Simone Veil à la tribune de l’Assemblée nationale en 1974. DR
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Le droit à l’avortement, une conquête fragile

janv./févr. 2021

L’interruption volontaire de grossesse est l’objet d’âpres batailles dans de nombreux pays du monde. Un rapide panorama de la situation actuelle permet de saisir combien le droit à l’avortement est un acquis récent, et encore vulnérable.

Le 5 avril 1971, des femmes publient le « Manifeste des 343 salopes ». Elles réclament un avortement libre et gratuit contre une clandestinité qui leur fait éprouver la honte d’être des femmes. Elles tiennent une parole politique au nom de l’émancipation : leur corps leur appartient et non plus à l’État, ni à une famille ou à un enfant dont elles ne veulent pas. Le 17 janvier 1975, la loi Veil est promulguée.

En 2020, le droit à l’avortement est sévèrement contesté dans trente-deux pays. Les gouvernements des États-Unis, du Brésil, de la Hongrie ou encore de l’Égypte affirment la volonté d’une souveraineté nationale pour les lois liées à l’interruption volontaire de grossesse. L’avortement n’est pas l’affaire des femmes, mais de l’État, qui peut condamner un tel droit et agir contre la liberté de sujets de droit. De tels États affirment la persistance du patriarcat, piétinant les droits des femmes acquis par des luttes continues. Ni liberté, ni égalité, au nom de normes morales, religieuses ou culturelles manipulées politiquement. Les avortements clandestins ne sont pas qu’une affaire de non-droit ; ils se font au détriment de la santé des femmes et de leur s&e

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Fabienne Brugère

Professeure de philosophie à l’université Paris 8, elle est notamment l’auteure de L’Éthique du « care » (Puf, coll. « Que sais-je ? », 2017). 

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Les femmes sont au cœur de nombreux mouvements sociaux à travers le monde. Au-delà de la vague #MeToo et de la dénonciation des violences sexuelles, elles étaient nombreuses en tête de cortège dans le soulèvement algérien du Hirak en 2019 ou dans les manifestations contre le président Loukachenko en Biélorussie en 2020. En France, leur présence a été remarquée parmi les Gilets jaunes et dans la mobilisation contre le dernier projet de réforme des retraites. Dans leur diversité, les mouvements de femmes témoignent d’une visibilité et d’une prise de parole accrues des femmes dans l’espace public, de leur participation pleine et entière aux débats sur l’avenir de la cité. À ce titre, ils consacrent l’existence d’un « sujet politique féminin ».