Albert Camus, gagnant le prix Nobel en 1957 | Wikimédia
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La mesure, seule maîtresse des fléaux. La Peste de Camus

La Peste est d’une lecture passionnante pour la réflexion sur l’organisation en temps de crise, sur les prises de décision face aux catastrophes, sur l’importance d’une pensée libre en permanence associée à l’action.

Le roman d’Albert Camus, paru en 1947 en France, constamment réédité par les éditions Gallimard et traduit dans toutes les langues, connaît une nouvelle et soudaine popularité avec les conséquences du coronavirus et la lutte que le monde livre désormais à la pandémie[1]. Son succès ne s’est pas démenti en Italie gagnée par le confinement généralisé[2] et il touche maintenant la France depuis la mobilisation générale décrétée par l’exécutif pour réagir à « la guerre ». Ce n’est pas la première fois que La Peste passe du statut d’ouvrage classique à celui de symptôme des peurs et des espoirs de toute une société. Les Japonais s’en étaient saisi après la catastrophe de Fukushima en 2011[3]. Cette fois, c’est à l’échelle du monde.

Il est difficile de dire précisément ce que les lecteurs d’aujourd’hui recherchent dans La Peste, ce « récit » que le docteur Rieux, l’un des principaux protagonistes de l’histoire, décida de rédiger alors que le combat engagé contre l’épidémie fulgurante qui s’était abattue sur la ville d’Oran trouvait une issue victorieuse bien que provisoire. La lecture est une énigme qui renvoie au secret de l’être et au monde de ses rêves. Tout au moins peut-on témoigner de ce qu’Albert Camus a souhaité transmettre avec La Peste. Il s’en est ouvert dans des lettres à ses proches, dans ses « cahiers », s’exprimant très tôt sur ses attentes avec un projet né dès 1938, repris au printemps 1941 alors que les éditions Gallimard s’apprêtent à publier coup sur coup, en juin puis en octobre, L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe.

 

De la séparation à la résistance

Dans ses Carnets – titre que les éditions Gallimard donnent aux « cahiers » à leur première parution en collection « Blanche » en 1962 –, Albert Camus porte à la date d’avril 1941 ces mots, « Peste ou aventure (roman) », dans une esquisse de ce que serait la « IIe série[4] » de son œuvre après le « cycle de l’absurde ». Il imagine une « ville heureuse » frappée par la peste : « On meurt en vase clos et dans l’entassement. » Il n’entrevoit pas encore les grands thèmes qui finiront par dominer le roman en lui donnant pleinement sa dimension d’aventure humaine : la mobilisation collective dans un combat finalement victorieux contre l’épidémie, l’élévation individuelle de celles et ceux tentés par l’égoïsme et le repli sur soi, la beauté de la fraternité nouée dans la lutte. Dans ces commencements, Camus songe davantage à dépeindre l’âme noire et désespérante de la condition humaine révélée par l’exposition au « fléau », comme cet homme qui aime sa femme et qu’il abandonne devant un égout lorsqu’elle contracte le virus : « Après tout, il y en a d’autres[5]. »

Les pages de ses Carnets pour l’année 1941 montrent une inflexion du projet littéraire vers le thème de la séparation qu’imposent la mise en quarantaine de la ville ravagée et l’internement des malades dans des camps, jusqu’à leur mort ou d’hypothétiques guérisons. Alors que Camus, revenu en métropole, s’achemine vers la résistance active, il couche sur le papier de nombreuses réflexions montrant qu’il est tout entier dans son projet et passionné par ce qu’il pressent. Il ébauche des scènes qu’il juge probantes, il s’emploie à fixer le sens de l’œuvre à venir. Avant même d’être écrit, le livre existe en pensée et dans ses Carnets. Passionnante histoire pour ses lecteurs d’hier et d’aujourd’hui !

Le 13 mars 1942, Albert Camus annonce à André Malraux, qu’il tient en grand estime tant sur le plan littéraire que politique, l’écriture d’« un roman sur la peste », ajoutant : « Dit comme cela, c’est bizarre. Mais ce serait très long de vous expliquer pourquoi ce sujet me paraît si “naturel”[6]. » À Jean Grenier, son ancien professeur de philosophie de l’hypokhâgne du lycée Bugeaud, il explique dans une lettre du 22 septembre 1942 : « Ce que j’écris sur la peste n’est pas documentaire, bien entendu, mais je me suis fait une documentation assez sérieuse, historique et médicale, parce qu’on y trouve des “prétextes”[7]. » Pour Camus s’impose une clef romanesque absolument essentielle : pour que la fiction puisse s’entourer de significations morales, il est capital que le récit soit le plus réaliste et le plus profond socialement. C’est ce qu’il résume en une expression frappante inscrite dans ses Carnets à la date du 23 octobre 1942 : « La Peste a un sens social et un sens métaphysique. C’est exactement le même[8]. »

