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La Catalogne et l'Espagne : drame historique et malentendu politique

décembre 2017

Le conflit entre l’Etat espagnol et le gouvernement autonome de Catalogne met à jour de nouveaux nationalismes et des manquements historiques. L’Europe n’a pas encore assumé ce défi.

 

Cet article ayant pour propos d’essayer de comprendre les raisons du « bras de fer historique » qui oppose l’État espagnol et (feu) le gouvernement autonome de Catalogne, il ne revient pas sur tous les épisodes d’une séquence dont l’issue demeure incertaine à ce jour.

Il est pourtant utile de rappeler les moments décisifs les plus récents : 1) le référendum illégal organisé le 1er octobre 2017 par la Generalitat de Catalogne destiné à établir la reconnaissance de l’indépendance de la Catalogne (le oui à l’indépendance l’emporte avec 90 % des voix avec un taux de participation de 42, 3 % de votes ; 2, 26 millions de votants se sont présentés aux urnes sur 5, 3 millions de personnes appelées à voter) ; 2) une manifestation des anti-indépendantistes, jusque-là restés silencieux, le 8 octobre, à l’initiative de la Société civile catalane (Scc), à quoi s’ajoute dans les jours qui suivent l’annonce du départ d’un grand nombre des entreprises et des banques qui sont le moteur économique de la région ; 3) à la suite d’une déclaration d’indépendance laborieuse, l’annonce, le 21 octobre, de la décision du gouvernement espagnol d’appliquer l’article 155 de la Constitution de 1978 (jamais appliqué, il prévoit la destitution de la totalité du gouvernement régional et la mise sous tutelle de la région, en priorité sur les plans fiscal, policier et médiatique en ce qui concerne la télévision publique), après accord du Sénat le 27 octobre, qui conduit à une situation fort ambiguë.

La volonté de Madrid d’organiser des élections régionales le 21 décembre et de favoriser une réflexion sur la Constitution a été bien accueillie dans un premier temps. Mais l’arrestation de nombreux ministres et dirigeants du gouvernement catalan et les décisions judiciaires prises à leur égard ont été fort mal vécues avant que le front nationaliste n’éclate. Le parti nationaliste de Catalogne (PdeCat, droite) et la Gauche républicaine de Catalogne (Erc) s’affronteront dans les urnes. Mais c’est le parti BComu qui sera l’arbitre après son refus de cautionner le soutien du Parti socialise catalan (Psc) à Madrid. À ce stade, les sondages n’augurent en rien de l’avenir de la Catalogne et de l’Espagne. À défaut de volonté de négociation des deux côtés, la violence oscille entre un droit étatique qui s’est durci par incapacité de miser sur l’action politique, et un discutable consensus démocratique régional qui instaure un dissensus avec l’État.

Ce n’est que depuis le printemps dernier que l’opinion et les médias s’intéressent sérieusement aux événements qui secouent la Catalogne et l’Espagne. Mais comment en est-on arrivé là ? Comment la pression a-t-elle pu monter à ce point ? Comment s’est-on installé dans cette guerre civile pas si virtuelle que cela ? Comment ces deux « nationalismes » antagoniques, celui de l’Espagne étatique, issue de la transition démocratique postfranquiste rendue possible après 1975 par la droite (on se souvient du rôle inattendu et décisif d’Adolfo Suárez !) dans le cadre de la monarchie, et celui de la communauté catalane, ont-ils débouché sur cette voie sans issue, une indépendance considérée comme démocratique pour les séparatistes et comme illégale car anticonstitutionnelle par Madrid ? Si la thèse des deux nationalismes ne fait guère de doute, il reste à saisir pourquoi l’un, l’espagnol, se fait discret (quand il ne s’exerce pas par la violence policière ou par des décisions de justice), tandis que l’autre, le catalan, se manifeste de manière exacerbée non sans travestir l’histoire (s’il est vrai que la langue catalane fut interdite à l’époque de Franco, dire que la Catalogne fut unanimement anti-franquiste est plus que discutable).

