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Notes de lecture

Dans le même numéro

La Russie, un nouvel échiquier de Jean de Gliniasty

octobre 2022

Ancien ambassadeur de France en Russie, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, Jean de Gliniasty a achevé son manuscrit quelques jours après l’entrée des forces russes en Ukraine. Il montre que le troisième mandat de Poutine (2012-2018) a été celui du durcissement interne et externe, qui n’a fait que s’amplifier depuis. Mais jusqu’en février 2022, le président avait cherché à trouver un équilibre entre un État fort, réconcilié avec son histoire, capable de soutenir la compétition internationale, et le dynamisme qui s’attache aux sociétés démocratiques. La guerre en Ukraine détruit durablement cet équilibre. Au terme de son survol de l’histoire, de la société, de l’économie et de la politique extérieure russes, le dernier chapitre porte sur la nostalgie de l’empire. Sa première conclusion est que le triangle Washington-Pékin-Moscou n’existe plus. La Russie, sans se mettre à la remorque de la Chine, en dépendra de plus en plus. Seule la Chine (et l’Inde) est en mesure d’absorber ses énergies fossiles. Quant à l’étranger proche, sans échapper à Moscou, il s’émancipe de plus en plus. On l’a vu avec l’Asie centrale, l’Azerbaïdjan, sans parler de l’Ukraine. Avec l’Union européenne, les relations n’ont cessé de se dégrader : de 2012 à 2020, les exportations européennes vers la Russie sont passées de 118 milliards d’euros à 79 milliards (les chiffres ont baissé massivement depuis). En contrepoint, la Russie a continué sa politique de pénétration en Afrique, comme l’atteste le déploiement récent du millier de mercenaires de la société militaire privée Wagner au Mali, après sa forte implication en République centrafricaine. Quant à la culture, elle aurait pu devenir un des vecteurs de la nouvelle diplomatie de la Russie, mais avec l’invasion de l’Ukraine, la Russie risque de se retrouver isolée sur la scène internationale. Décidément, la Russie n’est pas douée pour la « puissance douce ». L’histoire russe, pétrie de violence et de tragédie, n’a guère dévié de son cours. Est-ce fatalisme, détermination géographique, poids de la tradition autocratique ? En tout cas, nous voilà pour longtemps coupés de la Russie, ce qui pèsera sur le destin de l’Europe.

Eyrolles, 2022
192 p. 16,90 €

Eugène Berg

Eugène Berg, né le 23 septembre 1945, est un essayiste et diplomate français. Spécialiste de la Russie et du Pacifique, il a notamment publié Non-alignement et nouvel ordre mondial (1980).

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Il était une fois le travail social

La crise sanitaire a amplifié et accéléré diverses tendances qui lui préexistaient : vulnérabilité et pauvreté de la population, violence de la dématérialisation numérique, usure des travailleurs sociaux et remise en cause des mécanismes de solidarité. Dans ce contexte, que peut encore faire le travail social ? Peut-il encore remplir une mission d’émancipation ? Peut-il s’inspirer de l’éthique du care ? Le dossier, coordonné par Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc, mène l’enquête auprès des travailleuses et travailleurs sociaux. À lire aussi dans ce numéro : le procès des attentats du 13-Novembre, les nations et l’Europe, l’extrême droite au centre, l’utopie Joyce et Pasolini, le mythe à taille humaine.