"Le Bibliothécaire", tableau peint par Giuseppe Arcimboldo vers 1570 | Wikimédia
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De quoi parle la rentrée littéraire ?

novembre 2020

Dramatisée et scénarisée à outrance, la rentrée littéraire est bien davantage le reflet des attentes et des convictions que les lecteurs y projettent que celui de la production effective des auteurs. Quelle image ce miroir nous livre-t-il de notre propre actualité ?

Avec cinq cent onze nouveaux textes1 parus entre août et septembre 2020, la rentrée littéraire est un inconnaissable. Comme la littérature moderne elle-même, dont le rythme de publication annuel a franchi dès le début du xixe siècle le seuil de la quantité de fictions lisibles par une seule personne, l’image que l’on se fait de l’état actuel de la littérature n’apparaît que par le filtre d’attachés de presse, de représentants, de libraires, de journalistes, d’influenceurs professionnels ou non, de réseaux plus ou moins anciens de socialités littéraires. Ces présélections sont entérinées par des prix ; sur la moyenne et la longue durée, intellectuels puis universitaires prendront le relais en entretenant l’illusion d’une décantation miraculeuse des grandes œuvres par la postérité, sélectionnées comme naturellement par le passage du temps. Sur plus de cinq cents titres, seule une cinquantaine au mieux connaîtra les faveurs de la presse et des prix, en sorte qu’interroger la rentrée littéraire n’est pas en comprendre la substance, mais percevoir nos présupposés et nos attentes

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Alexandre Gefen

Docteur en littérature, agrégé de lettres modernes, Alexandre Gefen est maître de conférences en littérature française du XXe siècle à l'Université Montaigne Bordeaux 3. Il est également le fondateur du site internet Fabula, consacré à la recherche en littérature.

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La récente vague de manifestations contre le racisme et les violences policières a montré qu’une partie de la jeunesse française a le sentiment d’étouffer. En choisissant de prêter attention à ce qu’elle exprime, on distingue d’abord une demande d’égalité et de justice : loin de constituer un défi aux principes républicains, celle-ci entend plutôt en actualiser l’héritage. À lire aussi dans ce numéro : l’unité européenne après la réunification allemande, le chemin du djihad, les cinq piliers de la laïcité, les pouvoirs de la Cour suprême et la rentrée littéraire.