Bataillon "Donbass" près de Pervomaisk, 31 juillet 2014 | Via Wikimédia
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Le chantage à la guerre

La diplomatie agressive de Vladimir Poutine vis-à-vis de l’Ukraine n’est qu’une tentative de diversion par rapport à la mauvaise gestion de l’épidémie et aux conséquences de l’affaire Navalny. Ce calcul à court terme, qui a valu à Moscou le désaveu de sa propre population, suscite la défiance des gouvernements européens, ainsi que de la nouvelle administration états-unienne.

Comment interpréter la tactique guerrière de Vladimir Poutine contre l’Ukraine au printemps 2021 ? En mars, les troupes russes, lourdement armées, se massent à la frontière ukrainienne, plus précisément le long de la frontière des régions de Lugansk et Donetsk, dont la partie orientale est occupée par des « séparatistes » soutenus et financés par Moscou depuis sept ans. Le Kremlin justifie cette « préparation militaire » par la stratégie agressive des États-Unis qui mettent en danger la sécurité de la Russie. Le 22 avril, le ministre de la Défense annonce la fin des « exercices », qui n’ont jamais été des préparatifs à une offensive russe, affirme-t-il. Menacer d’une guerre qu’on ne fera pas, telle a été la tactique du Kremlin.

Sur le pied de guerre

En janvier 2021, le pouvoir russe a intensifié son soutien aux « administrations » et groupes armés du Donbass. Les incidents graves se sont multipliés sur la ligne de front, faisant des dizaines de victimes. En avril, plus de cent mille troupes russes ont été tenues en alerte maximale à la frontière.

Le premier objectif était clairement d’exercer une forte pression sur le président Zelensky et sur les pays occidentaux, dans l’espoir de « replacer » Moscou au centre de la sécurité européenne1, et de faire diversion en reléguant au second plan la mauvaise gestion de l’épidémie de Covid, et la désastreuse affaire Navalny. Le Kremlin appliqu

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Marie Mendras

Politologue, Marie Mendras est chercheure au CNRS et au Centre de Recherches Internationales de Sciences Po, où elle enseigne. Elle est spécialiste de la Russie, de l’Ukraine et des relations Europe-Russie. Elle travaille sur le système politique et les élites russes, ainsi que sur les conflits menés par Moscou hors de ses frontières. Marie Mendras a rempli de nombreuses missions d’observation…

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Les enquêtes de santé publique font état d’une épidémie de fatigue dans le contexte de la crise sanitaire. La santé mentale constitue-t-elle une « troisième vague  » ou bien est-elle une nouvelle donne sociale ? L’hypothèse suivie dans ce dossier, coordonné par Jonathan Chalier et Alain Ehrenberg, est que la santé mentale est notre attitude collective à l’égard de la contingence, dans des sociétés où l’autonomie est devenue la condition commune. L’épidémie ne provoque pas tant notre fatigue qu’elle l’accentue. Cette dernière vient en retour révéler la société dans laquelle nous vivons – et celle dans laquelle nous souhaiterions vivre. À lire aussi dans ce numéro : archives et politique du secret, la laïcité vue de Londres, l’impossible décentralisation, Michel Leiris ou la bifurcation et Marc Ferro, un historien libre.