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Menaces sur l’économie chinoise

entretien avec

Philippe Aguignier

Les secteurs économiques sur lesquels s’est appuyée la puissance chinoise au cours de son histoire se sont éteints ; il est donc inévitable que cette dernière ralentisse, d’autant plus dans le contexte de crise immobilière qui touche le pays. Minée par une dépendance excessive envers ses exportations, le régime cherche à s’appuyer davantage sur la demande intérieure.

L’un des piliers de la stabilité du régime chinois et de la légitimité du Parti communiste chinois, ainsi que de sa force de projection à l’international, a été, jusqu’à présent, la croissance économique du pays. Entre 10 et 12 % dans les années 1990 jusqu’à la crise mondiale de 2008-2009, la croissance chinoise est tombée autour de 7 % dans les années 2010. Le gouvernement a annoncé un objectif de 5, 5 % de croissance pour cette année, qui risque de ne pas être atteint. Outre des raisons conjoncturelles, comme la crise de la Covid, il existe des ressorts structurels à ce ralentissement, plus difficiles à surmonter. Quels sont-ils ?

Différents moteurs de croissance ont porté les progrès de l’économie chinoise en fonction des époques : la construction d’une base d’industrie lourde et l’élargissement de l’éducation primaire obligatoire dans les campagnes dans les premières années du régime ; les réformes de l’agriculture dans les années 1980 qui, en augmentant les rendements, ont permis un transfert de main-d’œuvre massif vers des activités industrielles où la productivité était supérieure à celle des activités agricoles ; la réforme du secteur d’État et l’essor du secteur privé dans les années 1990 ; l’internationalisation à marche forcée, symbolisée par l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dans les années 2000 ; ou encore les progrès dans la remontée des filières technologiques dans les années 2010. À cela s’ajoute la croissance démographique, qui a porté la population de cinq cents millions à un milliard quatre cents millions, avec une progression de la part de la population active au sein de la population totale.

Pratiquement tous ces moteurs se sont éteints ou ont progressivement perdu en intensité : la population active diminue depuis plusieurs années, entraînant une modification de la structure de la population, avec des conséquences lourdes en matière sociale ou économique ; il n’y a plus de surplus de population rurale à transférer vers l’industrie ; certaines réformes ne pouvaient être faites qu’une fois (restructuration du secteur d’État, privatisation de l’agriculture, adhésion à l’OMC) ; le développement des exportations rencontre des résistances de la part du monde extérieur, moins enclin à absorber les excédents chroniques de la balance commerciale chinoise. Des moteurs anciens, il reste l’innovation et le progrès technologique, et ils sont mis en avant dans la stratégie actuelle de développement économique des dirigeants. Il est néanmoins illusoire de penser qu’ils pourront à eux seuls compenser le ralentissement ou la disparition des autres. Il est donc inéluctable que la croissance économique chinoise ralentisse, et cela sera durable.

Le produit intérieur brut (PIB) chinois se distingue par le poids des investissements (45 à 50 % selon les années, le ratio le plus élevé au monde sur le long terme), comparé à celui de la consommation. Pendant très longtemps, cela a été très efficace en raison du manque d’infrastructures essentielles ou de la demande très forte en logements. Mais, petit à petit, la rentabilité des nouveaux investissements a diminué. Pour obtenir un même effet de croissance, il faut de plus en plus d’investissements, et nombre de ces investissements, financés par de la dette, ont une rentabilité inférieure à leur coût de financement. Cet effet est particulièrement net depuis la crise économique mondiale de 2008-2009, à laquelle la Chine a échappé grâce à un plan de relance massif financé par les banques. À court terme, cela a fonctionné, mais le poids de la dette accumulée fragilise la structure financière de l’économie.

Le ratio de l’endettement total (dettes de l’État, des entreprises, des institutions et des particuliers) rapporté au PIB est passé d’environ 150 % avant la crise à près de 300 % aujourd’hui, alors que, dans le même temps, le taux de croissance a fléchi. Ce ratio reste toutefois supportable (il est comparable à ce que l’on observe au Japon ou dans certains pays européens). De plus, une grande partie de la dette est domestique, ce qui protège la Chine contre d’éventuelles pressions de créditeurs étrangers. La Chine a donc encore la capacité de gérer des crises financières ponctuelles, comme elle a d’ailleurs eu à le faire à plusieurs reprises dans les dernières années. Néanmoins, les marges de manœuvre se réduisent, et la gestion des conséquences financières de la crise majeure de l’immobilier actuelle s’annonce très délicate pour les autorités chinoises.

En quoi la crise immobilière actuelle est-elle plus menaçante que les autres crises qui l’ont précédée ?

