Photo : Marc Schäfer
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Le capitalisme de la surveillance

Un nouveau clergé

Alors que la division du travail était le principe organisateur de la société industrielle, c’est la division du savoir qui organise la société numérique. Mais elle est prise en otage par le capitalisme de la surveillance qui traduit l’expérience humaine en données informatiques à son profit. Un tel mouvement historique exige une réponse démocratique.

Ce texte est extrait du livre The Age of Surveillance Capitalism: The Fight for a Human Future at the New Frontier of Power (Public Affairs Books, 2019). Le capitalisme de la surveillance y est défini comme cette nouvelle forme de capitalisme qui traduit l’expérience humaine en données ­comportementales afin de produire des prédictions qui sont ensuite revendues sur le marché des comportements futurs. Pour Shoshana Zuboff, la concentration de richesse, de savoir et de pouvoir par les capitalistes de la surveillance est telle qu’elle menace la démocratie, les libertés et l’avenir de l’humanité.

 

«Allons-nous tous travailler pour une machine intelligente, ou aurons-nous des personnes intelligentes autour de la machine?» Un jeune gérant d’une usine à papier m’a posé cette question en 1981, entre le poisson frit et la tarte aux noix de pécan, au cours de ma première soirée passée dans une petite ville du sud des États-Unis où cette usine gigantesque était domiciliée et où j’allais élire domicile pour les six années suivantes. Au cours de cette soirée pluvieuse, ses paroles m’ont submergée, étouffant le bruit des go

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Shoshana Zuboff

Professeur de gestion à Harvard, elle a récemment publié The Age of Surveillance Capitalism (Public Affairs, 2019).

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Loin d’être neutres, les entreprises technologiques de la Silicon Valley portent un véritable projet politique. Pour les auteurs de ce dossier, coordonné par Emmanuel Alloa et Jean-Baptiste Soufron, il consiste en une réinterprétation de l’idéal égalitaire, qui fait abstraction des singularités et produit de nouvelles formes d’exclusions. Ce projet favorise un capitalisme de la surveillance et son armée de travailleurs flexibles. À lire aussi dans ce numéro : perspectives, faux-semblants et idées reçues sur l’Europe, le génocide interminable des Tutsi du Rwanda et un entretien avec Joël Pommerat.