Ces lettres et fragments éclairant l’entreprise de La Peste ne résultent pas seulement de considérations littéraires mais aussi d’expériences personnelles décisives, à commencer par sa connaissance du nazisme et du fascisme contractée lors de voyages en Europe et d’une connaissance des tyrannies politiques déjà profonde[9]. Il y a aussi le début de la guerre vécue à Oran quand il s’en revient en Algérie fin janvier 1941 après son licenciement de Paris-Soir replié de Paris à Lyon. Dans la grande ville de l’Est algérien, Camus ressent beaucoup d’ennui[10]. Cependant, il n’est pas si inactif qu’il veut bien l’avouer à Jean Grenier[11]. Il est frappé par le récit que son ami Emmanuel Roblès lui communique du « calvaire de sa femme », victime d’une épidémie de typhus et internée dans le camp de Turenne sous la garde de tirailleurs sénégalais. Il s’emploie à se documenter sur la maladie de la peste et ses aspects médicaux, demandant à son amie Lucette Maeurer[12], rencontrée alors qu’elle était étudiante en pharmacologie et employée de la bibliothèque universitaire d’Alger, de lui envoyer des livres sur le sujet[13].

Albert Camus s’inspire aussi pour La Peste de ses propres expériences, son sentiment d’enfermement à Oran au début de la guerre en 1941 alors que la ville bascule dans la terreur de l’État français, sa séparation d’avec sa femme en 1942 lorsqu’il est empêché de la rejoindre en Algérie depuis la métropole où il est parti se soigner après une rechute de tuberculose. Installé au Panelier près du Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire à l’extrême fin de l’été, il s’est heurté à la fermeture des lignes maritimes quand l’armée allemande a déferlé sur la zone sud. « Comme des rats[14] ! » inscrit-il à la date du 11 novembre 1942 dans ses « cahiers ». Il imagine de fuir par l’Espagne, mais les risques d’arrestation à la frontière ou d’internement dans les prisons ibériques sont élevés. De plus, sa santé reste précaire. Désormais Albert Camus est seul, séparé de sa femme pour toute la fin de la guerre. Mais cet exil devient un tournant majeur pour sa vie entière. La Peste en est le témoignage.

Prisonnier dans une France totalement asservie au nazisme, Albert Camus décide de renoncer à son projet de regagner sa patrie algérienne, retrouver sa femme et ses ami·e·s. En Haute-Loire, il découvre les multiples solidarités qui animent le territoire et feront, particulièrement du Chambon-sur-Lignon, un haut lieu du refuge pour les juifs persécutés[15]. Une résistance précoce se déploie, de Saint-Étienne à Lyon, et Camus s’en rapproche, tissant des amitiés avec nombre de résistants, de Pierre Fayol rencontré au Panelier jusqu’à René Leynaud qui l’accueille dans la capitale des Gaules, en passant par le poète Francis Ponge, le père Bruckberger et bien sûr Pascal Pia, son ami d’Alger républicain et de Paris-Soir. Le mépris pour Vichy, sa lâcheté face au nazisme et sa politique antisémite ne cessent de le révulser[16]. L’impératif de la lutte active emporte ses dernières réticences. Camus connaît le prix des engagements collectifs, depuis les aventures vécues à la Maison de la Culture d’Alger, avec les Théâtres de l’Équipe et du Travail, aux éditions Charlot, puis à Alger Républicain et à Soir républicain. Source de vérité et de beauté humaines, ils élèvent l’homme et l’éloignent des réflexes de peur aussi bien que des tentations de l’indifférence. La résistance se doit de défendre en elle ces valeurs humaines menacées, de solidarité et de révolte : elles scelleront des amitiés définitives comme celle qui va lier au lendemain de la guerre Albert Camus à René Char dans la mémoire d’une dignité sans égal[17].

Le choix de la lutte, contre un ennemi infiniment supérieur, procède aussi de la compréhension du danger fondamental que représente le nazisme pour les sociétés démocratiques et la dignité humaine. À ce titre, Albert Camus, qui a déjà développé une forte pensée politique traversée d’inquiétude et de lucidité, est armé pour comprendre ces formes extrêmes de tyrannie et d’asservissement des populations. On a en une idée très nette à travers ses articles de Combat clandestin qui se succèdent à partir de mars 1944, puis au grand jour dès le 21 août 1944[18] où l’aventure collective née de la Résistance se poursuit – avec de plus en plus de difficulté toutefois. Mais s’il y a une leçon qu’Albert Camus retient de ce moment clef de son existence, c’est la faculté des individus à se hisser au-dessus de leur condition et à consentir à tous les sacrifices pour vivre une œuvre collective. Il comprend dès lors qu’il faut en écrire le récit pour témoigner de cette grandeur dans la catastrophe, et que cette écriture ne peut être que celle des hommes et des femmes qui conduisent ses luttes, au plus près de leur engagement. C’est la décision alors que prend Camus de faire du docteur Rieux l’auteur de la chronique de la peste, « pour ne pas être de ceux qui se taisent, pour témoigner en faveur de ces pestiférés, pour laisser du moins un souvenir de l’injustice et de la violence qui leur avaient été faites, et pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser[19] ». Ce propos final traduit l’« héroïsme civil[20] » des combattants morts ou vivants.

