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Le concept de totalitarisme est-il encore pertinent ?

Entretien avec Étienne Balibar, Jean-Claude Monod et Myriam Revault d'Allonnes, propos recueillis par Michael Foessel et Justine Lacroix

Claude Lefort a fait du totalitarisme le fait majeur de son temps. Le projet d’une société sans division reste pertinent pour penser, selon les intervenants, le néolibéralisme, l’islamisme radical ou les frontières de l’Europe.

La pensée de Claude Lefort a une importance particulière pour la revue Esprit, qui s’est inscrite pleinement dans le mouvement antitotalitaire. Or nous manquons encore d’une réflexion sur la pertinence et les limites du concept de totalitarisme aujourd’hui. Au plan politique, que peut-on faire – ou ne pas faire – de l’œuvre de Lefort dans les conditions présentes ?

Une société sans divisions

Commençons par évoquer le sens même du terme de totalitarisme tel que Lefort l’a élaboré dans les années 1950, dans le contexte de la guerre froide et de la réaction au stalinisme. Ce concept existe alors déjà chez Hannah Arendt et Raymond Aron : qu’est-ce qui fait la spécificité de la définition qu’en donne Lefort ?

Myriam Revault d’Allonnes – Quand Lefort commence à travailler sur la critique de la bureaucratie, ce qui émerge de son œuvre, c’est d’abord son insistance sur l’expérience, comme si son orientation était déjà phénoménologique. Il s’oppose au marxisme orthodoxe en prêtant attention à l’expérience prolétarienne, et ouvre ainsi une réflexion sur la modernité.

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Etienne Balibar

Professeur émérite de philosophie de l'université Paris Nanterre, invité aux universités de Californie (Irvine) et de Kingston (Londres), il vient de publier Spinoza politique. Le transindividuel (Puf, 2018) et Libre parole (Galilée, 2018).

Jean-Claude Monod

Philosophe, il s'intéresse en particulier aux rapports entre politique et religion, ainsi qu'à l'articulation entre démocratie et pouvoir, notamment dans l'interrogation qui est au coeur de son livre, Qu'est-ce qu'un chef en démocratie? Politiques du charisme (Paris, Seuil, 2012).

Myriam Revault d'Allonnes

Philosophe, professeur émérité des universités à l'École pratique des hautes études, Myriam Revault d'Allonnes a notamment publié La Faiblesse du vrai. Ce que la post-vérité fait à notre monde commun (Seuil, 2018), La Crise sans fin. Essai sur l'expérience moderne du temps (Points, 2016) et Pourquoi nous n'aimons pas la démocratie (Seuil, 2010)....

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Largement sous-estimée, l’œuvre de Claude Lefort porte pourtant une exigence de démocratie radicale, considère le totalitarisme comme une possibilité permanente de la modernité et élabore une politique de droits de l’homme social. Selon Justine Lacroix et Michaël Fœssel, qui coordonnent le dossier, ces aspects permettent de penser les inquiétudes démocratiques contemporaines. À lire aussi dans ce numéro : un droit à la vérité dans les sorties de conflit, Paul Virilio et l’architecture après le bunker, la religion civile en Chine, les voyages de Sergio Pitol, l’écologie de Debra Granik et le temps de l’exil selon Rithy Panh.