La guerre comme nouvelle normalité ?
Un retour sur les dix-huit mois de guerre en Ukraine montre qu’elle constitue pour la Russie l’aboutissement du tournant conservateur et répressif engagé en 2011-2012 par le régime de Vladimir Poutine : rupture avec l’Occident, solidification d’un système politique autoritaire, élimination du courant libéral pro-occidental et restructuration de l’économie.
Guerre et paix dans la Russie de Vladimir Poutine
En qualifiant l’invasion de l’Ukraine d’« opération militaire spéciale », les autorités russes souhaitaient sans doute mettre l’accent sur le caractère limité, dans le temps et dans l’espace, de l’intervention des forces russes, et éviter le terme de guerre et ses conséquences juridiques et politiques. Cette terminologie traduit aussi une volonté de brouiller les lignes entre guerre et paix, caractéristique du régime de Vladimir Poutine. Dès le début des années 1990, citant Carl Schmitt, Alexandre Douguine explique qu’à l’issue de la guerre froide, une « paix guerrière » s’est instaurée, c’est-à-dire « une situation ni de guerre, ni de paix au sens traditionnel ». Autre emprunt au juriste allemand, il met en exergue le « partisan », « figure moderne » par excellence, qui « néglige toutes les règles de conduite de la guerre1 ». Le Kremlin a théorisé la « guerre hybride » (doctrine Guerassimov) : en Géorgie, en Ukraine pas plus qu’en Syrie, il n’admet faire la guerre. Le discours russe a pour autre caractéristique une dialectique bien spécifique entre ordre interne et ordre externe. Les évolutions démocratiques dans l’espace post-soviétique sont attribuées systématiquement à des ingérences extérieures (« révolutions de couleur »). Après le retour contesté de Poutine au Kremlin en 2012, l’Occident est de plus en plus dénoncé comme une menace pour la Russie afin de justifier sa transformation progressive en « forteresse assiégée2 ». Le terme d’agent de l’étranger est introduit dans la législation pénale, l’opposition assimilée à une « cinquième colonne » sous influence occidentale, tandis que la dimension militaire prend une part croissante dans la politique extérieure (Ukraine, Syrie, Afrique). La militarisation gagne la scène intérieure, des armes chimiques (novitchok) sont utilisées pour empoisonner Sergueï Skripal et Alexeï Navalny. L’incertitude qui existe aujourd’hui sur les frontières de la Russie après l’annexion des quatre régions ukrainiennes, que Moscou ne contrôle que partiellement, témoigne également de cette confusion entre ordre interne et ordre externe.
Le récit russe en vient aussi à légitimer le recours à la force. « L’histoire n’offre pas d’exemple d’ordre international stable, établi sans un conflit majeur, dont l’issue jette les bases, comme ce fût le cas après la Seconde Guerre mondiale », observe Vladimir Poutine lors d’une discussion au forum du club Valdaï en octobre 2022. Vladislav Sourkov explique que la Russie, qui n’a pu s’enraciner ni en Orient ni en Occident, doit accepter sa « solitude géopolitique » en s’appuyant sur « ses deux seuls alliés, l’armée et la flotte »3. Quelques semaines avant le début de l’invasion russe de l’Ukraine, celui qui fût longtemps « l’idéologue du Kremlin » se fait ouvertement l’avocat des ambitions impériales russes en soulignant la nécessité de relâcher les pressions internes sur le régime par une « expansion extérieure ». « Dans un système fermé », conformément à la deuxième loi de la thermodynamique, explique-t-il, « l’entropie augmente », or l’État est « d’abord un instrument pour faire baisser l’entropie sociale ». Se contenter de relâcher la pression est envisageable, ajoute-t-il, mais « les expérimentations libérales sur le plan interne sont très risquées », susceptibles de provoquer « des rejets incontrôlés de colère de la société, qui peuvent conduire à une déstabilisation irréversible – rappelons-nous l’exemple des années 1980 et 1990 ». La solution, pour Vladislav Sourkov, c’est « le recyclage en territoire étranger ». Cette stratégie, tous les empires y ont eu recours, fait-il valoir. Pour la Russie, « l’expansion constante » revêt une dimension existentielle. Le consensus (Крымский консенсус) qui s’est formé en Russie après l’annexion de la Crimée en 2014 offre un exemple de « l’efficacité de ces technologies impériales » et de « consolidation de la société ». « La Russie va s’étendre non parce que c’est bien ou mal, mais parce que c’est la physique4 », conclut l’ancien conseiller de Vladimir Poutine. Ainsi, dans un raisonnement schmittien qui inverse la formule de Clausewitz, la politique est considérée comme le prolongement de la guerre.