Le métier d’homme

La découverte de l’humanité que porte la Résistance au nazisme aboutit ainsi, selon nous, à orienter décisivement l’écriture de La Peste, passant d’une narration de la séparation et de l’exil présente dans les premières esquisses[21] à celle du combat contre la tyrannie et des formes méthodiques, raisonnées, de son organisation, quels qu’en soient les sacrifices. De fait, l’écriture de La Peste peut aboutir. Sa version finale de La Peste, achevée à son retour des États-Unis au début de l’été 1946[22], présente un roman de résistance qui est celui d’Albert Camus en même temps que l’œuvre du premier combattant de l’épidémie. Par un artifice littéraire tout à fait remarquable, l’écrivain apprend au lecteur, à la dernière page du récit de la lutte finalement victorieuse contre la tyrannie de la peste, qu’il est l’œuvre de Bernard Rieux, ce médecin aux avant-postes du combat. On retrouve ici l’invention magnifique de Marcel Proust expliquant au terme du Temps retrouvé que le grand récit auquel se destine désormais le narrateur, effaçant d’un coup ses faiblesses et ses renoncements, consiste dans le livre qui s’achève sur cette décision libératrice et qui est précisément sa matérialisation exemplaire, À la recherche du temps perdu[23].

Ce recentrement de La Peste sur la résistance n’écarte pas les thèmes de la séparation et de l’exil, restés très présents dans le récit, mais que sublime le consentement allant jusqu’au sacrifice. Ainsi le juge Othon, confiné dans un camp de quarantaine après la mort de son jeune fils, décide-t-il à sa sortie d’y retourner afin d’aider les soignants. Venu de métropole, arrivé à Oran pour un reportage « sur les conditions de vie des Arabes[24] », le journaliste Raymond Rambert ne s’estime d’abord en rien concerné par l’épidémie qui frappe la ville. Il recherche tous les moyens de la quitter. Témoin du courage du docteur Rieux et de ses amis pour combattre la peste, il renonce à son plan initial et s’engage résolument à leurs côtés, se résignant à ne plus rejoindre sa fiancée. Le docteur Rieux lui aussi vit une séparation d’avec sa femme, partie d’Oran pour se soigner sans savoir qu’elle ne pourra plus revenir, s’éteignant au loin. Au lendemain de la mort de son plus proche ami Tarrou, il apprend son décès par un télégramme. Sa mère est présente, muette. Dehors les bruits de la ville, les sons de la vie semblent renaître. L’épidémie est en passe d’être jugulée. Mais beaucoup d’êtres aimés ne verront pas ce temps de la libération.

L’évolution des titres auxquels songea Albert Camus pour La Peste restitue l’avancement de cette pensée de la résistance à laquelle il se confronte avec son propre engagement dans le mouvement Combat jusqu’à la Libération, dont il se révèle un acteur intellectuel de premier plan. Imaginant au départ à intituler son roman « Les Séparés » (août 1942) puis « Les Prisonniers » (septembre 1942), il s’éloigne progressivement du registre des conséquences d’une terreur brisant les cadres sociaux et les relations intimes pour embrasser la dimension du combat contre la catastrophe et de la fraternité qui en émerge, magnifiant le souvenir des êtres disparus. Une issue demeure devant les hauts murs que dresse la terreur implacable, celle que promeut l’attitude de résistance. Celle-ci ne fait pas que combattre l’ennemi, elle change l’enfermement en un monde de possibles et d’humanité. Il est intéressant de noter à cet égard comment se transforme le regard de Camus sur Oran, la ville qu’il imagine soudainement ravagée par l’offensive de la peste.

D’abord très sombre[25] alors qu’il conçoit son projet sur « Les séparés », la vision d’Oran devient plus positive voire éloquente pour une cité dont il reconnaît au final la vérité et l’humanité, qui « fait la preuve qu’il y a dans les hommes quelque chose de plus fort que leurs œuvres[26] ». Sa femme Francine et ses sœurs, son quasi frère Emmanuel Roblès, la famille Bénichou, tous lui font découvrir une ville à la beauté aussi éclatante qu’Alger[27], avec des ressources insoupçonnées qui permettent ainsi à la petite bande de contourner l’application des décrets de Vichy, par exemple en organisant une école privée pour les enfants juifs chassés de l’enseignement public (leurs parents étant privés de la citoyenneté publique par l'abrogation du décret Crémieux). Camus y enseigne le français durant l’année scolaire 1941-1942. Si les premières idées, vagues et imprécises, du roman qu’il envisage d’écrire datent de cette période oranaise, elles sont indissociables de cette ville retrouvée et des premiers combats qui s’y déroulent. Sur le moment, il ne réalise pas combien ce changement de perspective éclaire le livre qu’il porte en lui, le récit d’une lutte individuelle et collective contre un ennemi total.

