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Jia Zhangke (Still Life) et Wang Bing (À l'ouest des rails), une ouverture dans le cinéma chinois

Sur certains billets de banque chinois figure le portrait déjà ancien de Mao Tsé Toung devant le site des Trois Gorges contemplant le chantier du barrage gigantesque qui vient d’y être lancé. Aujourd’hui, plusieurs années après la mort du Grand Timonier, le barrage est en voie d’achèvement, la moitié de la vallée est sous l’eau, et les populations ont été transférées. C’est ce moment où tout s’achève et où tout disparaît que filme Jia Zhangke dans Dong et Still Life, un documentaire et une fiction sortis en France ce printemps, et dont l’action se déroule là, aux bords de la retenue d’eau, dans les villes reconstruites et celles qui vont finir par être totalement inondées.

Rarement le cinéma aura pris en compte l’état d’une société avec autant de sensibilité et de pertinence : Still Life montre les chantiers de destruction, le petit peuple des péniches et du commerce, la splendeur du site, la lumière si particulière des matins chinois, et ordonne par quelques bribes de récit ce matériau offert au regard. Les deux images du barrage y apparaissent : d’une part sa monumentalité et l’ampleur des paysages qui se modèlent autour de lui, et d’autre part son utilisation symbolique, dont le billet de banque c

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Vincent Amiel

Universitaire, professeur à l’université de Caen, il participe à la revue de cinéma Positif et a publié de nombreux livres sur le cinéma, dont le plus récent est Joseph Mankiewicz et son double, Paris, PUF, 2010 (Prix du meilleur livre de cinéma 2010). Sans se limiter à l’histoire du cinéma, il s’interroge à travers son travail sur la place des images sur l’écran et au-delà, à la transformation…

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