Principalement par son ampleur et par ses ramifications. Le secteur immobilier représente entre 25 et 30 % du PIB, si l’on prend en compte les effets induits dans d’autres secteurs (sidérurgie, ciment, etc.). Les banques y sont naturellement exposées, ainsi que nombre de gouvernements locaux, déjà très endettés et très dépendants des revenus liés aux ventes de terrain pour équilibrer leurs budgets. L’immobilier représente aussi l’essentiel des actifs détenus par les particuliers.

La demande en biens immobiliers a été pendant longtemps soutenue par des fondamentaux solides : urbanisation, insuffisance du parc de logements existants, souhait naturel pour des logements plus confortables et plus spacieux, dans un contexte de progression régulière des revenus et du niveau de vie. Mais ces fondamentaux se sont affaiblis au cours du temps, comme pour la croissance : l’urbanisation ralentit, la population décroît, 90 % des foyers urbains sont déjà propriétaires d’au moins un logement, et les surfaces par tête ont pratiquement rejoint les niveaux des économies avancées.

Un autre type de demande a pris le relais pour un temps, pour des biens immobiliers considérés comme un produit d’épargne et de thésaurisation. Sous d’autres cieux, on accumule des lingots d’or ; en Chine, on accumule des appartements, et ce n’est pas grave s’ils sont vides, puisque l’expérience vécue par plusieurs générations de Chinois est que les prix immobiliers grimpent toujours. Un appartement, même vide, est considéré comme un placement plus sûr et plus rémunérateur que n’importe quel produit financier. L’offre ne s’est donc pas adaptée à la demande « réelle », et les promoteurs et les gouvernements locaux, qui ont intérêt à ce que l’activité perdure à un niveau élevé, ont eu recours à des modes de financement de plus en plus risqués, notamment la généralisation des ventes sur plan financées par de la dette bancaire, sans mécanisme solide pour garantir que les appartements commandés et payés seraient bien livrés, comme on l’a vu récemment dans le Henan. Lorsque les premiers signes de fragilité sont apparus (difficultés du promoteur Evergrande et de bien d’autres par la suite), l’édifice entier a commencé à vaciller : si les acheteurs potentiels anticipent que les prix vont baisser, ils vont différer, voire renoncer à leurs achats et la demande va encore diminuer ; on entre alors dans un cycle d’anticipations autoréalisatrices difficile à arrêter. Tout cela entraînera des pertes financières considérables, avec des risques de troubles sociaux ou de problèmes dans certaines banques. Les autorités cherchent pour l’instant à gagner du temps et à trouver des solutions locales, mais l’État central devra sans doute assumer in fine une partie de la dette nécessaire pour combler les pertes.

Du point de vue strictement financier, l’État a les ressources pour intervenir et ainsi écarter la menace d’une explosion à court terme. En revanche, la dette augmentera encore et cela compliquera la gestion de la prochaine crise.

Après s’être retiré de la sphère économique dans les années 1980, l’État-Parti a fermement resserré son emprise sur l’économie à partir de 2012, notamment en rendant obligatoire la création de cellules du Parti dans tous types d’entreprises, y compris étrangères. Dans quelle mesure cette emprise est-elle préjudiciable à la croissance chinoise ?

Le dynamisme des entrepreneurs chinois a joué un rôle important dans la croissance économique. C’est bien le secteur privé, y compris sa composante informelle, qui a permis d’absorber le choc de la restructuration du secteur d’État en créant des dizaines, voire des centaines de millions d’emplois. Progressivement, en partant d’activités simples et délaissées par le secteur d’État, ces investisseurs se sont développés dans des secteurs de plus en plus intensifs en capital et en technologie. C’est particulièrement visible dans le domaine du numérique, où presque toutes les entreprises majeures sont privées. Le groupe Alibaba, par exemple, s’est développé dans les services financiers avec les encouragements des régulateurs bancaires, car ceux-ci étaient frustrés par l’immobilisme des grandes banques, plus préoccupées par la protection de leurs rentes de situation que par l’innovation. Le Parti a donc initialement trouvé son compte dans l’essor du secteur privé et offert aux entrepreneurs diverses formes de cooptation, notamment l’adhésion au Parti. Mais il a fini par s’inquiéter de l’accumulation de ressources et donc, potentiellement, de pouvoir dans des mains autres que les siennes. Cela a contribué à déclencher l’avalanche de réglementations et de sanctions qui s’est abattue sur les entreprises privées, en particulier du numérique, même si cette « avalanche » se justifie aussi par un souci légitime de mieux réguler certains secteurs.