La politique comme continuation de la guerre
« Démilitarisation » et « dénazification » de l’Ukraine sont les deux objectifs officiellement assignés par Vladimir Poutine à « l’opération militaire spéciale » le jour de son déclenchement, le 24 février 2022. Mais d’autres justifications ont été avancées par le Kremlin, qui créent le doute sur les véritables buts de guerre de la Russie : la protection des populations russophones du Donbass et la prévention d’un « génocide », les injustices commises à l’égard du peuple russe en 1917 et en 1991, « l’unité historique des Russes et des Ukrainiens » et la transformation de l’Ukraine en « anti-Russie », encouragée par un Occident agressif, qui chercherait à la déstabiliser et à lui imposer ses valeurs « décadentes ». Au fil des combats et de l’incapacité des forces russes à l’emporter sur le terrain, l’Occident apparaît, dans le discours de Moscou, comme le véritable adversaire de la Russie. « Le conflit en Ukraine se poursuivra aussi longtemps que l’Occident reste convaincu de pouvoir infliger une défaite stratégique à la Russie en se servant de Kiev », affirme Sergueï Lavrov en juillet 2023.
Les réflexions des politologues sont aussi révélatrices de l’état d’esprit des milieux du pouvoir. Un an avant l’agression de l’Ukraine, Sergueï Karaganov écrit que « l’un des problèmes de l’Europe est que, depuis plus de soixante-dix ans, elle vit en paix […]. Le résultat au niveau des élites et d’une grande partie de la société, c’est que les valeurs traditionnelles ont disparu ». D’après ce membre éminent de l’establishment russe de politique étrangère, « les dirigeants occidentaux ont perdu le sens de l’histoire, de la réflexion stratégique5 ». En juillet 2022, il affirme au New York Times que « les élites modernes occidentales […] ont besoin d’un ennemi pour détourner l’attention » ; il ajoute que « la politique belliqueuse de l’Occident est presque la bienvenue. Elle nettoie notre société de ce qui reste d’éléments pro-occidentaux6 ». Ces propos font écho à ceux de Vladimir Poutine qui, en mars 2022, dénonce l’existence en Russie d’une « cinquième colonne », au mode de pensée occidental qui se considère comme appartenant à une « classe supérieure ». « Toute nation, et a fortiori le peuple russe, affirme Poutine, sera toujours en mesure de reconnaître la racaille et les traîtres, de les recracher comme on recrache un moucheron avalé par mégarde. Je suis convaincu qu’un processus d’auto-purification, naturel et nécessaire, de la société va renforcer notre pays, notre solidarité, notre cohésion et notre capacité à répondre à tout défi. »
Autre expert réputé, Dmitri Trenine juge « irrévocable » la rupture intervenue le 24 février 2022 entre la Russie et l’Occident, désormais en « guerre totale ». La pression occidentale sur la Russie ne va pas se relâcher, d’après lui, il ne faut pas escompter qu’un règlement en Ukraine ramène la stabilité en Europe orientale. La Russie n’a, selon l’ancien directeur du bureau de la Fondation Carnegie à Moscou, « ni l’intérêt ni la capacité de maintenir le statu quo en Europe et dans le monde », son statut de « paria »lui donne « les mains libres dans les relations avec ses anciens partenaires qui sont redevenus des adversaires ». Il faut donc se préparer à une « dure confrontation de longue durée avec l’Occident » ; la défaite de la Russie serait « une catastrophe nationale », un « compromis équitable est pratiquement exclu », la seule option est « d’aller de l’avant ». La guerre est « l’épreuve la plus dure pour un pays » et pour « sa santé morale », avertit Dmitri Trenine, elle exige « l’unité de l’État et de la société », la « mobilisation de toutes les ressources disponibles », une « élite qui ne soit plus concentrée sur son propre enrichissement », ainsi que « l’élimination de tous les obstacles qui affaiblissent le pays de l’intérieur7 ».
La guerre comme instrument de consolidation des élites
L’invasion de l’Ukraine n’a pas suscité de fort mouvement de protestation au sein des élites russes, même si celles-ci ont sans doute été désagréablement surprises par l’ampleur de cette opération. Anatoli Tchoubaïs, l’ancien vice-Premier ministre de Boris Eltsine, en charge des privatisations, a été la seule personnalité politique connue à quitter le pays. Plusieurs hommes d’affaires ont péri dans des conditions suspectes, quelques « oligarques » ont renoncé à la citoyenneté russe mais, à l’instar d’Elvira Nabioullina, la président de la Banque centrale de Russie, les « libéraux systémiques » (Sislib) sont restés à leurs postes ; ils ont contribué à amortir jusqu’à présent l’impact des sanctions occidentales. L’atmosphère de plus en plus répressive a en revanche conduit de nombreux intellectuels à émigrer ; les listes des « agents de l’étranger » et des « organisations indésirables » ne cessent de s’allonger ; écoles et universités doivent se faire les relais actifs de la nouvelle idéologie conservatrice et belliciste qui se met en place ; tous les médias indépendants ont été interdits peu après le début de la guerre en Ukraine. Un historien réputé comme Mikhaïl Piotrovski, le directeur du musée de l’Ermitage, a pris fait et cause pour l’intervention russe en Ukraine, en mettant en avant la « tradition impériale dans laquelle nous avons tous été élevés ». Il admet conduire avec son institution une « puissante offensive culturelle », une « sorte d’opération spéciale », qui a permis, avec les expositions Chtchoukine et Morozov, de « planter le drapeau russe dans le bois de Boulogne8 ». La mouvance anti-occidentale des Siloviki, incarnée par Nikolaï Patrouchev, chaud partisan du rapprochement avec la Chine, voit dans le conflit ukrainien l’occasion d’éliminer l’influence culturelle occidentale, jugée néfaste, en Russie.
