Crédit : Canva
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Faire barrage au Rassemblement national

Lettre ouverte à des amis qui sont tentés par le vote blanc ou l’abstention au second tour des législatives, le 7 juillet prochain

L’enjeu, ici et maintenant, est, dans tous les cas de figure, de faire barrage au Rassemblement national.


À toi tout d’abord, électeur de gauche, qui a le sentiment qu’une nouvelle fois on te demande de « faire barrage », alors même que les promesses du précédent « barrage » n’ont pas été tenues (« ce vote m’oblige », disait Emmanuel Macron aux électeurs de gauche venus voter pour lui face à Marine Le Pen). Qui constate que la décision de la dissolution, précipitée et irresponsable, a grandement aggravé le péril qui nous menace. Qui fait le compte des reniements, dénis de justice et manifestations de mépris dont a fait preuve le camp présidentiel au cours de ce seul second quinquennat depuis la réforme des retraites, en passant par la calamiteuse loi sur l’immigration, qui abandonne certains principes républicains pour se rallier aux propositions du Rassemblement national, la réforme de l’assurance chômage, le comportement là encore irresponsable et provocateur dans la gestion de la crise en Nouvelle-Calédonie, pour ne rien dire des renoncements aux transformations nécessaires pour une transition écologique juste. Comme si cela ne suffisait pas, la campagne électorale du premier tour, indigne et mensongère, n’a cessé de renvoyer dos à dos le Rassemblement national et le Nouveau Front populaire, quand elle n’a pas concentré ses coups sur le seul Nouveau Front populaire, ce qui semble viser à rendre impossibles les désistements et les reports de voix nécessaires pour permettre, au second tour, un front républicain digne de ce nom. Pour toutes ces raisons, je partage ta colère mais, au vu de la gravité de l’enjeu, je t’adjure de voter pour le candidat ou la candidate qui sera face au Rassemblement national.

À toi ensuite, électeur démocrate, qui a pu être tenté par le macronisme quand il était encore équilibré, ou qui te revendique de la gauche démocratique, sociale-démocrate si l’on veut. Ta défiance envers le Nouveau Front populaire se nourrit de la part qui a été faite dans la répartition des investitures à La France insoumise. Note toutefois que le Nouveau Front populaire n’est pas la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, que La France insoumise y est certes majoritaire mais pas dominant. En outre, La France insoumise, même si son fonctionnement est passablement autoritaire, n’est toutefois pas unanime, et plusieurs personnalités sont venues contester le leadership de Jean-Luc Mélenchon. Il est vrai que les prises de position de celui-ci, sur de nombreux sujets, font de la surenchère dans la radicalité et privilégient la rupture sur la recherche du compromis, au point d’avoir souvent conduit la représentation parlementaire de la gauche dans l’impasse, en particulier lors des débats préalables à l’adoption de la loi sur les retraites comme de la loi sur l’immigration. Il y a aussi les atermoiements dans le soutien de la France insoumise à l’Ukraine, mélange d’anti-américanisme pavlovien, de pacifisme inconditionnel et de fascination, chez Mélenchon et ses fidèles, pour les pouvoirs autoritaires : je constate que rien de cela n’est venu faire obstruction aux positions claires prises par le Nouveau Front populaire sur cette question. Reste l’accusation lourde d’antisémitisme. Celle-ci est venue des hésitations et circonvolutions de La France insoumise à condamner avec fermeté les attaques terroristes du Hamas le 7 octobre. En effet, de nombreux dirigeants du parti rechignent à admettre qu’il s’agit là d’une organisation totalitaire, qui a d’ailleurs commencé par diriger ses coups contre les Palestiniens qui s’opposaient à elle avant de s’en prendre à des citoyens israéliens, et préfèrent y voir une manifestation de la résistance palestinienne. Ils ont tort. Faut-il pour autant adopter la rhétorique de Netanyahou et assimiler toute critique de son gouvernement et de son action à une remise en cause de l’existence même d’Israël, et partant à de l’antisémitisme ? Il serait très dangereux d’assimiler tout soutien à la population palestinienne de Gaza aux seuls soutiens du Hamas. Accuser Mélenchon et La France insoumise d’antisémitisme et, par extension, laisser planer le doute sur les orientations de l’ensemble du Nouveau Front populaire, est une infâmie. Un dernier mot : la victoire du Nouveau Front populaire est hautement improbable. Celle du Rassemblement national l’est beaucoup plus et deviendra certaine si, parmi nous, il y en a qui, pour de bonnes raisons subjectives, choisissent l’abstention, qui serait un désastre objectif.

L’enjeu, ici et maintenant, est, dans tous les cas de figure, de faire barrage au Rassemblement national, synonyme de régression profonde de l’État de droit et de l’État social, de déferlement des haines xénophobes, d’inégalités des droits des citoyens et résidents, d’abaissement de l’Europe et de soumission à la Russie : cela implique de voter pour son adversaire du second tour, quel qu’il soit, Ensemble ou Nouveau Front populaire, si les états-majors politiques ont eu le courage et la lucidité de se désister mutuellement et, sinon, de voter pour celui ou celle issu du camp démocratique le mieux placé.