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Photo : ThisisEngineering RAEng via Unsplash
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Quelle souveraineté numérique ?

L’intégration de la société Palantir au projet Gaia-X (censé favoriser la souveraineté européenne en matière de numérique et de traitement des données) suscite de nombreuses interrogations. Elle questionne l’extension du traitement des données à une sphère aussi cruciale que celle de la santé, ainsi que ses possibles effets discriminatoires.

À l’heure où le « pass sanitaire » doit se généraliser pour faciliter les déplacements dans l’Union européenne, la question des garanties relative à la confiance et la transparence se pose de manière très sérieuse. Dans le cas des applications de « traçage » développées dans la lutte contre la Covid-19, ces enjeux ont resurgi, compte tenu des effets de porosité qui sont induits par le numérique : qui peut garantir sur le long terme que les données de santé recueillies ne seront pas détournées par des entreprises ou par un État ? Plus largement, un risque n’est-il pas de favoriser une sorte d’accoutumance au fait d’être potentiellement identifié sur des critères de (bonne) santé susceptibles d’être redéfinis de manière arbitraire ? Cela, à plus forte raison si nous nous projetons dans le temps long, avec les changements de régimes politiques qui peuvent toujours advenir.

Ces interrogations sont légitimes dans la mesure où les systèmes techniques ne sont jamais infaillibles et sont toujours susceptibles d’être détournés, quand bien même l’instance étatique qui les promeut serait motivée par des ambitions louables. Si l’enfer est pavé de bonnes intentions, c’est sans doute encore plus vrai avec le numérique : le remède peut vite se transformer en poison, à plus forte raison lorsque les instances qui brandissent un idéal de souveraineté européenne en termes de protection des données passent des accords douteux avec des entreprises américaines spécialisées dans la survei

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Pierre-Antoine Chardel

Philosophe et sociologue, professeur à l'Institut Mines-Télécom Business School et chercheur à l’Institut interdisciplinaire d'anthropologie du contemporain (CNRS/EHESS). Il est notamment l'auteur de L’empire du signal. De l’écrit aux écrans (CNRS Éditions, 2020).