Il ne faut pas non plus hispaniser ce qui se passe outre-Pyrénées à l’excès, car cet événement affecte l’Europe entière, selon des formes diverses, à l’heure du Brexit, de l’Autriche ou de la Belgique. L’Europe institutionnelle est inquiète mais demeure néanmoins silencieuse et proclame le seul droit. Était-elle condamnée à ne pouvoir offrir aucune médiation ? À force de procédures en tous genres, qui s’accordent avec un légalisme étatique rigoriste, on oublie que l’Europe repose sur des États et des nations plus ou moins unifiés, dont les expériences historiques sont singulières. On aime à parler de post-histoire, mais il faut prendre en compte un nouvel âge des nationalismes en Europe, qui ne sont pas tous indépendantistes : les uns se veulent anti-européens (l’AfD en Allemagne, le Front national en France, le Cup et l’Erc en Catalogne) et les autres pro-européens (Écosse, Lombardie, PdeCat en Catalogne). C’est bien l’histoire qui resurgit partout et prend un tour inquiétant en raison même de son déni, au sein de nations où la région devient souvent le contrepoids des États. Faut-il également rappeler que les dictatures militaires n’ont disparu dans le sud de l’Europe que peu de temps avant la chute du mur de Berlin ?

Une mémoire historique impossible

Le jeu de poker menteur entre l’État, incarné par Mariano Rajoy (le Premier ministre issu de la droite du Parti populaire), et le gouvernement catalan exige de prendre en considération l’histoire longue de l’Espagne. España invertebrada, le titre d’un essai de 1921 d’Ortega y Gasset, un auteur que lisent et publient à l’époque les fondateurs d’Esprit, tout comme Miguel de Unamuno ou José Bergamín, rappelle que l’identité espagnole « invertébrée » s’est bâtie progressivement et douloureusement. À cela s’ajoute la mémoire tragique d’une guerre civile marquée par une « triple terreur » (blanche, rouge et noire) et la longue et éprouvante période du franquisme qui pèse sur les mémoires1. Si une loi sur la mémoire est intervenue, elle ne doit pourtant pas conduire à opposer brutalement le nationalisme castillan et les revendications régionales dont témoigne, à la marge d’un centre rétréci, la formation de dix-sept communautés autonomes (la Catalogne, le Pays basque et la Galice bénéficiant d’un statut spécial).

Dans un essai éclairant sur « l’Espagne vide2 », Sergio del Molino fait cette double remarque : tout d’abord, moins de 16 % des habitants de l’Espagne vivent dans l’Espagne de l’intérieur, celle de la Castille et de l’Aragon, qui a été dépeuplée par un exode rural brutal et rapide. Alors que les nationalismes catalan et basque se présentent comme des victimes de l’État qui les mépriserait, ce sont aussi les régions de l’intérieur qui ont été délaissées et n’ont pu se développer économiquement. D’où ce constat : « Au fond, ces régions qui n’ont reçu ni investissement, ni attention de la part de l’État pourraient reprendre avec plus de légitimité les discours des deux nationalismes (catalan et basque). Ce que disent les Catalans contre l’État, on peut l’entendre aussi en Cantabrie, en Castille, en Estrémadure3. » En définitive, le miracle économique de la période Aznar aura davantage bénéficié à Barcelone et à sa région qu’à l’Espagne de l’intérieur. La presse, tout en soulignant la dette contractée par la Catalogne envers l’État après la crise financière de 2008, a rappelé les chiffres du succès économique catalan (aujourd’hui mis en cause par la fuite des entreprises) : pour mémoire, la Catalogne représente 6 % du territoire espagnol, 16 % de ses habitants, 20 % de son Pib, un touriste sur quatre, 50 % de ses victoires en ligue des champions, 56 % de ses investissements dans les start-up. Mais il ne faut pas oublier que l’État central a contribué à alléger 27 % de la dette catalane et que nombreux sont les économistes et géographes qui soulignent la remontée économique rapide du centre du pays4.

Ce constat conduit Sergio del Molino à insister sur ce qu’il faut bien appeler un paradoxe historique : la Catalogne se présente comme la victime d’un État centralisé et répressif (non sans raison), mais le nationalisme étatique ne peut justement pas s’exprimer comme tel en raison même de l’histoire politique du pays au xxe siècle. Alors que la Catalogne a fait glisser son nationalisme vers un séparatisme plutôt que vers une volonté d’élargissement de son autonomie, l’État issu de la transition démocratique a mis en berne un récit national « unitaire » au profit d’un discours pacifié et juridique sur la démocratie (d’où l’importance de la Constitution de 1978 et la convergence des partis dits constitutionnalistes). « En Catalogne, mais aussi dans l’Espagne entière, toute personne ayant une sensibilité démocratique rejette les symboles et la mythologie nationale espagnols. Depuis quarante ans, des générations d’Espagnols se méfient de tout récit national. Être patriote en Espagne, c’est rare, cela vous situe à la marge du spectre politique. Alors que les discours nationalistes se renforçaient, surtout en Catalogne, il n’y a pas eu, en face, de discours “espagnol”. […] Personne ne veut être traité de “fasciste” ou d’“españolista”, c’est-à-dire quelqu’un de très à droite, nostalgique du franquisme5. » Si « español » est une insulte à gauche, il en est de même pour le Parti populaire (le Pp de Mariano Rajoy) qui cherche à se démarquer des nostalgiques du franquisme. Ce silence sur le discours national ne peut que renforcer les mythes régionaux en Andalousie, aux Asturies, en Galice, etc., et l’exacerbation identitaire de la Catalogne. S’il est difficile de se dire Espagnol, on s’identifie en conséquence à sa région, d’où le silence des Espagnols vivant en Catalogne et le discours dominant des catalanistes devenus séparatistes. Ainsi, la Catalogne, en dépit des points communs avec d’autres régions, est devenue une exception en Espagne, alors que le Pays basque a renoncé à la violence moyennant un statut de communauté historique et un régime fiscal autonome (dont rêve la Catalogne indépendantiste).

