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Brésil : (dés)illusions démocratiques

La contradiction entre fétichisme militaire et anti-étatisme est l’indice que Bolsonaro incarne un « extrémisme » dépourvu de vision et d’idéologie.

Lorsqu’on dit, en langue française, que l’extrême droite est arrivée au pouvoir au Brésil, cette affirmation soulève nombre de malentendus. Les situations et les mouvances qui définissent la politique sont diverses selon les pays, bien qu’on emploie les mêmes mots. Il arrive même que les alliances transnationales entre partis contribuent à masquer des différences profondes. De plus, dans le cas du Brésil, les Français ont une antique tendance à diminuer son altérité dans tous les domaines. Or le Brésil, né de la rencontre douloureuse de peuples issus de trois continents (Amérique, Afrique, Europe), forme une réalité à part dans le devenir de l’humanité, au point que les Brésiliens doivent rappeler sans cesse que leur culture n’appartient pas tout à fait à l’Occident. C’est donc dans un pays très étrange(r) aux conceptions européennes qu’il est exact de dire que, depuis le 1er janvier 2019 et pour quatre ans, Jair ­Bolsonaro est le président en exercice d’une démocratie fragile, voire dysfonctionnelle.

Cette élection soulève aussi un grand nombre de craintes, autant dans le pays qu’à l’extérieur. Une partie des Brésiliens ont peur d’une r&ea

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Maxime Rovère

Écrivain, traducteur, professeur de philosophie à l'Université PUC de Rio de Janeiro, au Brésil.

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Coordonné par Jean-Yves Potel, le dossier analyse le succès du gouvernement du Parti Droit et justice (PiS) en Pologne. Récupérant un mécontentement semblable à celui que l'on perçoit ailleurs en Europe, le régime s'appuie sur le discrédit des élites libérales et le rejet des étrangers pour promouvoir une souveraineté et une fierté nationale retrouvées. Il justifie ainsi un ensemble de mesures sociales mais aussi la mise au pas des journalistes et des juges, et une posture de défi vis à vis des institutions européennes, qu'il n'est pas pour autant question de quitter. À lire aussi dans ce numéro : les nouveaux cahiers de doléance en France, l’emprise du numérique, l’anniversaire de la révolution iranienne, l’antisémitisme sans fin et la pensée écologique.