De manière plus générale, la position des entrepreneurs privés (ou des investisseurs étrangers) devient de plus en plus inconfortable dans la Chine de Xi Jinping, malgré les proclamations officielles sur l’importance de leur contribution au développement de l’économie et à la renaissance de la nation chinoise. Pour l’instant, nombre d’entrepreneurs semblent souhaiter assurer leurs arrières (les investissements immobiliers chinois à Singapour sont à leur plus haut niveau historique, pour ne citer que cet exemple) et garder un profil bas, au lieu de développer leurs affaires en Chine. Cela ne peut qu’être préjudiciable à la croissance, même s’il est impossible, par manque de données et de recul, de quantifier ce phénomène.

On invoque souvent des décisions qui seraient prises plus en fonction de considérations politiques et idéologiques que d’une rationalité économique, y compris dans la volonté de « réunification nationale » imposée par le Parti à Hong Kong et à Taïwan. Dans quelle mesure la nature de plus en plus totalitaire du régime se traduit-elle par des décisions irrationnelles sur le plan économique ?

Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, le régime a réexaminé en profondeur ses priorités. Cela s’est traduit par une importance accrue des considérations politiques sur les considérations économiques, d’autant plus pour les sujets perçus comme liés à la sécurité nationale. Pour les observateurs extérieurs, les décisions prises ont un caractère imprévisible et parfois surprenant, tant leur coût économique semble effarant. La persistance dans la stratégie « zéro Covid » en est un bon exemple.

On peut aussi s’interroger sur la pertinence de certaines analyses conduites par les dirigeants chinois : par exemple, au sujet des attitudes des investisseurs étrangers, il semble exister un biais qui conduit les autorités chinoises à estimer que ceux-ci ne se détourneront jamais du marché chinois et de son potentiel. Ne commettent-ils pas la même erreur que les observateurs étrangers, lorsque ceux-ci pensent que telle ou telle décision ne sera pas prise car « la Chine reculera devant les conséquences économiques » ? Le changement de logiciel n’est pas seulement du côté chinois. Il semble, par exemple, que les restrictions américaines en matière de vente d’équipements sensibles pour la fabrication des microprocesseurs les plus avancés n’ont pas été correctement anticipées par les décideurs chinois. La même analyse vaut pour la promulgation de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, avec peut-être en plus, dans ce cas, un sentiment de toute-puissance : « Non seulement les étrangers ne partiront pas mais, même s’ils partent, nous saurons nous passer d’eux. »

Quel serait le coût économique d’une attaque de Taïwan par la Chine ? Pourrait-il être dissuasif ?

Les considérations économiques pèseront évidemment, au côté des considérations militaires, politiques et stratégiques, car aucun dirigeant ne peut prendre à la légère le risque de remettre en cause les fruits de quarante ans de progrès économique, qui sont l’un des principaux accomplissements du régime et une source de sa légitimité.

Le coût économique dépend évidemment des scénarios envisagés et de l’intensité militaire d’un conflit. L’objectif premier des dirigeants chinois reste sans doute, à ce stade, de « vaincre sans combattre », en faisant en sorte que les Taïwanais considèrent toute résistance comme futile. Dans un tel scénario, les principaux coûts économiques seraient ceux d’éventuelles sanctions financières et commerciales prononcées à l’encontre de la Chine par les États-Unis et leurs alliés. Les autorités redoutent les conséquences de telles sanctions, et l’un des objectifs de leur stratégie économique est de s’y rendre moins vulnérables, en développant la capacité technologique de la Chine pour réduire sa dépendance aux importations de biens de haute technologie. Si l’on veut se rassurer, on peut y voir le signe qu’elles considèrent que le moment d’une invasion n’est pas encore venu.

Reste la question du seuil en deçà duquel ces coûts seraient considérés comme tolérables. Aujourd’hui, les autorités chinoises semblent prêtes à envisager des coûts économiques plus importants que par le passé lorsqu’ils estiment que les intérêts fondamentaux du pays sont en jeu.

Les dirigeants chinois sont aussi très clairs sur le fait qu’ils n’écartent pas le scénario d’une invasion, dont le coût économique et humain serait colossal. Nous sortirions, dans cette hypothèse, d’un cadre où la rationalité économique resterait un facteur déterminant.

Le découplage est souvent invoqué comme une nécessité économique et stratégique, à la fois en Chine et en Occident. Pouvez-vous expliquer pourquoi et quelles sont les difficultés de sa réalisation ?

Des formes de découplage sont en effet souhaitées à la fois par la Chine et de nombreux pays occidentaux et asiatiques, même si c’est pour des raisons et des objectifs différents.