Le légal et l’illégal

Si cette approche historique a le mérite d’expliquer le jeu à fronts renversés qui s’est mis en place depuis une vingtaine d’années sur le plan de la mémoire historique, l’arrêt du Tribunal constitutionnel remettant en cause le recours à la notion de nation, en 2010, démontre pour sa part que le déni de mémoire s’est accompagné d’une radicalisation politique dont Madrid est largement responsable. L’absence de volonté politique de trouver des solutions a redoublé la dramatisation historique.

D’où le durcissement de part et d’autre : d’un côté, un État national sans récit qui se drape dans la légalité et n’hésite pas à se montrer inflexible et à recourir à la violence policière ; de l’autre, une revendication identitaire qui mise sur le soutien du peuple par le recours au référendum, et qui fait preuve d’intolérance vis-à-vis des catalanistes non indépendantistes, qui ne sont pas une minorité, comme l’a montré la manifestation des « silencieux » du 8 octobre. Deux visions de la démocratie s’affrontent : une vision juridique et constitutionnaliste et une vision qui s’appuie sur l’expression du sentiment populaire. Une Constitution nationale qui décide du légal est opposée à un peuple/région qui argue de sa légitimité au nom d’un référendum non dépourvu d’ambiguïtés.

La dureté de Madrid s’appuie essentiellement sur le strict respect juridique de la Constitution de 1978 (celle qui marque l’entrée en démocratie et le début d’une transition où la monarchie a joué son rôle6) et sur les arrêts du Tribunal constitutionnel rendus possibles par une situation politique où la droite est en perte de vitesse. Or la régulation des pouvoirs entre le centre et la périphérie régionale n’est pas véritablement organisée par la Constitution espagnole de 1978 : intervenue après trente-sept ans de franquisme, celle-ci est le résultat d’une série de compromis admettant qu’il existe des nationalités différentes au sein de la nation, à commencer par les trois communautés historiques que sont le Pays basque, la Catalogne et la Galice, autorisées à se constituer en communautés autonomes car elles avaient voté un statut d’autonomie avant le débarquement des troupes franquistes.

À défaut d’un approfondissement institutionnel, le jeu politicien national a pris le dessus. Au pouvoir en 1982, le Psoe (parti socialiste) a joué de son côté un rôle important dans la dynamique autonomiste (tout en refusant l’hypothèse indépendantiste) et favorisé la montée en puissance des dix-sept régions autonomes. Ensuite, le Pp (droite) n’a cessé de négocier avec les régions des accords concernant compétences et fiscalité lui assurant la majorité à l’Assemblée. « Depuis les années 1990, les deux partis dominants ont une politique à courte vue et n’ont pas de pensée élaborée sur la structure de cet État et son avenir. Comme il n’y a pas eu de débat public sur la nation espagnole, le vrai projet de sécession s’est effectué progressivement en Catalogne avec des professeurs, des livres d’école, avec l’enseignement de la langue, la maîtrise des médias. C’est pourquoi la Catalogne est le maillon faible de l’Espagne7. »

Quoi qu’il en soit du jeu politique madrilène à droite comme à gauche, c’est indubitablement la décision du Tribunal constitutionnel de 2010 de censurer le statut d’autonomie catalan de 2006 qui a été le déclencheur du conflit qui sévit aujourd’hui, dès lors qu’aucune médiation n’est intervenue depuis. S’il y avait des éléments potentiellement anticonstitutionnels, les parlementaires ont laissé le Tribunal se débrouiller sur une question strictement politique qui ne convient guère à l’intelligence juridique : qu’est-ce qu’une nation, qu’est-ce qu’une nationalité ? L’arrêt ne rejette pas le terme de « nation » pour la Catalogne, mais considère qu’il n’a pas de valeur juridique car la Constitution établit que la nation espagnole est une et indivisible et qu’il existe seulement des « nationalités ». Mais il est vrai que cet arrêt intervient quatre ans après le vote au Parlement et que la Constitution qui a symbolisé la transition n’a pas connu de modifications.

