordonné par Jean-Yves Potel, le dossier analyse le succès du gouvernement du Parti Droit et justice (PiS) en Pologne. Récupérant un mécontentement semblable à celui que l'on perçoit ailleurs en Europe, le régime s'appuie sur le discrédit des élites libérales et le rejet des étrangers pour promouvoir une souveraineté et une fierté nationale retrouvées. Il justifie ainsi un ensemble de mesures sociales mais aussi la mise au pas des journalistes et des juges, et une posture de défi vis à vis des institutions européennes, qu'il n'est pas pour autant question de quitter. À lire aussi dans ce numéro : les nouveaux cahiers de doléance en France, l’emprise du numérique, l’anniversaire de la révolution iranienne, l’antisémitisme sans fin et la pensée écologique.