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Notes de lecture

Dans le même numéro

Le grand dérangement d’Amitav Ghosh

D’autres récits à l’ère de la crise climatique Trad. par Morgane Iserte et Nicolas Haeringer

mars 2022

« Avant la naissance du roman moderne, partout où l’on racontait des histoires, la fiction se régalait d’inouï et d’invraisemblable. » À partir du xixe siècle, le roman se centre sur une « aventure morale individuelle ». Les récits, littéraires mais aussi géologiques, abandonnent l’improbable et l’exceptionnel pour la probabilité et la linéarité. Ils épousent la tranquillité de la culture bourgeoise. Seulement, et c’est son paradoxe, cette focalisation intervient au « moment précis où l’activité humaine modifiait l’atmosphère terrestre ». L’écrivain Amitav Ghosh identifie très peu d’écrivains « dont l’œuvre de fiction nous aurait mis sur la piste de changements accélérés de notre environnement ». Ils sont d’ailleurs souvent relégués dans le territoire « hybride » de la science-fiction, exclu de la légitimité littéraire traditionnelle. Même l’engagement littéraire sur de nombreux fronts « demeura aussi ignorant de la crise qui frappait à notre porte que ne l’était le grand public ». Le monde contemporain, fait de continuités insistantes et de phénomènes physiques dramatiques, rend poussiéreuses et datées ces manières dominantes de classer et de raconter. Le « manoir de la fiction sérieuse » et « les fronts de mer condamnés de Mumbai et de Miami Beach » semblent pourtant agrippés à cette défense du monde dont ils viennent et dont ils sont l’incarnation. Cet essai important permet d’espérer autre chose en puisant de l’énergie pour fabriquer cette « porte de sortie hors de l’imaginaire individualisant dans lequel nous sommes piégés ».

Wildproject, 2021
250 p. 20 €

Antoine Hardy

Enseignant à SciencesPo, co-créateur du podcast 20 minutes avant la fin du monde consacré à l’écologie.

Dans le même numéro

Retrouver la souveraineté ?

L’inflation récente des usages du mot « souveraineté », venue tant de la droite que de la gauche, induit une dévaluation de son sens. Dévaluation d’autant plus choquante à l’heure où, sur le sol européen, un État souverain, l’Ukraine, est victime d’une agression armée. Renvoyant de manière vague à un « pouvoir de décider » supposément perdu, ces usages aveugles confondent souvent la souveraineté avec la puissance et versent volontiers dans le souverainisme, sous la forme d’un rejet de l’Union européenne. Ce dossier, coordonné par Jean-Yves Pranchère, invite à reformuler correctement la question de la souveraineté, afin qu’elle embraye sur les enjeux décisifs qu’elle masque trop souvent : l’exercice de la puissance publique et les conditions de la délibération collective. À lire aussi dans ce numéro : les banlieues populaires ne voteront plus, le devenir africain du monde, le destin du communisme, pour une troisième gauche, Nantes dans la traite atlantique, et la musique classique au xxie siècle.