Dans ce contexte où l’absence de volonté de négociation politique entre l’État et la région a été fatale (le droit contre la démocratie référendaire), le mouvement de radicalisation a donc pris des formes diverses. Du côté du nationalisme espagnol, l’arrêt déterminant de 2010 refusait donc que la Catalogne puisse être considérée juridiquement comme une nation. Du côté catalan, on observe depuis des décennies, depuis la fin du franquisme, le renforcement d’un mouvement culturel s’appuyant sur le rôle de la langue et sur la primauté de la culture catalane. Ce dont témoigne le rôle des deux grandes associations civiles, l’Assemblée nationale catalane (Anc) et Ómnium, dont les deux dirigeants ont été arrêtés à la mi-octobre. Madrid a bien compris que ces mouvements populaires militants portaient la revendication indépendantiste davantage que la fragile coalition des partis, qui n’a existé qu’en raison de la volonté de se débarrasser de responsables démocrates-chrétiens corrompus ; la fracture récente de la coalition au profit de la gauche radicale de l’Erc était donc prévisible.

Deux nationalismes, de nature contrastée, se font face : l’un se cache derrière le droit national, l’autre revendique son histoire nationale au risque de la mythifier et de la sacraliser. Cette sourde opposition renvoie à une chape de plomb historique et ne peut que déboucher sur des violences visibles et invisibles : violences policières de l’État et durcissement juridique après l’application de l’article 155, non-violence prudente des indépendantistes dont l’insoumission s’accompagne d’une revendication identitaire et linguistique imposée à ceux qui ne la partagent pas.

Une Europe silencieuse

Qu’en est-il de l’Europe qui s’est abritée derrière la paix et le droit durant tous les événements récents ? Après avoir affirmé que l’État de droit doit être respecté parce qu’il est la référence de la construction européenne, Jean-Yves Le Drian, notre ministre des Affaires étrangères, précise avec lucidité que la tentation du repli et les montées d’extrémisme en Europe se nourrissent de l’inefficacité européenne et de son incapacité à offrir une vision8. Affirmation grave dans le cas catalan, car l’État espagnol, qui défend un État de droit à base sécuritaire, est incapable d’offrir une vision de l’histoire.

Sur un mode pragmatique et faussement innocent, l’Europe, à commencer par le président Macron, a défendu l’État à l’échelle européenne, mais ne pouvait-elle vraiment offrir aucune médiation politique ? L’un des rares politiques européens à avoir réagi est Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge : dans une envolée fédéraliste bien utopique, il a demandé une Espagne fédérale dans une Europe fédérale. « Si on continue comme ça, on aura une Union de soixante-quinze États ! Car où s’arrête ce particularisme ? Pour éviter cet éclatement qui aboutira à une paralysie de l’Union, il faut créer les conditions pour que ces nations ou ces identités puissent exister et s’exprimer dans la plus grande autonomie possible à l’intérieur des États existants. Le fédéralisme est évidemment la solution qui permet de gérer des entités complexes. On peut parfaitement être soi-même à l’intérieur d’un espace fédéral. Il n’y pas de contradiction entre être Catalan et être Espagnol. Le fédéralisme, c’est le contraire du centralisme étatique, qui considère qu’on ne peut qu’être Espagnol et pas Catalan, mais aussi du séparatisme qui estime qu’on ne peut qu’être Catalan et pas Espagnol9. » C’est le vœu d’un homme politique pour qui le séparatisme flamand n’est pas une affaire politicienne. On peut le comprendre. Mais cela reconduit à l’idée que l’Europe manque de vision : elle se cantonne à l’idée que les peuples européens ne veulent plus de la guerre ni de la dictature, du franquisme, du communisme, du nazisme, etc., ils veulent la paix, ils veulent appliquer le droit. Mais on n’obtient pas la paix comme cela, comme le montre la lutte contre le terrorisme. Aujourd’hui, l’esprit européen divague, il oscille entre dissensus et consensus, entre volonté de rupture et accord sur des règles communes.

