Duccio di Buoninsegna, wikimedia
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L'âge de la bêtise

Le conflit des interprétations, lié à la désintermédiation du savoir, pose un problème politique : comment coexister sans un socle commun de vérités ? Pour le résoudre, il faut observer que chaque progrès technologique dans la collecte des données requiert un progrès pour les hiérarchiser. Nous nous trouvons dans la situation de Bouvard et Pécuchet : non pas ignorants, mais bêtes, parce que nous ne savons pas maîtriser la profusion d’informations.

«Que de choses à connaître! Que de recherches – si on avait le temps!»

Flaubert, Bouvard et Pécuchet

Sur la fin de son cycle de domination, l’empire romain fut secoué par un conflit interprétatif qui touchait le statut même de la réalité. Les chrétiens revendiquaient leur appartenance à un autre monde face à une société structurée autour du culte des idoles dont, depuis Auguste, la plus haute était l’empereur. Il y avait là une menace concrète à l’ordre civil : la foi en Jésus-Christ était loin d’être une pure abstraction, puisqu’elle les motivait à suivre une règle de vie rigoureuse et à braver la mort pour témoigner de cette vérité supérieure. Ponce Pilate, ayant convoqué Jésus, lui avait bien demandé : Quid est veritas? Mais il faut surtout rappeler que le préfet de Judée s’éloigna sans attendre la réponse. Le conflit des interprétations pose avant tout un problème politique. La question cruciale n’est alors pas de connaître la vérité, mais plutôt de co

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Raffaele Alberto Ventura

Philosophe, il écrit dans la presse italienne (Il Foglio, Linus) et collabore avec le site Le Grand Continent. Il est l’auteur d’un ouvrage paru en italien sur la crise de la classe moyenne, Teoria della classe disagiata (minimum fax, 2017).

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Fausses nouvelles, désinformation, théories du complot : les vérités sont bien fragiles à l’ère de la post-vérité. Les manipulations de l’information prospèrent dans un contexte de défiance envers les élites, de profusion désordonnée d’informations, d’affirmations identitaires et de puissance des plateformes numériques. Quelles sont les conséquences politiques de ce régime d’indifférence à la vérité ? Constitue-t-il une menace pour la démocratie ? Peut-on y répondre ? A lire aussi dans ce numéro : un dossier autour d’Achille Mbembe explorent la fabrication de « déchets d’hommes » aux frontières de l’Europe, des repères philosophiques pour une société post-carbone, une analyse de ce masque le consentement dans l’affaire Anna Stubblefield et des recensions de l’actualité politique, culturelle et éditoriale.