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Notes de lecture

Dans le même numéro

Les cœurs endurcis de Martyna Bunda

Traduit par Caroline Raszka-Dewez

mai 2022

Dans ce roman empreint de tendresse, de force d’âme, mais aussi de violence et de réalisme, Martyna Bunda, née à Gdansk en 1975 et vivant actuellement à Varsovie après avoir grandi dans la région de Cachoubie et travaillé dans la presse écrite, propose, en quatre saisons, étalées des années 1930 aux années 1970, une saga de femmes polonaises, la mère Rozela, ses trois filles, Gerta, Truda et Ilda, sans oublier l’évocation fugace de l’ancêtre du clan, Otylia. La simplicité apparente de la narration, avec sa succession de courts chapitres ayant pour titre le prénom d’une des héroïnes, s’accorde avec la dimension ordinaire de cette famille que rien ne préparait à être bousculée dans son quotidien par l’intrusion de la démesure historique. Elle concourt aussi à magnifier la beauté majestueuse de ces figures de femmes qui cheminent côte à côte, dans une solidarité inébranlable. L’originalité du roman est de multiplier les trajectoires et de les faire indirectement dialoguer, qu’elles concernent les épreuves subies par les protagonistes, la persistance de leurs rêves, avec les tensions et drames qu’ils réveillent, les conditions de vie des Polonais pendant et après la Seconde Guerre mondiale ou l’évolution politique du pays. En filigrane se trouvent abordés la faiblesse des hommes, le sens de la maternité, la résonance du passé, le rôle du hasard, et le poids de la foi ou des superstitions.

Dès « Hiver », le court premier volet d’une trentaine de pages, Martyna Bunda veut

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Les Éditions Noir sur Blanc, 2022
256 p. 22 €

Sylvie Bressler

Critique littéraire à la revue Esprit depuis 2002.

Dans le même numéro

Patrimoines contestés

Depuis la vague de déboulonnage des statues qui a suivi l’assassinat de George Floyd, en mai 2020, la mémoire et le patrimoine sont redevenus, de manière toujours plus évidente, des terrains de contestation politique. Inscrire ces appropriations de l’espace urbain dans un contexte élargi permet d’en comprendre plus précisément la portée : des manifestations moins médiatisées, comme l’arrachement de la statue d’un empereur éthiopien en Grande-Bretagne, ou touchant à des strates d’histoire inattendues, comme la gestion de la statuaire soviétique, participent d’une même volonté de contester un ordre en dégradant ses symboles. Alors qu’une immense statue célébrant l’amitié russo-ukrainienne vient d’être démontée à Kiev, le dossier de ce numéro, coordonné par Anne Lafont, choisit de prendre au sérieux cette nouvelle forme de contestation, et montre que les rapports souvent passionnés que les sociétés entretiennent avec leur patrimoine ne sont jamais sans lien avec leur expérience du conflit. À lire aussi dans ce numéro : l’histoire, oubli de l’inconscient ?, le prix de l’ordre, pour une histoire européenne, les femmes dans l’Église, les réfugiés d’Ukraine et nos mélancolies secrètes.