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Abdellatif Laâbi. Un fabuliste moderne

Il n’y a pas à se méprendre sur la poésie d’Abdellatif Laâbi. Simple et directe, elle avance impitoyablement comme une fable vers sa conclusion. Telle l’efficacité du poème Les Loups :

J’entends les loups

Ils sont bien au chaud dans leur maison de campagne

Ils regardent goulûment la télévision

Pendant des heures, ils comptent à voix haute

les cadavres

et chantent à tue-tête des airs de réclame

Je vois les loups

Ils mangent à treize le gibier du jour

élisent à main levée le Judas de service

Pendant des heures, ils boivent un sang de village

encore jeune, peu fruité

à la robe défaite

le sang d’une terre où sommeillent des charniers

J’entends les loups

Ils éteignent à minuit

et violent légalement leurs femmes[1]

Tout le monde se sent concerné. Tout le monde a regardé un jour ou l’autre la télévision dans sa maison de campagne. Tout le monde a participé sous forme de complicité passive à un vote d&eac

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Jacques Darras

Poète, essayiste et traducteur français, Jacques Darras est né en Picardie maritime dans les régions du Marquenterre et du Ponthieu (Bernay-en-Ponthieu). Fils d’un couple d’instituteurs il fréquente le Lycée d’Abbeville puis est élève d’hypokhâgne et khâgne au lycée Henri IV à Paris. Il est admis à l’ENS rue d’Ulm en 1960, hésite sur quelle voie suivre, lettres classiques ou philosophie,…

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Comment se fait aujourd’hui le lien entre différentes classes d’âge ? Ce dossier coordonné par Marcel Hénaff montre que si, dans les sociétés traditionnelles, celles-ci se constituent dans une reconnaissance réciproque, dans les sociétés modernes, elles sont principalement marquées par le marché, qui engage une dette sans fin. Pourtant, la solidarité sociale entre générations reste possible au plan de la justice, à condition d’assumer la responsabilité d’une politique du futur. À lire aussi dans ce numéro : le conflit syrien vu du Liban, la rencontre entre Camus et Malraux et les sports du néolibéralisme.