Gustave Courbet - Le Désespéré (1843)
Dans le même numéro

L’interpellation de l’épuisé

L’épidémie a mis au jour un épuisement collectif, caractéristique de nos sociétés contemporaines où se côtoient perte des forces et vide de sens. Mais l’épuisement n’aboutit pas nécessairement au désespoir. Au contraire, il signale un désir de vivre autrement, plus densément, qui peut conduire à la violence s’il n’est pas entendu.

À quoi assistons-nous aujourd’hui ? Que sommes-nous en train de devenir ? Gilles Deleuze invitait à poser ces questions pour inventer des concepts et pour penser. À l’aune de la crise de la Covid-19, il faut reconnaître que ces questions produisent un malaise certain. Nombreux sont ceux qui ressentent cette incapacité à penser ce qui est en train de se passer et encore davantage cette incapacité à imaginer nos devenirs proches. La « crise de la compréhension du monde1 » s’est vérifiée dans à peu près tous les domaines. Le savoir médical s’est montré changeant et incertain. Au-delà du devenir scientifique du virus et de ses mutations, il nous est difficile de cerner avec précision ce que nous avons appris du changement qualitatif de nos vies durant ces longs mois d’enfermement ou de restrictions drastiques. Sans doute, cette expérience collective de la diminution radicale de la vie a instruit et a porté à notre conscience ce qui compte vraiment pour nous, ce qui nous est important, ou encore les attachements nécessaires à la vie. Devant les bouleversements ou les perturbations de notre quotidien, cette crise collective a forcé notre conscience à s’interroger sur nos orientations du vivre, en particulier à partir de ce qui nous manque. En somme, quelque chose de nos états subjectifs a changé et c’est précisément ce changement d’état qu’il convient d’interroger. Il nous dit ce à quoi nous te

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Romain Huët

Maître de conférences en sciences de la communication à l’université Rennes 2, Romain Huët a récemment publié De si violentes fatigues (Presses universitaires de France, 2021).

Dans le même numéro

Les enquêtes de santé publique font état d’une épidémie de fatigue dans le contexte de la crise sanitaire. La santé mentale constitue-t-elle une « troisième vague  » ou bien est-elle une nouvelle donne sociale ? L’hypothèse suivie dans ce dossier, coordonné par Jonathan Chalier et Alain Ehrenberg, est que la santé mentale est notre attitude collective à l’égard de la contingence, dans des sociétés où l’autonomie est devenue la condition commune. L’épidémie ne provoque pas tant notre fatigue qu’elle l’accentue. Cette dernière vient en retour révéler la société dans laquelle nous vivons – et celle dans laquelle nous souhaiterions vivre. À lire aussi dans ce numéro : archives et politique du secret, la laïcité vue de Londres, l’impossible décentralisation, Michel Leiris ou la bifurcation et Marc Ferro, un historien libre.