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La politique française au Sahel. Photo aérienne du fort de Madama - Niger, novembre 2014 / Photo de Thomas GOISQUE (CC BY-SA 3.0) via Wikimédia
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Ce sable sur lequel on bâtit. La politique française au Sahel

octobre 2021

Alors que la France a annoncé la fin de l’opération Barkhane, à laquelle doit succéder le déploiement d’une force internationale, les intervenants s’interrogent sur les difficultés rencontrées par la France au Sahel, la réorientation vers une stratégie de guerre à distance pour contenir les groupes terroristes, et l’absence de contrôle démocratique concernant les opérations extérieures.

L’opération Barkhane a sans doute représenté l’engagement le plus ambitieux des forces françaises en Afrique1. Comment interpréter la décision, annoncée en juin dernier par le président de la République, de réduire de moitié ses effectifs au profit des forces spéciales et d’un appui en renseignement et dans les airs ?

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer – Il ne s’agit pas de partir, mais de se redéployer différemment, c’est-à-dire de s’adapter. De ce point de vue, c’est une décision lucide et réaliste, au sens où elle tient compte des contraintes de la réalité. En effet, en dépit des efforts et des sacrifices consentis par les hommes et les femmes déployés et des gains tactiques obtenus, l’opération Barkhane n’a pas permis d’obtenir une victoire stratégique. Tout simplement parce que cette victoire ne dépend pas d’elle : la force armée est nécessaire mais insuffisante. Les gains opérationnels qu’elle produit doivent être consolidés par les États sahéliens qui sont les seuls à pouvoir stabiliser durablement la région. Cela implique des capacités, mais aussi et surtout une volonté politique de s’investir dans certaines régions – par exemple, le nord du Mali – qui, en l’occurrence, semble faire défaut.

Ensuite et au-delà du cas français, la tendance à privilégier une stratégie de présence minimale (light footprint), en réduisant

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Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

Directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire, il est notamment l’auteur, avec Julian Fernandez, des Opérations extérieures de la France (CNRS Éditions, 2020).

Denis Tull

Politologue, chercheur à l’Institut allemand pour les relations internationales (SWP).

Thierry Vircoulon

Chercheur associé au Centre Afrique Subsaharienne de l'Ifri, ancien élève de l'ENA et titulaire d'un DEA de science politique à la Sorbonne, Thiery Vircoulon a travaillé pour le Quai d'Orsay et la Commission européenne sur le continent africain, notamment en Afrique du Sud, au Kenya et en République Démocratique du Congo. Il a par ailleurs édité l'ouvrage Les Coulisses de l'aide internationale en

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La publication du rapport Duclert a réouvert le débat sur les responsabilités du gouvernement, de la diplomatie et de l’armée françaises dans le génocide des Tutsi au Rwanda. À partir d’une lecture de ce rapport, le présent dossier propose de réfléchir à ce que nous avons appris, dans les vingt-cinq ans qui nous séparent des faits, sur l’implication de la France au Rwanda. Quelles leçons peut-on tirer des événements, mais aussi de la difficulté, dans les années qui ont suivi, à s’accorder sur les faits et à faire reconnaitre la vérité historique ? Quels constats cette histoire invite-t-elle sur le partage des responsabilités entre autorités politiques et militaires, sur les difficultés inhérentes aux opérations extérieures, notamment en Afrique, et enfin sur le bilan de ces interventions, au moment où la France choisit de réduire sa présence au Sahel ? Au-delà du seul cas français, l’échec de la communauté internationale à prévenir le génocide rwandais invite en effet à repenser le cadre des interventions armées sur les théâtres de conflits et de guerres. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Afghanistan, djihadisme et démocratie, gouverner le trottoir, à qui profite le crime ?, le retour à Rome d’Hédi Kaddour et le carnaval Belmondo.