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La longue marche de Sátántangó

février 2020

Si les sept heures et vingt minutes de cette cathédrale cinématographique construite par Béla Tarr ont été presque hypnotiques pour le spectateur, c’est peut-être pour aboutir à une très modeste éthique de l’humilité.

Présenté en 1994 à la Berlinale, Sátántangó, le film-fleuve de Béla Tarr (7 heures 20 minutes), est enfin visible sur les écrans français, en version restaurée. Quelques chanceux avaient pu le découvrir en 2001 lors du Festival de La Rochelle, ou lors de la rétrospective que le Centre Pompidou avait consacrée au cinéaste hongrois à la fin de l’année 2011. On pouvait certes le trouver en DVD depuis plusieurs années, mais il n’y a pas de commune mesure entre regarder cette œuvre monumentale en noir et blanc dans une salle de cinéma et la voir devant un écran dans son salon. En effet, par la longueur de ses plans séquence, par les cadrages panoramiques sur des paysages qui s’étendent à perte de vue, ou très resserrés sur les visages, par le tempo que donne la bande-son, l’une des intentions du travail de Béla Tarr est d’immerger le spectateur dans le film, de l’arracher à son monde propre pour le plonger dans celui qu’il compose à partir du roman éponyme de László Krasznahorkai (coscénariste du film). La puissance poétique de Sátántangó est telle que l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Le film commence par la sortie d&rsquo

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Jean-François Bouthors

Editeur, journaliste et écrivain, il est l’auteur de plusieurs livres, dont La Nuit de Judas (l’Atelier, 2008), Paul le Juif (Parole et Silence, 2011), Délivrez-nous de "Dieu". De qui donc nous parle la Bible ? (Médiaspaul, 2014), Comment Poutine change le monde (François Bourin, 2016), Nous, Français (L’Observatoire, 2018) et, avec Jean-Luc Nancy, Démocratie ! Hic et nunc (François Bourin, 2019).…