Berlin | Photo : Christian Lue via Unsplash
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La fin de l’exception allemande ?

Longtemps épargnée par les crises qui ont touché ses voisins européens, l’Allemagne est rattrapée, depuis quelques mois, par les conséquences de l’épidémie. Le pays fait ainsi l’apprentissage de sa propre vulnérabilité, et voit s’affirmer en réponse des tendances eurosceptiques.

Nul ne pouvait prévoir que la fin du règne d’Angela Merkel marquerait aussi la fin de ce que la chancelière symbolise : l’exceptionnalité allemande. Tout semblait réuni pour que Merkel quitte le pouvoir, en septembre prochain, dotée d’une popularité à faire pâlir d’envie ses homologues. Après seize années à la tête du gouvernement fédéral, celle que l’on surnomme ici la « chancelière éternelle » (ewige Kanzlerin) était parvenue à convaincre ses concitoyens que l’Allemagne était, par nature, le bon élève de l’Union européenne. Épargné par la crise économique de 2008, le pays a pu imposer aux États membres son programme budgétaire. Se tenant en partie à l’écart des radicalisations politiques consécutives à cette crise, l’Allemagne a aussi présenté son organisation fédérale en exemple de stabilité institutionnelle au milieu d’une Europe en plein tumulte.

La force allant à la force, il a semblé que même le nouveau coronavirus épargnerait l’Allemagne. Un système hospitalier performant, des tests et des masques à profusion, une mortalité limitée : autant de raisons supp

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Michaël Fœssel

Philosophe, il a présenté et commenté l'oeuvre de Paul Ricœur (Anthologie Paul Ricœur, avec Fabien Lamouche), a coordonné plusieurs numéros spéciaux de la revue, notamment, en mars-avril 2012, « Où en sont les philosophes ? ». Il est membre du Conseil de rédaction d'Esprit. Il est notamment l'auteur de L'Équivoque du monde (CNRS Éditions, 2008), de La Privation de l'intime (Seuil, 2008), État de

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Les difficultés rencontrées pendant la gestion de l’épidémie de Covid-19 ont remis en lumière le rapport paradoxal que la France entretient avec son État. Parce qu’il est censé décider de tout, il est le recours vers lequel tous se tournent en situation de crise, en même temps qu’il concentre l’essentiel des critiques. Au-delà de la crise sanitaire, la question d’un juste partage des responsabilités entre l’État et d’autres acteurs - les collectivités territoriales, les citoyens, les syndicats ou les entreprises- pour construire un horizon d’action commun se pose. Alors même que la pandémie marque le retour en grâce de l’action publique, comment changer concrètement la figure de l’État pour apaiser sa relation avec la société et lui permettre de répondre aux aspirations contemporaines en matière d’écologie et de justice sociale ? C’est à cette question que s’attache ce dossier, coordonné par Lucile Schmid.