Alors que le commencement de la rédaction de La Peste est difficile[28], l’inspiration vient à Camus à la lumière des possibles et des enseignements de la lutte contre le nazisme. Il s’en explique très précisément dans une lettre adressée à Roland Barthes une décennie plus tard, en réponse au reproche[29] qu’il se fut placé en dehors de l’histoire, cédant à « une morale antihistorique et [à] une politique de solitude[30] ». Souhaitant que La Peste « se lise sur plusieurs portées », Albert Camus reconnaît qu’elle présente « comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme ». Et qu’à ce titre, elle « puisse servir à toutes les résistances contre toutes les tyrannies ».

Cette éducation du récit à l’antitotalitarisme ne fait pas pour autant de La Peste une fable philosophique ou politique. Car l’œuvre de Camus est puissamment ancrée dans le quotidien tragique du combat de quelques hommes – et de quelques femmes en arrière-plan, dont la femme et la mère de Bernard Rieux – contre un ennemi qui les terrasse et qu’ils parviennent finalement à vaincre. La précision et le réalisme de La Peste lui confèrent une qualité romanesque indéniable, ressort d’une appropriation de la pensée politique de Camus jusqu’à l’avertissement final, lourd de sens et simultanément porteur d’espoir raisonnable, une vérité qu’avaient comprise le personnage de Tarrou et son compagnon le docteur Rieux, l’auteur de « cette chronique [qui] ne pouvait pas être celle de la victoire définitive. Elle ne pouvait être que le témoignage de ce qu’il avait fallu accomplir et que, sans doute, devraient accomplir encore, contre la terreur et son arme inlassable, malgré leurs déchirements personnels, tous les hommes qui, ne pouvant être des saints et refusant d’admettre les fléaux, s’efforcent cependant d’être des médecins[31] ».

À plusieurs reprises dans son œuvre, Albert Camus a évoqué l’importance de bien faire son métier, ajoutant, son « métier d’homme ». Cette exigence a été une règle pour lui-même. Elle l’est pour le docteur Rieux à laquelle il s’identifie plus particulièrement[32]. Camus s’engage dans une réflexion à la fois philosophique et pratique sur la signification de cet accomplissement. Le médecin aux prises avec la peste et ses ravages agit comme un scientifique qui fait reposer ses diagnostics sur des faits analysés et mobilise la science pour découvrir le vaccin salvateur. Mais il est aussi à l’opposé de l’expert. Il sait se déprendre des certitudes venues d’un usage technique de la raison[33], loin des ressources de l’imagination de la liberté d’esprit indispensables pour juger et prendre les décisions nécessaires, en conscience. Il se bat pour prendre de vitesse l’épidémie alors qu’il n’est pas encore certain du mal qui se répand dans Oran. Mais les observations démontrent qu’il faut agir sans tarder, sans hésitation, alors qu’aucune gravité apparente ne se signale.

Devant le préfet de la ville et la commission sanitaire dont il a demandé la convocation[34], le docteur Rieux est d’une fermeté sans appel. Des milliers de vies sont en jeu, il faut les sauver. Le médecin insiste : « Les foyers d’infection sont en extension croissante. À l’allure où la maladie se répand, si elle n’est pas stoppée, elle risque de tuer la moitié de la ville avant deux mois. Par conséquent, il importe peu que vous l’appeliez peste ou fièvre de croissance. Il importe seulement que vous l’empêchiez de tuer la moitié de la ville. » Une décision seule s’impose : « Nous ne devons pas agir comme si la moitié de la ville ne risquait pas d’être tuée, car alors elle le serait[35]. » La Peste est d’une lecture passionnante pour la réflexion sur l’organisation en temps de crise, sur les prises de décision face aux catastrophes, sur l’importance d’une pensée libre en permanence associée à l’action. La manière dont Camus suit de très près l’engagement d’un médecin de ville, humble et cultivé, montre qu’il a lui-même perçu le caractère stratégique de la mobilisation civile et de la conduite des équipes. L’expérience héritée de la direction de troupes théâtrales et du secrétariat de rédaction de quotidiens, et bien sûr celle du combat clandestin dans la Résistance l’ont convaincu de cette vérité.

