Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Dans le même numéro

« Hollande l'Africain », et après ?

L’embellie de janvier, due à l’intervention réussie au Mali, aura été de courte durée pour le président Hollande. Les ingrédients d’un redressement d’image étaient pourtant nombreux, et ils ont été bien amplifiés par une stratégie de communication, validée par une rare convergence de la presse.

Une opération réussie ?

La justesse de la cause d’abord : qui n’aurait voulu arrêter ces groupes djihadistes dont l’offensive se traduisait par l’application des châtiments de la charia et la destruction du patrimoine architectural, toutes deux évocatrices d’un Afghanistan sous les talibans, mais plus près de nous ? La nature des populations secourues ensuite : des Maliens visiblement incapables de se défendre eux-mêmes, et leur communauté en France qui appuyait clairement l’intervention. En toile de fond, la réhabilitation discrète de l’ancienne puissance coloniale, illustrée par l’autorisation inédite de survol de son territoire donnée par l’Algérie, préparée par le voyage du président français à Alger et son discours, qui avait pansé une partie des plaies du passé. La maîtrise du temps de l’opération aussi : son déclenchement après un délai de consultations africaines et européennes faisant apparaître l’absence d’alternative à une initiative française, et ensuite la rapidité de la décision et de l’exécution, elles-mêmes permises par l’exception constitutionnelle française, par ailleurs très discutable d’un point de vue démocratique, qui autorise le président à agir en totale liberté. Les félicitations américaines ont même pu laisser espérer un moment que cet écho retrouvé de la puissance française induirait un rééquilibrage du couple franco-allemand.

Cette courte guerre a donc donné à Hollande une stature présidentielle nouvelle. Il est devenu un autre, capable de prendre les décisions les plus graves, en restant lui-même, répondant à l’événement, mais sans chercher à en faire l’illustration d’un caractère exceptionnel, comme le faisait son prédécesseur par exemple en Libye. Sa phrase de Bamako sur « le jour le plus important de sa vie politique » a été moquée à tort : elle disait bien la hiérarchie des enjeux, et la responsabilité du politique même en dehors de ses frontières.

Retour au réel

Il est toutefois dans la nature de ces parenthèses unanimistes de se refermer. Et les sondages de février oscillent entre le simple coup d’arrêt à la chute de popularité entamée depuis juin, et le très léger redressement. L’expédition malienne aura simplement permis à Hollande de crédibiliser une politique étrangère originale, comme en témoigne son voyage en Inde, mais surtout de retrouver les difficultés intérieures délesté des doutes sur son aptitude à présider.

Cet apport ne sera pas de trop devant l’aggravation des difficultés économiques, un instant reléguées à l’arrière-plan par la guerre, et aussi par l’intensité du débat sur le mariage homosexuel. Les plans de licenciement s’accumulent et commencent à produire de la violence sociale, jusqu’à des auto-immolations, comme si la France entrait, à petits pas, dans le chemin grec ou espagnol. Les chiffres de la croissance, ou plutôt de la non-croissance, font justice de l’objectif des 3% de déficit à la fin de 2013. Cette impossibilité était un secret de Polichinelle, et le but du gouvernement était notoirement de ne pas prendre l’initiative de le remettre en cause, mais d’aboutir à un constat partagé avec Bruxelles et Berlin. Nous y sommes. Et le troisième train de mesures, après la rigueur sur les dépenses de l’État et le « crédit d’impôts compétitivité » aux entreprises, a commencé par une réduction drastique des budgets des collectivités territoriales. Tout indique que la période qui s’ouvre est celle d’un resserrement de l’étau sur le gouvernement, pris entre les admonestations de la Cour des comptes et celles, plus discrètes, de l’Allemagne, à diminuer davantage les dépenses publiques, et les protestations de sa gauche, qui gagnent du terrain au sein du PS, contre la poursuite de l’austérité et le mauvais symbole d’un budget européen en baisse.

Comment rebondir ?

Les réponses du pouvoir paraissent devoir être de trois ordres. Il relancera certaines mesures de gauche en économie – prises de participation publique, voire nationalisations transitoires, réforme des banques – symboliquement fortes mais d’impact limité. Il ouvrira un temps de grandes réformes sociales, qui commence avec la transcription législative de l’accord « sur la sécurité de l’emploi » (et la flexibilité) entre patronat et syndicats réformistes, dont l’un des volets forts est la pénalisation des contrats de travail courts, et la réforme de la Sécurité sociale, qui commence par les allocations familiales, mais aussi sociétales, dont la réforme de la prison. Enfin il cherchera, dans la préparation des municipales qui occupe désormais prioritairement la classe politique, à compenser le risque de rejet du pouvoir par une dynamique de primaires, qui l’a si bien servi pour la présidentielle. Mais d’autres mesures semblent devoir attendre, comme la fin du cumul des mandats, sacrifiée sur l’autel de l’unité de la majorité.

Michel Marian

Philosophe de formation, il travaille dans le domaine des politiques scientifiques et de recherche. Michel Marian publie régulièrement notes et articles sur la politique française dans Esprit. Il s’intéresse également à l’histoire et à la culture arméniennes, tout comme aux questions de reconnaissance du génocide arménien.…

Dans le même numéro

Tous périurbains !

Le vote protestataire, la maison individuelle et la voiture

Pourquoi devenir périurbain ? Toulouse, Lyon, Strasbourg…

La banlieue, entre rêve américain et mythe politique français

Réorganiser le territoire : le défi de la démocratie urbaine