Cette guerre est aussi l’occasion, comme l’a déclaré dès 2022 le puissant secrétaire du conseil de sécurité, de promouvoir une « réforme structurelle de l’économie9 ». La confrontation avec l’Occident offre en effet l’opportunité de mettre en œuvre les projets évoqués depuis le « pivot vers l’Asie » amorcé il y a une décennie, qu’il s’agisse de la politique de substitution aux importations, de la réduction de la part du dollar dans les échanges extérieurs, de la réorientation du commerce extérieur en direction des BRICS10, de la réalisation des projets d’infrastructures (liaisons ferroviaires avec l’Iran et le Pakistan, nouveau gazoduc avec la Chine, etc.). Les sanctions occidentales donnent aussi plus de poids aux appels patriotiques adressés de longue date par Poutine aux « oligarques » à investir en Russie. La guerre en Ukraine est ainsi à l’origine d’un nouveau transfert massif de propriété, susceptible de conforter le pouvoir en place. Le départ de Russie de nombreuses entreprises occidentales, contraintes de brader leurs actifs, donne au Kremlin la faculté de renforcer l’emprise de l’État sur l’économie, de récompenser ses affidés en leur attribuant ces biens à un niveau bien inférieur à leur valorisation réelle (la Novaya Gazeta Europe place en tête du classement des bénéficiaires Vladimir Potanine, qui a acquis Rosbank, propriété de la Société générale) et aussi de créer une nouvelle couche d’entrepreneurs en s’assurant de leur loyauté. L’affaiblissement de la classe moyenne, particulièrement touchée par le départ des entreprises étrangères du marché russe et par les sanctions, et dont une partie a émigré, est aussi de nature à contribuer au maintien du régime11.
« Le but de cette guerre, c’est la guerre »
Les opérations militaires n’ont pas respecté le scenario prévu – Kiev n’a pas été prise en trois jours –, mais la négation de la souveraineté et de l’existence même d’un État européen, pour la première fois depuis 1945, traduit de la part d’un régime, qui est né et s’est perpétué par la guerre, la volonté assumée de rompre avec l’Occident. Ainsi, d’après le sociologue Grigori Ioudine, « la guerre est désormais éternelle. Elle n’a aucun objectif qui puisse être atteint et mené à son terme […]. Pour Poutine, il s’agit d’un affrontement existentiel avec un ennemi déterminé à le détruire […]. Tant que Poutine sera au Kremlin, la guerre ne prendra pas fin ; elle ne fera que s’étendre12 ». Vladimir Poutine lui-même laisse entendre que le conflit en Ukraine s’inscrit dans la longue durée. Célébrant en juin 2022, le 350e anniversaire de la naissance de Pierre le Grand, il rappelle que ce Tsar « a mené la guerre du Nord pendant vingt et un ans » et qu’il y a eu « des moments, dans l’histoire de notre pays, où il a dû reculer, mais seulement pour aller de l’avant après avoir rassemblé ses forces ».
Outre la dimension impériale, la volonté d’utiliser la guerre en Ukraine pour modifier le positionnement géopolitique de la Russie, d’en faire une nouvelle « norme de vie », selon l’expression de Maxim Troudoljubov, et l’espoir d’un changement d’administration américaine en 2024, Vladimir Poutine a une autre raison de perpétuer cette guerre – assurer son maintien au pouvoir13. La poursuite de la confrontation avec l’Occident justifie le maintien d’un contrôle étroit sur la population et les ressources, elle permet d’évacuer les questions sur les résultats de « l’opération militaire spéciale » qui s’avère contre-productive au regard de toutes les justifications avancées. Le bilan des victimes est incomparablement plus élevé que le nombre de morts recensés entre 2014 et 2021 dans le Donbass, le statut de la Crimée est à nouveau débattu, un fossé durable s’est creusé entre Russes et Ukrainiens, la méfiance s’est accrue entre Moscou et les ex-Républiques soviétiques, rendant aléatoire tout projet d’intégration, le prestige de l’armée russe a été terni par ses revers, la Suède et la Finlande ont rejoint l’Otan et l’Ukraine devrait faire de même. Voici plus d’un an, l’historien Vladimir Pastoukhov affirmait déjà : « Le but de cette guerre, c’est la guerre14. » C’est, à sa manière, ce que dit Hubert Védrine, en estimant que « si nous faisons de cette guerre une guerre de civilisation, elle ne s’arrêtera pas15 », ce qui est l’option choisie par la Russie.
