L’Ultime Garantie de Dominique Mongin
L’étude se centre sur l’absence, en dehors du Parti communiste français, d’un refus de l’arsenal nucléaire par presque tous les partis politiques français, les écologistes l’acceptant par réalisme dès lors qu’ils siègent en coalition et concentrant leurs critiques sur les réacteurs implantés en France. La poursuite de la dissuasion indépendante par François Mitterrand, en refus de tout partage européen ou protection de l’Allemagne de l’Ouest par ce « parapluie français », en garantit la permanence, y compris par le maintien des missiles sol-sol sur le plateau d’Albion, dont l’utilité avait pu être interrogée au cours de la première cohabitation. L’auteur innove semblablement en contextualisant la reprise des essais en Polynésie française comme une nécessité scientifique rendue urgente par les atermoiements entre le moratoire décidé par Pierre Bérégovoy à son arrivée à Matignon et l’impossibilité d’une décision commune entre le président et Édouard Balladur entre 1993-1995. La droite française en profita toutefois pour commander un rapport d’experts justifiant le changement de politique dès l’arrivée de Jacques Chirac à l’Élysée. Le lecteur découvre d’ailleurs que la France n’est pas la dernière « puissance dotée » (les cinq États originellement détenteurs de la bombe nucléaire) à avoir mené des essais, la Chine ayant terminé les siens six mois après les derniers tests dans le Pacifique. Notre pays apparaît, de façon surprenante, comme la plus vertueuse des puissances nucléaires, la seule ayant désigné en transparence son nombre approximatif d’ogives, la seule avec le Royaume-Uni (qui abandonna la dimension aérienne de sa dissuasion à la fin des années 1990) à avoir retiré une composante majeure de sa puissance (avec le plateau d’Albion) et la plus avenante dans le processus global de désarmement une fois que la Russie poutinienne l’eût abandonné. La théorie stratégique et les études politiques se mélangent, dans un ouvrage étudiant en détail les lois de programmation militaire mais dont le constat d’un consensus vite établi laisse hélas de côté la question des équipements, hormis dans les explications sur l’abandon de certains programmes à partir des années 1990. Un livre qui reste indispensable à l’heure du remplacement de nos sous-marins d’attaques et d’un réarmement qui n’a pas encore abordé l’enjeu de leurs cousins lanceurs d’engins.