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L'énergie, un objet social

Comment l'énergie a-t-elle pris une place aussi importante dans notre conception du travail et de l'économie ? Cette investigation historique montre toute la force prophétique de l'approche d'Illich qui mêle l'érudition à une grande liberté vis-à-vis des priorités de son temps.

Il y a peu en commun entre le symbole « E » qu’utilise le physicien et l’« énergie », quand ce mot est utilisé par un économiste, un politicien ou un passionné de moulins à vent. « E » est un algorithme, « énergie », un mot chargé de sens. « E » n’a de sens que dans une formule, le mot « énergie » est lourd d’implications cachées : il renvoie à un subtil « quelque chose » qui a la capacité de mettre la nature au travail. C’est quand il parle à ses clients que l’ingénieur dont la routine consiste à s’occuper de mégawatts prononce le mot « énergie ». Aujourd’hui, l’énergie a détrôné le travail en tant que symbole de ce dont les individus et les sociétés ont besoin. C’est un symbole qui va comme un gant à notre époque : celui de tout ce qui est à la fois abondant et rare.

« E », la notion théorique et « énergie », la construction sociale, sont toutefois nés comme des frères siamois. À la fin du xixe siècle, vieux de cinquante ans déjà,

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Ivan Illich

(1926-2002)   Dans les lointaines années 1970, un essayiste, un pamphlétaire, un lanceur d'idées et surtout un critique de la société industrielle travaillait dans une sorte de cabane dans un village paysan du Mexique et en sortait, une ou deux fois l'an, pour faire le tour du monde, secouer les idées reçues des gens en place, prononcer quelques conférences magistrales dans des lieux prestigieux...

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