Ces Russes qui s’opposent à la guerre d'Anya Stroganova
Préface de Marie Mendras
Après presque trois années de guerre, ce livre, qui décrit le parcours individuel et le combat de quinze personnalités entrées dans la résistance, dresse un panorama de ces Russes opposés au régime de Poutine et à sa guerre en Ukraine. On les croyait une minorité isolée, divisée et sans espoir. C’est une autre image qui ressort de ces différents portraits, qui ne représentent que la pointe la plus visible du mouvement global qui aspire à la paix, à la démocratie et au renouveau. En effet, depuis février 2022, 21 000 personnes de tous âges, conditions et origines sociales ou ethniques ont été arrêtées, et 4 000 poursuites pénales ont été intentées ou sont en cours. Selon diverses sources convergentes, il y aurait 1 200 prisonniers politiques en Russie, parmi lesquels figuraient les douze opposants qui ont fait l’objet du spectaculaire échange Ouest-Est du 1er août 2024, qui sentait bien son parfum de guerre froide. Parmi ceux-ci, Ilia Iachine, Vladimir Kara-Mourza, Oleg Orlov, Lilia Tchanycheva sont des sources d’inspiration pour la multitude de citoyens s’engageant dans le mouvement antiguerre. On découvre ainsi, au fil des pages, les plus de trois cents mouvements antiguerres qui se sont créés. On se familiarise avec les conceptions qui font partie de l’arsenal répressif – agents de l’étranger, organisation indésirable, organisation extrémiste ou terroriste (comme le mouvement LGBT) – ou les notions nouvellement introduites de discrédit de l’armée russe ou fausse information sur l’armée russe, passibles de peines de prison de cinq à quinze ans. Durant l’été 2024, 513 personnes avaient fait l’objet de poursuite d’après ces textes. Entre résistants de l’intérieur et exilés à l’étranger, comme Sergueï Gouriev, cofondateur de La Vraie Russie, qui assurait la direction de la formation et de la recherche de Sciences Po Paris avant d’être nommé doyen de la London Business School, le fil n’est pas rompu. La plupart sont jeunes, à l’exception de Lev Ponomarev, physicien comme Andreï Sakharov qui lui servit de modèle. Ce pilier du mouvement Mémorial, dissous à la fin de 2021, a quitté sa patrie à 80 ans et troqué son passeport russe contre un statut de réfugié, assurant le lien entre les dissidents de l’époque soviétique et leurs petits-enfants. Tous œuvrent pour qu’un jour, la Russie devienne la « magnifique Russie du futur » qu’Alexeï Navalny rêvait d’incarner et qu’il a laissée en prophétie posthume, comme nous le rappelle dans l'introduction Olga Prokopieva, présidente de l'association Russie-Libertés.