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Notes de lecture

Dans le même numéro

Pour une politique de la jeunesse de Camille Peugny

juin 2022

Camille Peugny défend l’idée que la jeunesse « constitue une période de fragilité qui, à l’instar du grand âge, nécessite une intervention forte de l’État ». Pour une politique de la jeunesse, donc, attachée à « la quête de soi » et non à sa finitude.

L’ouvrage donne à voir une génération qui, à la suite de la crise sanitaire notamment, a une plus forte « conscience de perspectives de vie partagées ». Cependant, un recul historique permet d’apprécier la difficulté des jeunes à se distinguer face à une « homogénéité des attitudes » entre générations, et leur propre hétérogénéité selon le niveau de diplôme ou la classe sociale. La jeunesse se caractérise néanmoins par une tolérance relativement plus forte à l’immigration et au partage des cultures. Au niveau économique, les « jeunes semblent majoritairement animés d’une conception sociale-libérale », mais « sans grand enthousiasme  », en tout cas loin des stéréotypes sur leur radicalité anticapitaliste. L’auteur appelle à se méfier des caricatures sur les nouvelles générations au sein du monde professionnel (nomadisme, stabilité non recherchée…) : celles-ci décrivent la réalité d’une élite diplômée, non celle du jeune ouvrier, qui reste attaché à son emploi et garde en mémoire le fort taux de chômage dans sa génération.

La fragilisation de cette génération, avec plus d’un jeune sur deux en emploi précaire, montre que les jeunes servent de « variable d’ajustement  » sur le marché du travail depuis plusieurs décennies. Pour ceux qui y entrent dans une situation de crise (crise financière de 2008, crise sanitaire de 2020), un « effet cicatrice » leur fait accepter des conditions d’emploi à la baisse. Le retard pris ne se rattrape jamais, même s’il reste à nuancer par l’effet du dispositif « un jeune, une solution », les aides à l’embauche ou le soutien exceptionnel du gouvernement à la reprise économique (« quoi qu’il en coûte »).

La France apparaît comme une « mauvaise élève » de la mobilité sociale : il faut attendre en moyenne pas moins de six générations (cent quatre-vingts ans) pour qu’une personne née dans les classes populaires sorte de la pauvreté, contre deux générations seulement pour les pays scandinaves. De plus, l’accès à l’autonomie et la propriété de son logement sont largement déterminés par le poids de l’héritage. Cela engage le lecteur à ne plus entretenir de « représentations artificiellement univoques des générations », en envisageant aussi leurs fractures internes.

Le Danemark est un exemple à suivre, avec le salaire étudiant actif, permettant de donner le temps aux jeunes de « mieux se trouver » et de valoriser le travail, sans céder à l’urgence sociale et à l’angoisse de « devenir adulte ». Parallèlement, c’est un temps du savoir à mieux transmettre dans une « école démocratique » et émancipatrice. Les jeunes Français ayant « un degré de pessimisme relativement élevé comparé à leurs voisins européens », il faut leur redonner de l’optimisme, ce qui est irréalisable avec un « millefeuille » illisible d’aides. L’ouvrage de Camille Peugny invite donc à construire une véritable politique de la jeunesse.

Seuil, 2022
128 p. 11,80 €

Pierre Cilluffo Grimaldi

Doctorant en communication à la Sorbonne, titulaire d'un Master en RSE à Paris Dauphine et d’une certification en entreprenariat de HEC Paris, Pierre Cilluffo Grimaldi étudie les représentations médiatiques de l'Amazonie dans le monde occidental et la façon dont elles polarisent les enjeux environnementaux

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La démocratie des communs

Les « communs », dans leur dimension théorique et pratique, sont devenus une notion incontournable pour concevoir des alternatives à l’exclusion propriétaire et étatique. Opposés à la privatisation de certaines ressources considérées comme collectives, ceux qui défendent leur emploi ne se positionnent pas pour autant en faveur d’un retour à la propriété publique, mais proposent de repenser la notion d’intérêt général sous l’angle de l’autogouvernement et de la coopération. Ce faisant, ils espèrent dépasser certaines apories relatives à la logique propriétaire (définie non plus comme le droit absolu d’une personne sur une chose, mais comme un faisceau de droits), et concevoir des formes de démocratisation de l’économie. Le dossier de ce numéro, coordonné par Édouard Jourdain, tâchera de montrer qu’une approche par les communs de la démocratie serait susceptible d’en renouveler à la fois la théorie et la pratique, en dépassant les clivages traditionnels du public et du privé, ou de l’État et de la société.