Photo : Ashwin Vaswani
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L'égalitarisme automatisé

Sur l'idéologie de la Silicon Valley

Contrairement au discours de la neutralité technologique, il y a bien un programme politique qui anime la Silicon Valley. Il consiste en une réinterprétation de l’idéal égalitaire, qui passe par l’abstraction des caractères particuliers et produit de nouvelles exclusions.

La Silicon Valley, c’est avant tout un site géographique. Du sud de San Francisco jusqu’au sud-est de la baie du même nom s’étale la vallée de Santa Clara. Associée aujourd’hui aux start-up et aux jeunes pousses technologiques, la vallée était d’abord connue comme le grand verger des États-Unis, avec une arboriculture fruitière des plus prospères. Comment ce site d’une quarantaine de kilomètres de long est-il devenu, en l’espace de quelques décennies, le technopôle le plus influent de la planète ? Comment expliquer l’attrait de son modèle, qui ne cesse de faire des émules partout dans le monde ?

La plasticité, tout un programme

La Silicon Valley se construit en deux vagues successives, la première au tournant des années 1930-1940 et la seconde au tournant des années 1960-1970. Dans les deux cas, le schéma est identique : on évoque le besoin de technologies nouvelles pour porter des idées issues des universités et on fait appel à des initiatives privées pour mener à bien des projets considérés d’utilité publique.

La première vague s’opère dès les années 1930. Un professeur d’ingénierie électrique à l’universit&

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Emmanuel Alloa

Maître de conférences en philosophie à l’université de Sankt Gallen, il a récemment dirigé, avec Élie During, Choses en soi. Métaphysique du réalisme (Presses universitaires de France, 2018).

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Loin d’être neutres, les entreprises technologiques de la Silicon Valley portent un véritable projet politique. Pour les auteurs de ce dossier, coordonné par Emmanuel Alloa et Jean-Baptiste Soufron, il consiste en une réinterprétation de l’idéal égalitaire, qui fait abstraction des singularités et produit de nouvelles formes d’exclusions. Ce projet favorise un capitalisme de la surveillance et son armée de travailleurs flexibles. À lire aussi dans ce numéro : perspectives, faux-semblants et idées reçues sur l’Europe, le génocide interminable des Tutsi du Rwanda et un entretien avec Joël Pommerat.