L’évolution du docteur Rieux vers une pleine conscience de la catastrophe à venir l’oblige à vaincre ses hésitations, partagé entre la confiance et l’inquiétude. Contre sa pente naturelle, il doit se résoudre au tragique de l’histoire. Il voit autour de lui les effets de l’humanisme de ses concitoyens, qui « pensaient à eux-mêmes […], qui ne croyaient pas aux fléaux », et dont les comportements d’inconscience ne font qu’accélérer l’arrivée de la catastrophe. Que la peste réapparaisse en Occident où elle a disparu « depuis des années » est « à peine croyable », constate-t-il avec son confrère, le docteur Castel[36], mesurant tous les deux le degré de terreur que répandrait le mot sitôt prononcé. Le premier des combats est bien de refuser ces peurs ancestrales soumettant l’humanité à une fatalité imaginaire. Rieux, Camus protestent. Il est temps de se mettre en ordre de bataille, sans illusion, avec détermination : « Ce qu’il fallait faire, c’était reconnaître clairement ce qui devait être reconnu, chasser enfin les ombres inutiles et prendre les mesures qui convenaient. Ensuite, la peste s’arrêterait parce que la peste ne s’imaginait pas ou s’imaginait faussement. Si elle s’arrêtait, et c’était le plus probable, tout irait bien. Dans le cas contraire, on saurait ce qu’elle était et s’il n’y avait pas moyen de s’en arranger d’abord pour la vaincre ensuite[37]. »

Ce plan de bataille est le résultat de la conviction qui habite le médecin, celle de « bien faire son travail » et de s’y consacrer absolument. « Là était la certitude, dans le travail de tous les jours. Le reste tenait à des fils et à des mouvements insignifiants, on ne pouvait s’y arrêter. L’essentiel était de bien faire son métier[38]. » Il encourage Tarrou dans ses projets de création de « formations sanitaires volontaires » composées d’infirmiers bénévoles, une entreprise civile d’entraide et de lutte contre la maladie pour suppléer l’administration « débordée[39] ». Comme le journaliste Rambert, il est de passage, l’un des derniers clients de l’hôtel où il s’est installé. Il s’estime d’abord étranger à la tragédie qui frappe Oran, une ville qui ne lui exprime rien. Puis, il se révèle et devient l’un des combattants les plus déterminés dans la lutte contre la peste. Camus prend soin d’indiquer au lecteur que Jean Tarrou a combattu dans le passé la peine de mort et qu’il demeure un militant de l’abolition.

Les dernières pages du récit saluent la mémoire de Tarrou, emporté par l’épidémie alors que la ville s’apprête à célébrer la victoire sur la peste. « Les meilleurs s’en vont », reconnaît un vieux malade que le docteur Rieux ausculte le soir même de sa mort. « C’était un homme qui savait ce qu’il voulait, ajoute-t-il. Il ne parlait pas pour ne rien dire. Enfin, moi, il me plaisait. » Recueilli par Rieux, le témoignage se veut l’hommage d’Albert Camus à ces hommes et ces femmes tombés à la veille de la victoire, qui ont été ses camarades dans la résistance et qu’il aimés précisément pour ces mêmes qualités de simplicité et d’héroïsme. La révélation finale de l’auteur du récit de La Peste, le docteur Rieux lui-même se veut un autre hommage d’Albert Camus, cette fois au médecin qu’il porte dans son cœur et qui a compris qu’un combat comme celui-ci devait survivre à travers une narration complète, « une chronique » écrite jour après jour afin de transmettre les courages et les peines, les insouciances et les drames, et pour avertir l’humanité qu’elle n’est à l’abri d’aucune désolation. Qu’aucune certitude n’est définitive, qu’aucun bonheur n’est acquis pour l’éternité. Que l’on doit coûte que coûte se souvenir d’un tel combat et des immenses sacrifices qu’il exigea, refuser l’oubli qui déjà emportait « Cottard, Tarrou, ceux et celles que Rieux avait aimés et perdus[40] ». Qu’il faut se préparer à d’autres catastrophes, intellectuellement, moralement. Et qu’il convient alors de conserver une mémoire de l’expérience vécue pour qu’elle puisse servir demain.

Préserver la mémoire appelle le témoignage, c’est-à-dire l’écriture, et c’est le choix du docteur Rieux avec sa chronique des jours et des nuits de combat. C’est Camus qui écrit La Peste, mais c’est lui qui se souvient comment « l’allégresse » de la ville libérée demeure « toujours menacée ». Le docteur Rieux « savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on ne peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse[41] ».

Du récit de Rieux, Camus en fait un chef-d’œuvre, conscient comme il l’écrit dans ses « cahiers » que l’œuvre d’art « est le seul objet matériel de l’univers qui ait une harmonie interne […]. L’œuvre d’art se tient debout toute seule et rien d’autre ne le peut. Elle achève ce que la société a souvent promis, mais toujours en vain. [… L’art] est le seul produit ordonné qu’ait engendré notre race désordonnée. C’est le cri de mille sentinelles, l’écho de mille labyrinthes, c’est le phare qu’on ne peut voiler, c’est le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité[42] ».

