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Juger du J'accuse

janv./févr. 2020

Roman Polanski fait un commerce très problématique de l’histoire tout en s’estimant fondé de profiter de l’énorme renommée de l’événement.

Après une semaine d’exploitation (13-20 novembre), le J’accuse de Roman Polanski a fait salle comble, avec plus de 500 000 entrées en France (pour 545 salles), le plaçant en tête du box-office. Si l’on étudie la préparation de sa sortie, on constate que beaucoup a été fait par le cinéaste (et probablement ses producteurs et distributeurs) pour donner au film un parfum de scandale suscitant le désir d’aller le voir, alors même que l’œuvre est très moyenne et pose de nombreuses questions sur le traitement historique.

 

Photo Vincent Duclert, ABC de Toulouse le 20 novembre

D’emblée se pose une question liminaire. Doit-on juger du J’accuse en historien alors que le propos du cinéaste n’est pas de faire œuvre historique comme une thèse ou un ouvrage, mais de composer un récit en images capable de divertir et de faire réfléchir un large public présent ? Cette critique historienne est non seulement légitime mais nécessaire. En effet, Polanski se saisit d’un des événements les plus puissants en termes mémoriels, strictement contemporain de ce point de vue et suscitant toujours des prolongements très actuels comme le montrent les déclarations très bienvenues de la ministre des Armées, Florence Parly, lors de la cérémonie de ­commémoration de la rafle du Vél’ d’Hiv’, le 21 ju

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Vincent Duclert

Vincent Duclert est historien, chercheur titulaire et ancien directeur du Centre Raymond Aron (CESPRA, EHESS-CNRS), enseignant à Sciences Po. Il a récemment publié Les génocides (CNRS Éditions, 2019), Camus. Des pays de liberté (Stock, 2020), La République imaginée. Histoire de France [1870-1914] (édition augmentée, Folio Gallimard, 2021) et Premiers combats. La démocratie républicaine et la haine

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Le partage de l’universel
L'universel est à nouveau en débat : attaqué par les uns parce qu'il ne serait que le masque d'une prétention hégémonique de l'Occident, il est défendu avec la dernière intransigeance par les autres, au risque d'ignorer la pluralité des histoires et des expériences. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Anne Lafont, fait le pari que les transformations de l'universel pourront fonder un consensus durable : elles témoignent en effet de l'émergence de nouvelles voix, notamment dans la création artistique et les mondes noirs, qui ne renoncent ni au particulier ni à l'universel. À lire aussi dans ce numéro : la citoyenneté européenne, les capacités d'agir à l'ère numérique, ainsi que les tourmentes laïques, religieuses, écologiques et politiques.