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De la citoyenneté économique

L’analogie entre un Etat et une entreprise tend à idéaliser la compétition et entérine le primat du financier sur les intérêts collectifs. Pour enrayer ce déséquilibre, on pourrait s’inspirer du modèle allemand, qui promeut la participation des salariés et de leurs représentants syndicaux au sein des instances dirigeantes.

Vous poursuivez cette année au Collège de France votre cours intitulé « Figures juridiques de la démocratie économique ». Pourquoi avoir choisi de vous pencher sur cette notion de « démocratie économique » ?

En France, on évoque souvent la « démocratie sociale », mais très peu la « démocratie économique ». Cette notion, qui a une longue histoire en Allemagne, n’a émergé brièvement chez nous qu’en 1982, dans le rapport Auroux sur les droits des travailleurs, qui visait à faire entrer la citoyenneté dans l’entreprise. Les lois issues de ce rapport sont les dernières réformes vraiment réfléchies du droit du travail. Depuis, on ne parle plus de réformer le droit, mais le marché du travail. L’incessant charcutage dont fait l’objet le code du travail est l’affaire d’économistes qui imaginent y trouver la clé du retour au plein-emploi. La pensée juridique a déserté ces débats.

La question de la démocratie économique n’en demeure pas moins très actuelle. En des temps où la gouverna

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Alain Supiot

Professeur au Collège de France à la chaire « État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités », il a notamment dirigé, avec Jean de Munck, Au-delà de l’emploi. Les voies d’une vraie réforme du droit du travail (Flammarion, rééd. 2016).

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Pourquoi acceptons-nous d’être commandés dans les entreprises d'une façon que nous réprouvons ailleurs ? Si la France a promu la représentation des salariés, par le biais des syndicats et des délégués du personnel, elle devrait aussi favoriser leur participation à la gestion des entreprises.