Notes de lecture

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Odyssée intime

avril 2021

La Traversée, le dernier roman de Pajtim Statovci, explore les méandres de l’identité, à travers les trajectoires croisées de Bujar et d’Agim, deux amis fuyant l’Albanie pour l’Italie dans les années 1990. Via les errances de ses protagonistes, le récit met en scène les mutations politiques et sociales de l’Albanie.

La traversée imaginée par l’auteur de langue finnoise, dont la famille d’origine albanaise a quitté le Kosovo en 1992 pour la Finlande, deux ans après sa naissance, est plurielle : elle enjambe les frontières géographiques, ethniques, nationales, culturelles, sexuelles, faisant de la quête identitaire son ambition. Dans une langue heurtée qui oscille entre la verdeur des mots et la poétique des mythes, bascule de la rudesse d’un vécu quotidien à la violence de la résilience et se joue avec humour et cruauté de tous les espoirs déçus, Pajtim Statovci raconte l’odyssée de deux amis, le solitaire Bujar et le téméraire Agim. Des séquences qui se déroulent en Albanie accompagnent la périlleuse sortie de l’adolescence des deux jeunes gens, leur décision de quitter leur famille et leur rêve de s’enfuir pour rejoindre l’Italie. Des scènes qui, des années plus tard, se situent de Rome à Helsinki en passant par Madrid ou Berlin, témoignent de la velléité de Bujar de devenir autre. La construction déroutante du roman, à travers le désordre apparent des chapitres – la mention d’une date et d’un lieu en préambule fait, seule, office de transition –, décuple la perception douloure

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Buchet-Chastel, 2021
272 p. 21 €

Sylvie Bressler

Critique littéraire à la revue Esprit depuis 2002.

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Les difficultés rencontrées pendant la gestion de l’épidémie de Covid-19 ont remis en lumière le rapport paradoxal que la France entretient avec son État. Parce qu’il est censé décider de tout, il est le recours vers lequel tous se tournent en situation de crise, en même temps qu’il concentre l’essentiel des critiques. Au-delà de la crise sanitaire, la question d’un juste partage des responsabilités entre l’État et d’autres acteurs - les collectivités territoriales, les citoyens, les syndicats ou les entreprises- pour construire un horizon d’action commun se pose. Alors même que la pandémie marque le retour en grâce de l’action publique, comment changer concrètement la figure de l’État pour apaiser sa relation avec la société et lui permettre de répondre aux aspirations contemporaines en matière d’écologie et de justice sociale ? C’est à cette question que s’attache ce dossier, coordonné par Lucile Schmid.