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L'idéologie de la Silicon Valley

Loin d’être neutre, l’ingénierie sociale de la Silicon Valley porte un programme politique, dont le déni prémunit les entreprises contre toute responsabilité.

Lieu ou métaphore, la Silicon Valley n’en finit pas de faire fantasmer. Synonyme de réussite économique, creuset de start-up devenues des multinationales, elle constitue aussi l’éden de toutes les rêveries techno-futuristes. À l’instant même où d’autres acteurs promeuvent la version autoritaire des technologies – la Chine en tête –, la version californienne, qui se pare volontiers d’une tradition anti­-étatique et anti-bureaucratique, est plus que jamais associée à toutes les promesses de liberté. Le discours qui accompagne ses produits propose en effet de mettre fin aux hiérarchies, de rendre la société plus participative, de permettre aux individus de plus et de mieux communiquer, d’accomplir la fin du travail et d’aboutir à la société de l’abondance. Son utopie est avant tout celle d’une société hors-sol, au travail virtuel et aux supports dématérialisés, avec des citoyens affranchis de toute attache, pouvant se connecter de partout. Dans cet empire de silicium, le soleil ne se couche jamais : lorsque les analystes de Palo Alto ferment leurs tablettes, une cohorte de travailleurs situés à plusieurs fuseaux horaires de là, à ­Bangalore en Inde, reprennent leur tâche, avant de la leur rem

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Emmanuel Alloa

Maître de conférences en philosophie à l’université de Sankt Gallen, il a récemment dirigé, avec Élie During, Choses en soi. Métaphysique du réalisme (Presses universitaires de France, 2018).

Jean-Baptiste Soufron

Avocat, ancien secrétaire général du Conseil national du numérique, il est l’auteur de « La Silicon Valley et son empire » (Esprit, octobre 2016).

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Loin d’être neutres, les entreprises technologiques de la Silicon Valley portent un véritable projet politique. Pour les auteurs de ce dossier, coordonné par Emmanuel Alloa et Jean-Baptiste Soufron, il consiste en une réinterprétation de l’idéal égalitaire, qui fait abstraction des singularités et produit de nouvelles formes d’exclusions. Ce projet favorise un capitalisme de la surveillance et son armée de travailleurs flexibles. À lire aussi dans ce numéro : perspectives, faux-semblants et idées reçues sur l’Europe, le génocide interminable des Tutsi du Rwanda et un entretien avec Joël Pommerat.