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L'un des dessins originaux de Galileo Galilei de la lune, réalisé peu de temps après avoir inventé le téléscope. | Photo : "Galileo's Moon" par Tyler Tate via Flickr (CC BY-ND 2.0)
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La crédulité du savant

À une époque où la science et le progrès paraissent de moins en moins crédibles, le récent ouvrage de Gérald Bronner, Apocalypse cognitive, révèle une foi invincible dans ces idéaux fondateurs de la pensée moderne. Mais le progrès, ainsi conçu, voudrait qu’on lui sacrifie l’homme lui-même.

« À la vérité, nous vivons en un siècle qui ne produict les choses que bien mediocres1. »

Force est de reconnaître qu’il est difficile d’être moderne aujourd’hui. Le monde doit sembler de plus en plus sombre et grotesque à celui qui s’évertue à porter haut les lumières de la raison. Le projet moderne était pourtant noble. S’il était de dominer la nature par la technique, il était aussi bien d’émanciper l’homme par la science. L’idée de progrès était son principe agissant ; l’humanité accomplie était la fin poursuivie. Elle était la promesse d’un avenir radieux. Faudra-t-il qu’il y renonce et consente à l’échec ? Les faits semblent contre lui ; l’opinion du grand nombre également. Les crises ne se font pas suite ; elles s’installent et s’accumulent. Et sous le poids des nouvelles, elles s’aggravent : crise écologique, énergétique, économique, démocratique, sanitaire, etc. Les esprits sont désorientés. Noyé dans la masse confuse des informations innombrables, chacun incline à croire les raisons que le désir, la peur ou la colère du moment lui inspirent. Le fondamentalisme religieux fait retour, comme l’une des formes de cette crédulité nouvelle. Mais les théories du complot et les myriades de superstitions, qui tombent comme la pluie sur Internet, en sont d’autres.

Beaucoup s’effraient alors du monde que notre modernité a forgé et qui semble avoir dérobé la terre sous nos pieds.

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Camille Riquier

Camille Riquier, agrégé et docteur en philosophie est maître de conférence à l’Institut catholique de Paris, ainsi que Vice-Recteur à la recherche. Il vient de publier Nous ne savons plus croire  (Desclée de Brouwer, 2020). 

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On oppose souvent science et croyance, comme si ces deux régimes de discours n’avaient rien de commun. Pourtant, l’expérience nous apprend que c’est généralement quand l’un des deux fait défaut que l’autre subit une crise. Dans le contexte pandémique actuel, l’incapacité des experts et des gouvernants à rendre compte dans l’espace public des conditions selon lesquelles s’élaborent les vérités scientifiques, aussi bien qu’à reconnaître la part de ce que nous ne savions pas, a fini par rendre suspecte toute parole d’autorité et par faciliter la circulation et l’adhésion aux théories les plus fumeuses. Comment s’articulent aujourd’hui les registres de la science et de la croyance ? C’est à cette question que s’attache le présent dossier, coordonné par le philosophe Camille Riquier, avec les contributions de Jean-Claude Eslin, Michaël Fœssel, Bernard Perret, Jean-Louis Schlegel, Isabelle Stengers. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Irak, les monopoles numériques, les enseignants et la laïcité, et l’écocritique.