Avec cette réflexion sur le pouvoir de l’œuvre d’art, Albert Camus trouve une issue à la philosophie de l’absurde où aucun espoir ne semblait survivre[43]. L’extrême lucidité des combattants de la peste leur permet de voir au plus juste les actions qu’exige une situation désespérée, celles qui opposent l’efficacité de la liberté à la violence de la tyrannie. Bien faire son métier devient possible avec la mesure que procure la connaissance. « L’âme pacifiée reste la plus ferme », explique Camus dans « Les archives de la peste ». Elle suppose pour exister de ne jamais se détourner de la connaissance la plus critique des « entraînements de la foule et au prestige de l’autorité[44] », comme l’écrivait Émile Durkheim pendant l’affaire Dreyfus, critiques de toutes les mythologies de la soumission qui mènent l’homme à son propre suicide ajoute Camus. Contre les tentations de l’obscurantisme et du millénarisme, l’écrivain défend une morale de « la mesure, seule maîtresse des fléaux[45] », fondée sur la recherche du savoir et l’humilité de la connaissance. Reconnaître que l’on ne sait pas, faire preuve d’imagination, fonder l’action sur une pensée imparfaite mais raisonnée.

Cette attitude morale, de morale pratique qui seule permet d’être en conscience de l’humanité, commence dans le souci de la documentation, dans l’observation bienveillante. Elle se poursuit avec des notes jetées sur un cahier, dans le feu de l’action, pour garder trace de la justesse des actes. Elle se finit par l’écriture fiévreuse et juste d’une simple chronique capable de conserver le meilleur de l’homme au milieu des désastres, et de l’alerter sur les périls toujours présents. C’est dans les livres, répète l’écrivain, « qu’on peut lire […] que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais[46] ».

La mesure est à la portée de chacun, nous dit Albert Camus. Il suffit de décider d’écrire, comme le docteur Rieux… La Peste est la plus belle des démonstrations du pouvoir d’un livre sur l’humanité et sur chaque personne la composant. Elle enseigne la dignité humaine et la beauté du style. Voilà pourquoi on ne se lasse jamais de relire ce récit de 1947, confirmant la grandeur d’un écrivain né en Algérie trente-quatre ans plus tôt, dans une famille pauvre de Mondovi[47].

 

 

Notes

[1] Les références à La Peste qui suivent renvoient à l’édition « Folio » de 1980. La critique littéraire portant sur le roman est très importante. Pour un aperçu, voir le dossier accompagnant sa publication dans le tome II des Œuvres complètes de la Bibliothèque de la Pléiade (édition publiée sous la dir. de Jacqueline Lévi-Valensi, avec la collaboration de Raymond Gay-Crosier et d’André Abbou, Zedjiga Abdelkrim, Marie-Thérèse Blondeau, Eugène Kouchkine, France Planeille, Pierre-Louis Rey, Philippe Vanney, David H. Walker et Maurice Weyembergh), Paris, Gallimard, 2006. Voir également, Jacqueline Lévi-Valensi commente La Peste, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1991 et l’ouvrage collectif, Il y a 50 ans La Peste de Camus, Les Cahiers de Malagar, n° 13, automne 1999, ainsi que, parmi les très nombreux articles érudits, celui de Brenda Piselli, « Scienza e religione ne “La peste” di Camus », Studi Francesi, n° 179 (LX | II), 2016, p. 233-245.

[2] Voir « Le coronavirus dope les ventes de La Peste d’Albert Camus en Italie », Le Monde, 3 mars 2020.

[3] Relevé par Nishiyama Yuji dans « Imaginer la terre abandonnée, prêter l’oreille aux disparus après Fukushima », Rue Descartes, n° 88, 2016/1, ainsi que par le professeur Hiroshi Mino.

[4] « Le monde de la tragédie et l’esprit de révolte » (A. Camus, Carnets I. Mai 1935-février 1942 [1962], rééd. Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2013, p. 204).

[5] Ibid., p. 206.

[6] Albert Camus-André Malraux, Correspondance 1941-1959 et autres textes, Paris, Gallimard, 2016, p. 42. On pourra renvoyer également à la page « Histoire d’un livre. La Peste d’Albert Camus » du site des éditions Gallimard. À noter que ce site gallimard.fr, très documenté, est un précieux outil pour les études d’histoire de l’édition : un regret toutefois, que les textes cités ne soient pas davantage référencés.

[7] Albert Camus, lettre à Jean Grenier, 15 octobre 1942 », dans Albert Camus-Jean Grenier, Correspondance 1932-1960, Paris, Gallimard, 1981, p. 80.

[8] Albert Camus, Carnets II. Janvier 1942- mars 1951 [1964], Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2013, p. 51.

