Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Soldat français au Rwanda, 14 août 1994. Photo SSGT ANDY DUNAWAY. Domaine public.
Dans le même numéro

Une longue errance. La justice française et la « complicité de génocide » au Rwanda

Les rapports Duclert et Muse écartent l’hypothèse d’une complicité de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda. Des zones d’ombres restent toutefois à éclaircir, et l’ordonnance du juge Bruguière ou l’impunité de la veuve du président Habyarimana témoignent de la longue errance de la justice française sur le sujet.

Le naufrage politique, institutionnel et intellectuel de la France au Rwanda est désormais établi et officiellement reconnu. Juste avant d’en récapituler les principaux écueils, le rapport de la commission Duclert fait cette courte incise : « La France est-elle pour autant complice du génocide des Tutsi ? Si l’on entend par là une volonté de s’associer à l’entreprise génocidaire, rien dans les archives consultées ne vient le démontrer1. »

Cette observation lapidaire a été abondamment reprise et commentée dans les médias. De hauts responsables de l’époque, certains contrits, d’autres arrogants, s’en sont félicités et y ont accroché les oripeaux de leur « honneur perdu ». D’autres commentateurs, en faisant remarquer l’absence de pénalistes au sein de la commission, ont critiqué une définition sommaire de la complicité, en inadéquation avec celle utilisée en droit. Toutefois, la notion de « complicité » a également été écartée, trois semaines après, dans un autre rapport, rédigé cette fois par des avocats du cabinet américain Muse, mandaté par le gouvernement rwandais pour « mener une enquête approfondie afin de déterminer le rôle de l’État français2 ». Le ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Vincent Biruta, a ensuite assuré que son pays ne considérait pas ou – si l’on se réfère aux accusation

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Joël Hubrecht

Membre du comité de rédaction d'Esprit. Responsable de Programme (Justice pénale internationale / Justice transitionnelle) à l'Institut des hautes études sur la justice (IHEJ). Membre du Comité Syrie-Europe après Alep. Enseigner l'histoire et la prévention des génocides: peut-on prévenir les crimes contre l'humanité ? (Hachette, 2009). …

Dans le même numéro

La publication du rapport Duclert a réouvert le débat sur les responsabilités du gouvernement, de la diplomatie et de l’armée françaises dans le génocide des Tutsi au Rwanda. À partir d’une lecture de ce rapport, le présent dossier propose de réfléchir à ce que nous avons appris, dans les vingt-cinq ans qui nous séparent des faits, sur l’implication de la France au Rwanda. Quelles leçons peut-on tirer des événements, mais aussi de la difficulté, dans les années qui ont suivi, à s’accorder sur les faits et à faire reconnaitre la vérité historique ? Quels constats cette histoire invite-t-elle sur le partage des responsabilités entre autorités politiques et militaires, sur les difficultés inhérentes aux opérations extérieures, notamment en Afrique, et enfin sur le bilan de ces interventions, au moment où la France choisit de réduire sa présence au Sahel ? Au-delà du seul cas français, l’échec de la communauté internationale à prévenir le génocide rwandais invite en effet à repenser le cadre des interventions armées sur les théâtres de conflits et de guerres. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Afghanistan, djihadisme et démocratie, gouverner le trottoir, à qui profite le crime ?, le retour à Rome d’Hédi Kaddour et le carnaval Belmondo.