L’Europe ne peut continuer à s’appuyer sur une double représentation du droit, celui des États régaliens et celui des droits de l’individu, supra-étatiques. Plus encore, l’Europe aurait dû, sur le terrain juridique qu’elle privilégie, rappeler qu’une Constitution n’est pas immuable et qu’on ne vit pas que de procédures. Certains auteurs ont d’ailleurs formulé des propositions pour éviter à l’avenir qu’on assiste à de semblables dérapages historiques10. Là où l’autonomie devait être élargie et les compétences discutées, on a glissé vers un séparatisme radical. Mais la Constitution européenne est peut-être une affaire encore plus épineuse à l’avenir que celle de l’Espagne. L’Europe ne veut pas d’histoires et elle en oublie son histoire. Or l’impasse sur l’expérience historique favorise l’absence d’une action politique lucide et réaliste. L’Europe se protège de la Catalogne quand, sans nul besoin d’être indépendantiste, elle devrait tirer des leçons de ce qui s’y passe. La paix européenne n’est pas de cet ordre-là.

  • 1.

    Jean-Pierre Barou, La guerre d’Espagne ne fait que commencer, Paris, Seuil, 2015. Cet ouvrage a été écrit dans le sillage du mouvement des Indignés de 2011 par l’un des éditeurs du manifeste de Stéphane Hessel, qui a eu un immense écho à Barcelone et dans le reste de l’Espagne. Il faut noter que le mouvement des « communs » (représenté en partie par le mouvement de la maire de Barcelone, Ada Colau, « Barcelone en commun ») n’a pas suivi la tendance indépendantiste tout en s’en prenant aux mesures policières et juridiques de Madrid. Maintenant une position ambiguë vis-à-vis des indépendantistes, il jouera un rôle décisif le 21 décembre.

  • 2.

    Sergio del Molino, La España vacía. Viaje por un país que nunca fue, Madrid, Turner Publications, 2016, non traduit.

  • 3.

    Voir S. del Molino, « L’Espagne en manque d’histoire », entretien avec François Bougon, Le Monde, 23 septembre 2017. Voir aussi l’entretien avec l’écrivain « espagnol » Antonio Muñoz Molina, « Catalogne : au royaume du fantasme », Le Figaro, 11-12 novembre 2017.

  • 4.

    Voir Michel Foucher, « Espagne, Allemagne, Grande-Bretagne… le “nouvel âge des nationalismes” », Le Monde, 20 octobre 2017.

  • 5.

    S. del Molino, « L’Espagne en manque d’histoire », art. cité.

  • 6.

    Voir Sébastien Bauer, « La crise catalane est née à Madrid », Le Monde diplomatique, novembre 2017. S’appuyant sur l’hypothèse que la transition démocratique (1975) n’a fait que commencer avec la Constitution de 1978, qui aurait dû être approfondie au fur et à mesure, l’article montre de manière convaincante comment la droite espagnole a tout fait pour bloquer les évolutions possibles.

  • 7.

    Voir Barbara Loyer (Géopolitique de l’Espagne, Paris, Armand Colin, 2006), « La Catalogne est depuis longtemps le maillon faible de l’histoire de l’Espagne », entretien avec Alain Salles, Le Monde, 29 septembre 2017. En ce qui concerne la comparaison avec le Pays basque, il n’est pas inutile de rappeler que celui-ci pratique un triple régime linguistique (basque, espagnol ou mixte), ce qui n’est pas le cas des Catalans.

  • 8.

    Jean-Yves Le Drian, « L’État de droit ou la dislocation », Le Journal du dimanche, 22 octobre 2017.

  • 9.

    Guy Verhofstadt, « Si on continue comme ça, on aura une Union européenne de 75 États », entretien avec Jean Quatremer, Libération, 10 octobre 2017.

  • 10.

    Michel Foucher suggère deux choses : inscrire dans la Constitution espagnole un seuil de majorité qualifiée pour modifier le statut d’autonomie, et déconnecter territoire et nation afin que l’appartenance nationale ne débouche pas sur un nationalisme territorialisé (Le Monde, art. cité). Pour sa part, Patrick Weil propose de s’inspirer de l’exemple de la Cour constitutionnelle canadienne qui, en 1998 à propos du Québec, a voulu examiner les principes et règles qui régissent le pouvoir constitutionnel (Le Monde du 31 octobre 2017).

Olivier Mongin

Directeur de la revue Esprit de 1989 à 2012. Marqué par des penseurs comme Michel de Certeau, qui le pousse à se confronter au structuralisme et l'initie aux problématiques de la ville et aux pratiques urbaines, Claude Lefort et Cornelius Castoriadis, les animateurs du mouvement Socialisme ou Barbarie, qui lui donnent les outils à la fois politiques et philosophiques de la lutte anti-totalitaire,…

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