[9] Voir, pour plus de détails, notre ouvrage, Camus. Des pays de liberté, Paris, Stock, coll. « La Pensée héroïque », 2020.

[10] « Les journées sont bien longues ici », écrit-il à Jean Grenier en 1942 (Albert Camus-Jean Grenier, Correspondance 1932-1960, op. cit.).

[11] « Pour le moment, je suis inactif dans la ville la plus indifférente du monde. » (ibid.)

[12] Professeur émérite à l’université de Floride à Gainsville, Raymond Gay-Crozier a recueilli pour le Département des collections spéciales (Smathers Library Special Collections) la correspondance adressée par Albert Camus à Françoise Maeurer. Voir l’article « Collection spéciale Albert Camus » qu’il confia à ce sujet aux Études camusiennes à l’occasion de l’ouverture de la Raymond Gay-Crosier Albert Camus Collection, un article que complète, dans le même numéro, la mise au point très précise de cet ensemble (au milieu des nombreuses ressources manuscrites, archivistiques et documentaires présentes aux États-Unis) par l’historienne Alice Kaplan, « Les archives en partage. The Raymond Gay-Crosier Albert Camus Collection » (n° 15, octobre 2015). Les lettres de Lucette Françoise Maeurer O’Neill n’ont été, en revanche, retrouvées.

[13] Une lettre de lui à elle renseigne sur ses demandes : « emprunter pour 15 jours à la Biblio des Facs des bouquins sur la peste (les médicaux) » (Albert Camus, lettre à Lucette Maeurer, 26 octobre 1941, dans Œuvres complètes, tome II, op. cit., p. 273).

[14] A. Camus, Carnets II, op. cit., p. 54.

[15] Une exposition sur ce « “village des Justes” devenu légendaire par le sauvetage massif de Juifs pendant la dernière guerre mondiale » a été présentée à l’EHESS en juin 2019 (sous le commissariat de Nathalie Heinrich). Au sujet de la résistance protestante qui s’y déployait, voir Patrick Cabanel, De la paix aux résistances. Les protestants en France 1930-1945, Paris, Fayard, 2015 ; La Maison sur la montagne. Le Coteau fleuri, 1942-1945, Paris, Albin Michel, 2019 ; et, en codirection avec Philippe Joutard, Jacques Sémelin et Annette Wieviorka, La montagne refuge. Accueil et sauvetage des juifs autour du Chambon-sur-Lignon, Paris, Albin Michel, 2013.

[16] Jeanyves Guérin, « Résistance », Dictionnaire Albert Camus, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2009, p. 775.

[17] Voir Albert Camus-René Char, Correspondance 1946-1959, édition par Franck Planeille, Paris, Gallimard, 2007 (rééd. coll. « Folio », 2017).

[18] Voir Albert Camus, À Combat. Editoriaux et articles, 1944-1947, édition établie, présentée et annotée par Jacqueline Lévi-Valensi, 2002 (rééd. coll. « Folio », 2017).

[19] A. Camus, La Peste, op. cit., p. 279.

[20] A. Camus, Carnets II, op. cit., p. 69.

[21] La seule prépublication de La Peste fut, en 1943, le chapitre qu’Albert Camus confia aux Éditions des Trois Collines, pour le volume Domaine français imaginé par Jean Paulhan, Paul Éluard et François Lachenal, ce dernier, jeune diplomate à Vichy, animant avec Jean Lescure (directeur de la revue littéraire clandestine Messages) cette entreprise collective. Albert Camus intitula sa contribution : « Les exilés dans la peste ».

[22] Albert Camus trouva refuge en Vendée dans la maison de la mère de Michel Gallimard. Cette demeure historique, le château des Brefs, avait appartenu au prince de Condé.

[23] Il n’est pas sans hasard que l’un des premiers critiques littéraires à insister sur cette dimension de l’œuvre proustienne est Germaine Brée, universitaire franco-américaine, résistante durant la Seconde Guerre mondiale en Algérie, devenue dès la fin de la Libération une grande amie d’Albert Camus. Nous renvoyons à son ouvrage, Du temps perdu au temps retrouvé. Introduction à l’œuvre de Marcel Proust, publié en 1950 aux éditions des Belles Lettres, qui développe cette lecture sensible et lumineuse de l’écriture de La Recherche. Une mention présente dans la page des remerciements souligne cette proximité évoquée d’Albert Camus et de Germaine Brée puisque cette dernière remercie Marguerite Dobrenn (« qui, dans la préparation matérielle de ce travail, m’a apporté son concours généreux et intelligent »). Marguerite Dobrenn est l’une des amies algéroises les plus proches d’Albert Camus, chez qui il vécut en 1937 dans la demeure qu’elle habitait avec son amie Jeanne Sicard (ainsi qu’avec Christiane Galindo dont il s’éprit). Érigée sur les hauteurs d’Alger, la « maison Fichu » tenait son nom de l’ancien propriétaire. Quant au surnom de « maison devant le monde », il fut donné à une gouache et à des croquis par Louis Bénisti, familier du lieu, intime de Camus et des jeunes pensionnaires (voir Correspondance avec ses amis Bénisti 1934-1958, Saint-Pourçain-sur-Sioule, Bleu Autour, coll. « D’un lieu l’autre », 2019).

