Anne Cheng. © Collège de France
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La prétention chinoise à l’universalité

janv./févr. 2020

La prétention à l'universalité de la Chine post-maoïste s'appuie sur les représentations du confucianisme comme humanisme et de la Chine comme centre de civilisation. Fantasques, ces dernières servent l'idéologie agressive de la Grande Chine et la critique des droits de l'homme.

Depuis la déferlante des subaltern et des postcolonial studies au tournant du xxie siècle, c’est devenu un lieu commun de considérer la notion d’universel comme tout sauf universelle ou, pour emprunter les termes de Dipesh Chakrabarty, comme «une figure extrêmement instable, un lieu vide nécessaire pour penser les questions relatives à la modernité[1]». La querelle des universels fait désormais figure de serpent de mer qui ressurgit à intervalles réguliers, environ une fois toutes les décennies, mais sous des formes chaque fois différentes. Il y a dix ans, on pouvait encore parler de l’Universel au singulier et avec une majuscule[2], alors que le pluriel et la minuscule semblent aujourd’hui un minimum de rigueur.

La polémique sur les « valeurs universelles »

Dans les années 2008-2009, au moment même où des intellectuels français s’employaient à examiner la question «à nouveaux frais[3]», leurs homologues chinois étaient plongés dans une controverse portant sur les « 

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Anne Cheng

Titulaire de la chaire d'Histoire intellectuelle de la Chine au collège de France, elle a notamment publié Histoire de la pensée chinoise (Seuil,2014).

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L'universel est à nouveau en débat : attaqué par les uns parce qu'il ne serait que le masque d'une prétention hégémonique de l'Occident, il est défendu avec la dernière intransigeance par les autres, au risque d'ignorer la pluralité des histoires et des expériences. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Anne Lafont, fait le pari que les transformations de l'universel pourront fonder un consensus durable : elles témoignent en effet de l'émergence de nouvelles voix, notamment dans la création artistique et les mondes noirs, qui ne renoncent ni au particulier ni à l'universel. À lire aussi dans ce numéro : la citoyenneté européenne, les capacités d'agir à l'ère numérique, ainsi que les tourmentes laïques, religieuses, écologiques et politiques.