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Les apories de la lutte contre les fake news

La parole politique est moins marquée par sa vérité ou son objectivité que par son caractère rhétorique : elle offre des interprétations en conflit et suscite des passions contradictoires. De ce point de vue, il ne faut pas céder à la tentation de réglementer sur les fake news, parce que cela accorderait trop de pouvoir aux administrateurs de la vérité et saperait le débat démocratique.

Les technologies rendent possibles certaines choses et nous laissent sans protection face à d’autres. La volonté qu’affichent l’Union européenne et certains gouvernements de contrôler les fausses informations trouve son origine dans l’ambivalence caractéristique des nouveaux modes de diffusion de l’opinion, à la fois faciles, immédiats et dépourvus de tout contrôle. Nos espaces publics, qui ne sont pas solidement structurés au niveau idéologique et qui restent faiblement institutionnalisés, sont particulièrement démunis face aux rumeurs, lesquelles vont parfois jusqu’à interférer avec les processus électoraux. Même s’il y a là de véritables motifs d’inquiétude, les réglementations ne sont cependant pas toujours une solution efficace. Certaines d’entre elles peuvent même présenter de graves inconvénients. On a pu le constater lorsque certains ont prétendu limiter la liberté d’expression sans garantir suffisamment le respect d’autres valeurs fondamentales, la vérité en particulier.

Un monde d’approximations

La première chose qui attire mon attention dans la croisade contre la post-­vérité et les faits dits alternatifs est le changement culturel qu’elle repr&eacut

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Daniel Innerarity

Professeur de philosophie politique et sociale à l'Université du Pays basque et directeur de l'Institut de gouvernance démocratique, Daniel Innerarity a notamment publié Le Temps de l'indignation (Le Bord de l'eau, 2018), L'Ethique de l'hospitalité (Presses Université Laval, 2010), La Démocratie sans l'État : essai sur le gouvernement des sociétés complexes (Climats, 2006)....

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Fausses nouvelles, désinformation, théories du complot : les vérités sont bien fragiles à l’ère de la post-vérité. Les manipulations de l’information prospèrent dans un contexte de défiance envers les élites, de profusion désordonnée d’informations, d’affirmations identitaires et de puissance des plateformes numériques. Quelles sont les conséquences politiques de ce régime d’indifférence à la vérité ? Constitue-t-il une menace pour la démocratie ? Peut-on y répondre ? A lire aussi dans ce numéro : un dossier autour d’Achille Mbembe explorent la fabrication de « déchets d’hommes » aux frontières de l’Europe, des repères philosophiques pour une société post-carbone, une analyse de ce masque le consentement dans l’affaire Anna Stubblefield et des recensions de l’actualité politique, culturelle et éditoriale.

 

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