[24] Raymond Rambert contacta pour ce faire le docteur Bernard Rieux afin d’obtenir des « renseignements sur leur état sanitaire » (A. Camus, La Peste, op. cit., p. 18).

[25] Voir A. Camus, « Le Minotaure ou la halte d’Oran » [1939], dans Noces suivi de L’Été [1959], Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1972, p. 74-110.

[26] Carnets I, op. cit., p. 197.

[27] À la date d’avril 1941, Albert Camus écrit dans ses « cahiers » : « Tous les matins d’été sur les plages ont l’air d’être les premiers du monde. Tous les soirs d’été prennent un visage de solennelle fin du monde. Les soirs sur la mer étaient sans mesure. […] Le matin, beauté des corps bruns sur les dunes blondes. […] Nuits de bonheur sans mesure sous une pluie d’étoiles. Ce qu’on presse contre soi, est-ce un corps ou la nuit tiède ? […] Ce sont des noces inoubliables. » Je suis pleinement d’accord avec Benjamin Stora qui écrit qu’elles sont « les plus belles pages, sans doute, sur Oran » (Benjamin Stora, « Oran la ville où Camus s’ennuie », Le Monde, 8 juillet 2004).

[28] « J’écris aussi mal qu’un secrétaire d’État, et je n’ai pas grand-chose à dire », écrit-il à Lucette Maeurer le 8 novembre 1941 (lettre citée par Olivier Todd, Albert Camus, Paris, Gallimard, 1996, p. 373).

[29] Roland Barthes, « Annales d’une épidémie ou roman de la solitude ? », Bulletin du Club du meilleur livre, février 1955.

[30] Selon les mots d’Albert Camus dans sa lettre à Roland Barthes du 11 janvier 1955.

[31] A. Camus, La Peste, op cit., p. 279.

[32] « Le plus proche de moi, ce n’est pas Tarrou le saint, c’est Rieux, le médecin. » (juin 1947).

[33] Sur son rapport à la raison, voici ce qu’Albert Camus déclarait le 20 décembre 1945 : « Je ne suis pas un philosophe. Je ne crois pas assez à la raison pour croire à un système. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment il faut se conduire. Et plus précisément comment on peut se conduire quand on ne croit ni en Dieu ni en la raison. » (« Interview à Servir », dans Œuvres complètes, t. II, op. cit., p. 659).

[34] « grâce à une insistance jugée déplacée » (ibid., p. 49).

[35] A. Camus, La Peste, op. cit., p. 51-52.

[36] Ibid., p. 39.

[37] Ibid., p. 43.

[38] Ibid., p. 43.

[39] Ibid., p. 118. Tarrou ajoute, à l’intention de Rieux, pour mieux le convaincre : « J’ai des amis un peu partout et ils feront le premier noyau. »

[40] Ibid., p. 278.

[41] Ibid., p. 279.

[42] A. Camus, « Esthétique de la révolte », Carnets II, op. cit., p. 150.

[43] Cette réflexion sur le pouvoir de l’œuvre d’art, exprimant le plus clairement la révolte de la liberté contre l’asservissement de la démesure (la révolution), sera reprise et étendue dans L’Homme révolté paru en 1952.

[44] Émile Durkheim, « L’individualisme et les intellectuels » [1898], Paris, Mille et une nuits, 2002, p. 18-19.

[45] A. Camus, « Les archives de “La Peste” », Œuvres complètes, tome II, op. cit., p. 285.

[46] A. Camus, La Peste, op. cit., p. 279. Dans notre biographie politique et littéraire d’Albert Camus, Camus. Des pays de liberté (op. cit.), nous avons souligné la relation forte qu’il entretint toute sa vie avec le livre, veillant à sa forme matérielle aussi bien qu’à son contenu intellectuel. Et cela, pas uniquement pour ses propres ouvrages, mais aussi pour tous ceux qu’en éditeur, il publia aux éditions Charlot à Alger puis à Paris aux éditions Gallimard où il dirigea deux collections (« Espoir », « Les essais »).

[47] Voir la pièce L’État de siège écrite par Albert Camus et créée le 27 octobre 1948 par Jean-Louis Barrault qui avait eu, en 1941, « l’idée de monter un spectacle autour du “mythe” de la peste, qui avait tenté aussi Antonin Artaud » (« Avertissement », Œuvres complètes, tome II, op. cit., p. 291). La suite des « archives de “La Peste” » présente le « Discours de la peste à ses administrés » (ibid., p. 370-372).