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Notes de lecture

Dans le même numéro

Personne ne sort les fusils de Sandra Lucbert

avril 2021

Le point de départ de cette histoire, dans la compagnie de la fiction, est le procès des dirigeants de France Télécom. Ce procès est un faux-semblant, parce que la plupart des faits sont prescrits et que les dirigeants ne sont pas jugés pour les suicides de leurs employés, mais pour leur méthode de management. Néanmoins, le procès révèle un certain nombre de traits de notre monde mortifère, une « mécanique sociale » et, de manière plus insidieuse encore, la Langue du capitalisme néolibéral (LCN, d’après Klemperer). Il n’a donc pas de valeur pour la justice, mais il en garde pour la littérature. Sandra Lucbert caractérise sa position dans la langue : « Je parle la langue collective, mais contestée par une cacophonie intérieure », celle qui vient de la pratique de la littérature de Kafka (La Colonie pénitentiaire), de Rabelais ou encore de Melville (Bartleby). La littérature permet en effet de mettre à nu la violence de la machine, dans une magistrale et brève critique de l’économie politique qui dénonce « la souveraineté des flux et le travail débarrassé du travailleur ». Cette chronique de l’âge liquide est ainsi une révolte de l’intelligence littéraire.

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Seuil, 2020
156 p. 15 €

Jonathan Chalier

Rédacteur en chef adjoint de la revue Esprit, chargé de cours de philosophie à l'École polytechnique.

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Les difficultés rencontrées pendant la gestion de l’épidémie de Covid-19 ont remis en lumière le rapport paradoxal que la France entretient avec son État. Parce qu’il est censé décider de tout, il est le recours vers lequel tous se tournent en situation de crise, en même temps qu’il concentre l’essentiel des critiques. Au-delà de la crise sanitaire, la question d’un juste partage des responsabilités entre l’État et d’autres acteurs - les collectivités territoriales, les citoyens, les syndicats ou les entreprises- pour construire un horizon d’action commun se pose. Alors même que la pandémie marque le retour en grâce de l’action publique, comment changer concrètement la figure de l’État pour apaiser sa relation avec la société et lui permettre de répondre aux aspirations contemporaines en matière d’écologie et de justice sociale ? C’est à cette question que s’attache ce dossier, coordonné par Lucile Schmid.