La Chine a indéniablement quelques longueurs d’avance. Elle envisage la question principalement sous l’angle de la sécurité nationale. Elle a depuis longtemps fait le diagnostic de sa dépendance excessive vis-à-vis du monde extérieur, tant pour certaines matières premières et ressources énergétiques que pour des biens à fort contenu technologique (les semi-conducteurs notamment). Elle cherche à réduire cette dépendance ou, au minimum, à diversifier ses sources d’approvisionnement. Elle veut aussi diminuer sa vulnérabilité à d’éventuelles sanctions économiques, dans la perspective, entre autres, d’un conflit potentiel autour de Taïwan.

Dans le domaine financier, la Chine souhaite se rendre moins dépendante du dollar et promouvoir le rôle du yuan (renminbi, la « monnaie du peuple », RMB). Les progrès dans ce sens sont cependant très lents, car la Chine n’est pas encore prête à accepter une convertibilité totale du RMB, qui serait une condition indispensable pour en faire une véritable monnaie internationale, concurrente du dollar. La Chine est de ce fait particulièrement sensible aux risques de sanctions financières américaines à l’égard des banques chinoises, ce qui a imposé certaines limites au soutien qu’elle prodigue à la Russie dans son agression contre l’Ukraine.

Dans le domaine industriel, elle s’est dotée en 2015 d’un plan ambitieux (Made in China 2025), très clair et très précis quant à sa volonté de conquérir son autonomie dans des secteurs considérés comme critiques. Les événements ultérieurs, comme les sanctions américaines à l’encontre du groupe Huawei, l’ont confortée dans cette volonté. À ce souci d’ordre stratégique s’ajoutent des considérations économiques : les analyses faites en Chine s’accordent avec celles conduites à l’extérieur (y compris par les organismes internationaux, comme le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale) pour estimer que l’économie chinoise dépend trop de son secteur exportateur, et devrait s’appuyer plus sur la demande intérieure. La stratégie économique de la Chine depuis 2020 consiste donc à rééquilibrer l’économie entre la demande domestique et les échanges internationaux.

L’excédent commercial de la Chine est en passe d’établir un nouveau record.

Beaucoup de précautions ont été prises pour expliquer aux partenaires commerciaux de la Chine qu’il s’agissait d’un simple rééquilibrage, et en aucun cas d’un souhait de la Chine de se refermer, et pour convaincre les investisseurs internationaux qu’ils étaient encore bienvenus en Chine. Les dirigeants chinois savent qu’ils doivent procéder prudemment, car la Chine a toujours besoin de la technologie occidentale dans certains domaines et, surtout, de l’accès aux marchés occidentaux. Il est à cet égard frappant que, dans la période compliquée que traverse l’économie chinoise, le secteur le plus performant reste celui des exportations. L’excédent commercial de la Chine est en passe d’établir un nouveau record.

Au total, la Chine a un plan en matière de découplage, qu’elle applique méthodiquement. On ne peut pas en dire autant des pays occidentaux. Ils envisagent, comme la Chine, la question sous l’angle de la sécurité, mais ils sont aussi sensibles aux profits que leurs entreprises dérivent de leurs opérations en Chine, ce qui rend plus complexe la formulation d’une stratégie cohérente. Il serait sans doute trop généreux de voir un plan réfléchi derrière les sanctions décidées par l’administration Trump. L’administration Biden ne s’est pas encore dotée d’une doctrine claire, même si elle a renforcé les mesures visant à restreindre l’accès par la Chine à des technologies américaines, en particulier dans le secteur des semi-conducteurs, qui représente le talon d’Achille de la technologie chinoise. Pour les pays européens, la publication du rapport Made in China 2025 a constitué une première alerte. Mais il aura fallu la crise de la Covid, les problèmes d’approvisionnement (en masques et autres équipements critiques) qu’elle a révélés et les ruptures dans les chaînes logistiques (notamment dans l’automobile) qu’elle a provoquées pour que le sujet de la dépendance excessive des économies européennes vis-à-vis de la Chine fasse l’objet d’un réel débat et d’un examen stratégique. Chaque pays a sa propre situation, sa propre analyse et ses propres intérêts, et il n’y a pas encore d’unité à ce sujet, même si l’Union européenne joue un rôle important en stimulant la réflexion des États membres. Il faudra du temps et surtout pas de précipitation, car les chaînes logistiques qui sont actuellement situées pour tout ou partie en Chine sont irremplaçables à court ou même moyen terme.

Le découplage continuera donc, mais sans doute lentement et progressivement, car il semble à ce stade qu’aucune des parties ne juge qu’il soit dans son intérêt de précipiter les choses.

Propos recueillis par Chloé Froissart

Philippe Aguignier

Ancien banquier, enseignant d’économie chinoise à l’Institut national des langues et civilisations orientales et à Sciences Po et chercheur associé à l’Institut Montaigne, il a notamment publié « Le panda et la fourmi » (Asia Centre, 2021).

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