Malgré toutes les zones d’ombre qui continuent à l’entourer, la rébellion de Evgenii Prigojine – défi, inédit depuis vingt-trois ans, à l’autorité de Vladimir Poutine – met en évidence la fragilité de son pouvoir, les luttes de clans, l’attentisme dans les institutions russes, le mécontentement au sein de l’armée et le peu de soutien dont il bénéficie dans la population. La disparition, dans des circonstances spectaculaires, du chef de la milice Wagner, au lendemain de la mise à l’écart du général Sourovikine, de même que l’arrestation, en juillet, d’Igor Strelkov, influent blogger et ancien chef militaire du Donbass, témoignent de la volonté du Kremlin d’éviter d’être débordé par une surenchère nationaliste. Cette mutinerie traduit aussi l’impasse dans laquelle la guerre en Ukraine conduit la Russie et la radicalisation des positions, illustrée récemment par la proposition de Sergueï Karaganov d’envisager le recours à l’arme nucléaire tactique pour contraindre l’Occident à une paix aux conditions russes. Le « parti de la paix », qui existe sans doute en Russie, ne se découvre pas, par crainte d’être accusé de défaitisme et d’être pris pour cible par les « turbo-patriotes ». Une « révolution de palais » conduisant à la mise à l’écart de Vladimir Poutine ne peut être exclue, mais il est difficile d’échapper à la conclusion qu’une défaite militaire en Ukraine, et perçue comme telle, est nécessaire pour que la Russie, dont le régime se nourrit de la guerre, renonce à sa mentalité impériale et à son programme révisionniste, et envisage la perspective d’un avenir démocratique.
- 1. Alexandre Douguine, « Les cinq leçons de Carl Schmitt pour la Russie » [en ligne, 1992], Geopolitika, 20 novembre 2017.
- 2. Voir Bernard Chappedelaine, « La construction de la forteresse Russie », Esprit, juillet-août 2022.
- 3. Vladislav Sourkov, « Cent ans de solitude géopolitique » [en ligne, 2018], présenté par Guillaume Lancereau, Le Grand Continent, 4 mars 2022.
- 4. Vladislav Sourkov, « Où est passé le chaos ? » [en ligne et en russe], Actual Comment, 20 novembre 2021.
- 5. Sergueï Karaganov « Dans ce monde, la Russie doit être une forteresse » [en ligne et en russe], Russia in Global Affairs, 2 mars 2021.
- 6. Sergueï Karaganov, dans Serge Schmemann, “Why Russia believes it cannot lose the war in Ukraine’”, The New York Times, 19 juillet 2022.
- 7. Dmitri Trenine, « L’opération militaire spéciale en Ukraine, point de rupture dans la politique étrangère de la Russie contemporaine » [en ligne et en russe], Russia in Global Affairs, 30 novembre 2022.
- 8. Mikhaïl Piotrovski, « Pourquoi il faut être avec son pays quand il opère un tournant et un choix historiques » [en ligne et en russe], Rossiïskaya Gazeta, 22 juin 2022.
- 9. Nikolaï Patrouchev, « Une riposte efficace aux sanctions permettra de mettre en œuvre une réforme structurelle de l’économie » [en ligne et en russe], Rossiïskaya Gazeta, 2 juin 2022.
- 10. Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Depuis août 2023, ces pays ont été rejoints par l’Argentine, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis.
- 11. Ekaterina Kourbangaleeva, “Russia looks to economic redistribution to shore up the regime” [en ligne], Carnegie Endowment, 14 juillet 2023.
- 12. Grigori Ioudine, dans Margarita Liutova, “‘Russia ends nowhere’, they say” [en ligne], trad. par Emily Laskin, Meduza, 25 février 2023.
- 13. Maxim Troudoljubov, « La guerre, c’est une norme nouvelle » [en ligne et en russe], Meduza, 3 mars 2023.
- 14. Vladimir Pastoukhov, « Le but de cette guerre, c’est la guerre » [en ligne et en russe], Radio Svoboda, 4 juillet 2022.
- 15. Hubert Védrine, dans Eugénie Bastié, « Si nous faisons de cette guerre une guerre de civilisation, elle ne s’arrêtera pas », Le Figaro, 19 février 2023.